Le vaccin ne sera pas obligatoire. C’est le Président qui l’a dit. Ce soir-là, lorsqu’il annonça la nouvelle, on entendit comme un profond soupir de soulagement dans les chaumières gauloises. L’aurait annoncé la fin des impôts et la gratuité de l’essence à la pompe, c’aurait pas été mieux. L’a bien compris, le Président, que les Français sont épris de liberté, qu’il ne faut pas abuser : entre ce qui est interdit, ce qui est obligatoire et ce qui est fortement recommandé, le Code pénal risque de devenir le cadeau tendance à offrir dans les prochaines années.

Donc, pas obligatoire, le vaccin, qu’il a dit. Bon, faudrait déjà qu’il y ait un vaccin efficace. Le Monsieur Vaccination nous a tellement fichu la pétoche, la semaine dernière, sous le regard hagard du Premier Ministre, que nous fûmes habités, subito, comme d’un doute. Mais le doute est-il permis ? Non, hommes de peu de foi. Et quand les médecins s’y mettent, en plus, c’est tout simplement pas possible. D’ailleurs, Patrick Vignal, député LREM de l’Hérault, préposé régulier au SAV macroniste sur les plateaux télé, s’en est ému dans un tweet : « Si les médecins sèment le doute, nous n’arriverons à rien. Ces professionnels qui sont des experts ne peuvent pas se permettre de faire des erreurs de communication, alors que 50 % des Français ne souhaitent pas se faire se vacciner. »

Au fond, le problème, c’est pas le vaccin, c’est la com’. Un produit bien présenté, bien emballé, est plus vendeur, c’est bien connu, même si ce produit est de la daube. Quant à ces médecins de mauvais augure distillant le doute parmi nos populations effrayées, ils feraient mieux d’enfiler leur blouse blanche et de se préparer à piquer les gens qui feront la queue devant le dispensaire. Non, mais, franchement ! Donc, le vaccin, faut y croire.

Il ne sera pas obligatoire, on est bien d’accord. D’ailleurs, reconnaît, le député macroniste, de passage sur CNews, le 8 décembre, « si on l’impose, ça marche pas ; on est en France ». Cela dit, depuis des mois, on a vu qu’on pouvait imposer pas mal de choses aux Français et que ça marche pas trop mal, finalement. Néanmoins, Patrick Vignal ajoute : « Ceux qui ne veulent pas se faire vacciner, ça me dérange pas. Par contre, ils devront assumer de ne pas être dans l'espace public. » Assumer, c'est-à-dire ? On aimerait qu’il développe un peu plus son idée. Leur recommander, faute de pouvoir leur commander, de rester à la maison ? Plus de courses, plus de boulot, plus de loisirs, plus rien, cloîtrés dans la confinière sur simple volontariat. Ou alors - j'essaye d'imaginer - on n’irait tout de même pas jusqu’à inventer une sorte de name and shame (« nommer et couvrir de honte »), version moderne du pilori, pour les récalcitrants ? Mais qu’on se rassure, le très prospectif député ne va pas jusque-là : « On va pas obliger les gens. C’est cela qu’il faut trouver comme solution. »

Autant dire que quand on a dit ça, on a tout dit, on n’a rien dit. Le café du commerce, malgré le confinement, n'a pas baissé le rideau, lui.

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10 décembre 2020 à 12:36

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