À quoi bon nommer un môssieur Vaccin si celui-ci arrive sur le devant de la scène pour faire office de rabat-joie ? Derrière son masque, il est à supposer que Jean Castex fulmine en l’entendant.

Lui, le Napoléon de la campagne de vaccination qui vient d’annoncer son plan de bataille : un million d’injections sur janvier, deuxième salve en février, avec 14 millions de sujets à risque mis hors d’état de mourir, et enfin, au printemps, l’estocade finale pour toute la population, les chiens, les chats, les poissons rouges, quelques Belges, tant qu’on y est… Lui, le stratège de la seringue, assiste, impuissant, au discours quasi complotiste d’Alain Fischer, professeur d’immunologie et chercheur en biologie, bombardé Monsieur Vaccin la veille.

Voyez ce que raconte cet homme supposé de toute confiance : « Pour l’instant, nous ne disposons que des communiqués de presse de la part des industriels, nous attendons avec impatience des publications scientifiques », annonce-t-il. Sous son masque, Jean Castex manque s’étouffer. Les industriels sont des chercheurs… en bénéfices, certes, mais chercheurs quand même.

Que dit encore ce Judas de la vaccination ? « Le recul, à ce jour, sur l’évaluation de la sécurité et l’efficacité de ces vaccins ne dépasse pas deux à trois mois, donc, c’est encore bref, même si c’est très significatif. » « Y a-t-il quelqu’un, dans la salle, qui puisse arrêter monsieur Vaccin ? » Le Premier ministre est au bord de lancer un appel.

« Les données ne sont pas encore complètes non plus, pour savoir jusqu’à quel point ces vaccins sont efficaces sur les personnes les plus à risque. » Et il continue !

« Enfin, dernier point qui est critique, dont la solution prendra du temps, c’est de savoir si le vaccin, d’une part protège l’individu vacciné contre l’infection et, espérons-le, contre l’infection grave, mais aussi protège contre la transmission. » Voilà le bouquet ! Un vaccin imploré depuis des mois, acheté par camions, qui pourrait être tout à fait inopérant. Un comble !

Parti pour Austerlitz, Napoléon Castex regarde autour de lui et s’aperçoit qu’il est à Waterloo. Le GPS mal réglé ? Une erreur du maréchal Véran ? Le professeur Alain Fischer avait pourtant été choisi, entre autres critères, pour avoir recommandé à Agnès Buzyn d’augmenter le nombre de vaccins pour les enfants lors de la bataille de 2018. C’est à ne plus rien y comprendre…

Chapeau de travers, vareuse en vrille, Jean Bonaparte Castex quitte la conférence de presse et appelle le patron : « Dites donc, Emmanuel, votre monsieur Vaccin, que diriez-vous qu’on l’appelle plutôt monsieur Bémol ? » À l’autre bout du fil, le Président réfléchit quelques secondes : « Je préférerais monsieur Bricolage. »

 

4 décembre 2020

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