[Wokisme] La Flûte enchantée de Mozart remise d’équerre

mozart

Un collectif, Critical Classics, s’est avisé que La Flûte enchantée, opéra emblématique de Mozart (1791), péchait contre l’esprit de notre temps. Le livret, signé Emanuel Schikaneder, recèlerait des traits « discriminatoires », sexistes ou racistes. Qu’à cela ne tienne ! Critical Classics édite sa version épurée du livret (Libretto with Annotations). À droite, la version originale ; à gauche, la version woke. Surlignés en vert, les termes modifiés ; en jaune, les termes laissés mais qui peuvent blesser l’auditeur (ainsi le lieu de l’action, à savoir l’Égypte, n’a pas été modifié, mais il est signalé comme présentant un risque d’« appropriation culturelle »). On dirait une copie annotée et corrigée par un pion tatillon.

Quelques exemples parmi cent autres qui permettent de mesurer dans quel puritanisme baignent ces cerveaux. Monostatos n’est plus le Maure noir, ni le serviteur de Sarastro : incolore, il devient son enfant naturel. Pamina n’est plus « charmante » (sexisme) mais « rusée » ; les Drei Knaben ne disent plus à Tamino de se comporter « comme un homme » (masculinisme) mais d’être « courageux ». Tamino retient la leçon, à son tour il ne dira pas à Papageno « d’être un homme » mais d’être « fort comme un lion ». Guignant la princesse, Monostatos salivait en disant « Blanc, c’est beau » (en langage de banlieues, il dirait : « Trop bonne, la Blanche ») ; il ne le dira plus. Pas plus que Sarastro ne dira à Monostatos : « Sachez que votre âme est aussi noire que votre visage. » On a envie de chanter comme Tamino face au monstre : « Zur Hilfe, Zur Hilfe » - à l’aide!

Ces fous furieux ont même osé tripatouiller la musique. Jugeant que Pamina ne chantait pas beaucoup (faudra-t-il arriver à la parité ?), ils ont pris un air de Mozart étranger à La Flûte enchantée, « Nehmt meinen Dank » (K383), lui ont bricolé un texte et l’ont ajouté à l’opéra. Sans complexes.

Diversité et « sensitivity »

Dans l’équipe de Critical Classics, on trouve la cheffe d’orchestre Julia Jones, différents chanteurs et metteurs en scène. Ils se sont adjoint de redoutables censeurs : Leylan Arcan, « conseiller en diversité », et Aşkın-Hayat Doğan, « sensitivity reader ». Il s’agit de gommer tout détail choquant. « Dans une société pluraliste et multiethnique, nous devrions commencer à penser à un public élargi », car « ces dernières années, le public est devenu plus sensible ». Mais ne l’a-t-on pas hypersensibilisé sur ces sujets ? Dommage que toute cette sensibilité soit au service d’une idéologie et non de l’art. Critical Classics annonce épurer prochainement Madame Butterfly, Carmen, et même… La Passion selon saint Jean, de Bach. Tout passe dans leur moulinette « critique » - sauf eux-mêmes.

Franc-maçonnerie et wokisme

Le grain de sel de l’histoire est que La Flûte enchantée est, comme on sait, un opéra d’inspiration franc-maçonne. Au-delà des qualités intrinsèques de l’œuvre, cette caractéristique la pare de toutes les vertus aux yeux de beaucoup. Il n’y a pas si longtemps, Radio France y voyait même… « un prélude au féminisme ».

Certains personnages de La Flûte enchantée sont aussi, ou d’abord, des symboles, dans l’esprit à double fond des francs-maçons. C’était sans compter sur la lecture très littéraliste du wokisme. La franc-maçonnerie instille ses idées dans la société, se veut de haute lignée culturelle ; le wokisme n’est pas si subtil. C’est un bulldozer qui ne s’embarrasse ni d’art, ni de contexte, et surtout pas de respect. « Bientôt la superstition disparaîtra, Bientôt le sage l’emportera… », chantent les Drei Knaben. Mais le wokisme, comme superstition, se pose là.

On sourit en voyant les francs-maçons, donneurs de leçons humanistes contre la montée de « l’extrême droite » au nom de la fraternité universelle, se voir ainsi dépassés par des redresseurs de torts qui, eux, ne se cachent pas derrière leur tablier. Quant à l’œuvre elle-même, cette Flûte enchantée qui compte quelques-uns des plus beaux airs de Mozart, elle s’en remettra. Elle a bien survécu à la réécriture nazie, qui tenta de la « déjudaïser », en 1941, en gommant du livret les éléments francs-maçons - encore une histoire de « sensibilité ». Le nazisme, un wokisme avant la lettre ?

Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

38 commentaires

  1. Mozart et Schikaneder étaient Francs-Maçons. L’idéologie de la Franc-Maçonnerie était très influencée par le Zoroastrisme ( Sarastro = Zoroastre ? ). Mozart n’était pas le seul compositeur a exploiter ce thème. En 1749, Jean-Philippe Rameau avait présenté son opéra …. Zoroastre ! Rameau n’était pas Maçon, mais son librettiste, Louis de Cahusac, l’était !

  2. Qu’est ce que ca peux faire que la flute enchanté ait été écrite par un Franc Maçon ? Est ce que cela change, de la qualité Artistique et Chorégraphique de l’oeuvre ! La flute enchanté est une magnifique oeuvre à la symphonique et d’opéra ! Amitiés à tous Hervé de Néoules !

  3. Qu’ils laissent aux vrais amateurs le plaisir d’écouter cette œuvre magnifique et aillent se faire voir ailleurs. Le génie face à la médiocrité.

  4. La stupidité n’a décidément plus de limites. Espérons qu’il restera quand même dans un musée un original de la Flûte avant que ces fous furieux n’aient brûlé toutes les copies jugées non conformes, car avec ces gens, un tel risque n’est pas à écarter. Ils ont eu des prédécesseurs dans cet état d’esprit, comme le rappelle l’auteur, avec les nazis…

  5. Les malades du ciboulot vont inventer maintenant que « La Flute enchantée » de Mozart est populiste, raciste, fasciste, en un mot : d’extrême droite !…..La France devient chaque jour un peu plus un vaste hôpital psychiatrique.

  6. « Die zauberflöte » passée à la moulinette woke ! Où va se nicher l’idéologie ? Pauvre Mozart .
    Le film « Amadeus » en avait déjà fait sursauter plus d’un mais la réalisation, le bande musicale et la démarche avaient effacés certaines appréhensions . Aujourd’hui de petits censeurs veulent réécrire les oeuvres musicales et littéraires qui ne leurs appratiennent pas mais font partie du patrimoine mondial et non mondialiste .

  7. Il faut ne pas avoir à se préoccuper de savoir comment on va assurer sa fin de mois ou faire face à ses échéances pour être préoccupé par de telles questions. Gageons qu’en Ukraine, au Yemen et sur la majeure partie de la planète des milliards d’humains ont bien d’autres choses en tête que les délires de cette poignée de gens vivant très certainement en parasites grâce à des subventions prélevées par l’impôt sur le revenu du labeur de ceux qui peinent à joindre les bouts. Les fous ont pris le contrôle de l’hospital psychiatrique.

    • Je ne comprends pas : tout le monde sait que notre Mozart de la finance a des problèmes psychiatriques et personne ne fait rien…Mais bien sûr… c’est nous qui avons un problème de compréhension!…C’est pas lui, c’est nous…

  8. Jusqu’à cette seconde décennie de XXIème siècle, nul être raisonnable n’avait envisagé un tel appauvrissement de l’Esprit ni une telle dégénérescence de la culture !
    Cette situation aurait-elle été possible si le nivellement par le bas n’avait fini par l’emporter depuis le niveau de l’école primaire jusqu’au niveau des ministères, en passant par les « saucissaunades » entre bobos qui ont remplacé les discussions de salon !
    Que nos nouvelles « zélites » créent de nouvelles œuvres du niveau de leur nouvelle culture, soit !
    Mais au moins faudrait-il qu’une nouvelle autorité culturelle étatique décente puisse prendre des mesures efficaces pour la protection du patrimoine existant ! (Cf. également : les attentats de faibles d’esprit contre les œuvres d’art dans les musées.)
    Certaines influences hostiles s’appliquent à transformer notre « culture populaire » en « culture populacière » !
    C’est l’un de volets de l’entreprise de subversion contre le pays, et non le moindre !

    • Dans la devise de votre pays, il y a « égalité », ce qui annonce l’arrasement de toute élévation par le bulldozer.

  9. Le monde tombe dans une bêtise im-moralisatrice, dans un gouffre d’une insondable folie qui annonce la fin de l’humanité.

  10. A l’heure ou la France roule vers le chaos économique, voilà ce qui préoccupe la soi-disant élite : réécrire les oeuvres, les livres, débaptiser les noms de rue, déboulonner les statues, massacrer notre culture, piétiner notre identité. Ce brouillage intellectuel est sans doute utile pour masquer des décisions pour lesquelles l’avis du peuple n’est pas souhaité. Ceux qui tirent profit de la convergence des luttes ne sont pas ceux que l’on croit

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