Le journalisme quotidien est parfois un exercice épuisant ; que ce soit pour l’un qui écrit ou l’autre qui lit. Pourtant, il est parfois de ces nouvelles dont on ne se lasse pas et qui redonnent du baume aux deux parties en présence. La chute des idoles et des maîtres à penser en peau de lapin est à mettre au rang de ces dernières. Ainsi, Yassine Belattar

Au contraire de nombre de ses compatriotes franco-maghrébins, son CV n’a rien d’anonyme. Animateur radiophonique, il quitte tôt sa banlieue pour exercer ses talents sous la houlette de Pascale Clark, sur les ondes de France Inter, le saint des saints du camp du bien. Puis Radio Nova, fondée par Jean-François Bizot, représentant encore plus éminent de cette contre-culture cool devenue culture officielle. Notre rebelle d’État escalade ensuite, quatre à quatre, les marches de l’escalier politico-médiatique : de France Inter, encore et toujours, à Canal+, son équivalent du secteur privé. Une irrésistible ascension évidemment accompagnée par des sponsors aussi puissants que Ségolène Royal, François Hollande ; ce, jusqu’à la consécration suprême : sa nomination par Emmanuel Macron – qui le considère comme un « frère » – au Conseil présidentiel des villes. Intitulé qui ne veut rien dire, pas plus que celui de cet énième comité Théodule, mais qui fait bien sur… le CV.

Dans le même temps, Yassine Belattar grenouille au CCIF, sorte de CRIF musulman, en à peine moins poli. Bref, comme le dit aujourd’hui, sur RTL, Jessie Claire, l’une de ses anciennes co-animatrices de Radio Nova : « Beaucoup de gens m’ont dit qu’il était intouchable. ». La mise en garde à vue de cette « belle personne », pour reprendre la phraséologie des lectrices de Elle, depuis ce mercredi 27 mars, en attendant qu’il soit déféré devant un juge, le 28, semble prouver que non.

En effet, Yassine Belattar doit désormais répondre d’accusations de « harcèlement moral au travail » vis-à-vis de cette demoiselle qui, tant qu’à faire, évoque les textos « humiliants » à fortes connotation sexuelle. Comme quoi la Ligue du LOL sait aussi donner dans la « diversité des « minorités visibles ». Pour tout arranger, un autre plaignant, Bruno Gaccio, l’un des auteurs historiques des Guignols de l’info, a également porté plainte contre le présumé innocent. À en croire nos confrères de Marianne et de Mediapart, il s’agirait de menaces de mort et de viol : « Il s’est mis à hurler, a promis de venir me tuer, ainsi que ma femme et mes gosses, avant d’ajouter qu’il enculerait ma pute de mère à Saint-Étienne. » Les mots de Yassine Belattar auraient-ils dépassé sa pensée ? C’est parfois le cas, avec ces écorchés vifs que sont souvent les grands artistes.

Durant sa garde à vue, et selon Le Parisien, le chantre du vivre ensemble a néanmoins été obligé d’admettre ceci : « Que je menace des gens, c’est un fait. Il y a plein de gens qui en menacent d’autres. Mais moi, je ne suis jamais passé à l’acte. » C’est madame Gaccio, de Saint-Étienne, qui a dû être soulagée. Ceux qui, en revanche, ne le sont pas, ce sont les journalistes d’Oumma.com, l’un des principaux sites musulmans francophones. Le 27 février dernier, on y lisait cette information relative à Yassine Belattar et à la polémique sur le « hijab de running » de Décathlon®, et à l’occasion de laquelle il en appelait à un « rassemblement qui a pour but de montrer notre mécontentement. Ce sera la place de la dignité et c’est tout ce qui nous reste. »

La « dignité » ? C’est exactement le mot que l’on cherchait sans parvenir à le trouver, quant au comportement de cet humaniste, manifestement en butte à l’incompréhension de ses concitoyens. Contrairement à ce qui est écrit plus haut, le métier de journaliste peut aussi être une fête de chaque jour.

PS : les commentateurs d’Oumma.com n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer les comportements du Tartuffe en question, qualifié de « nouveau Tariq Ramadan » ; ce qui, en la circonstance, n’est pas exactement un compliment.

13259 vues

28 mars 2019 à 19:33

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.