Editoriaux - Politique - Société - 19 octobre 2019

Voile : une société à cran

Fatima E., la femme voilée qui a fait l’objet d’une vive interpellation de la part du conseiller régional RN Julien Odoul dans l’enceinte de l’assemblée régionale Bourgogne-Franche-Comté, a été très largement soutenue parce qu’en l’état de la législation, elle avait le droit d’accompagner des enfants avec cette apparence, son petit garçon se jetant d’ailleurs dans ses bras sur un mode très démonstratif.

Julien Odoul s’est fait rabrouer par la présidente avec une indignation surjouée et il me semble évident que cet épisode n’aurait pas pris cette ampleur démesurée, sur les plans politique et médiatique, si le conseiller régional n’avait pas été du RN.

Il est intéressant de relever que cette femme voilée a donné une interview au CCIF, proche des Frères musulmans, et que la tonalité générale de celle-ci montrait que l’intéressée n’était pas étrangère à un dessein constituant le voile plus comme un signe que tel un tissu. Il suffit, pour s’en convaincre, de retenir qu’elle a « une image négative de ce qu’on appelle la République et que, selon elle, le ministre Blanquer a dit des choses honteuses » (Morandini).

Cette péripétie n’était pas si anodine et dérisoire que cela puisque, depuis, plusieurs polémiques et contradictions, au sujet notamment des accompagnatrices des sorties scolaires – évidemment la continuation de la vie scolaire -, ont démontré que le port du voile demeurait un sujet infiniment sensible en France.

Jean-Michel Blanquer souligne que le droit autorise le voile pour les accompagnatrices mais que lui-même n’est pas favorable à la généralisation de cette pratique. Aurélien Taché, député LREM, lui reproche cette contradiction – il n’a pas totalement tort – et l’accuse d’être sur la ligne de Julien Odoul. Le ministre offensé demande aux instances du parti de sermonner le député.

Sibeth Ndiaye n’a pas du tout la même position que Jean-Michel Blanquer.

Le Premier ministre, sans véritablement s’engager, annonce qu’on ne modifiera pas la loi mais prépare la future prise de parole du Président qui traitera du communautarisme et donc pas directement de ce qui préoccupe la société aujourd’hui.

Bruno Le Maire, qui parle net, a indiqué qu’il ne voulait pas que le voile islamique soit le futur de la France (Europe 1).

Un Collectif contre l’islamophobie a publié une tribune avec, en son sein, quelques personnalités discutables et n’a proposé qu’une vision outrancière, orientée, partisane et hémiplégique de la réalité française, oubliant, au profit de l’islam tranquille et modéré qui est étouffé au point qu’on ne l’entend pas, l’islam radical et politique avec ses dévoiements terroristes extrêmes.

Il est clair qu’on ne peut plus se contenter de cette posture mi-chèvre mi-chou, d’attentisme lâche et mou et de cette fuite face à ce qui affecte de manière lancinante l’espace et l’esprit publics. Peut-être serait-il nécessaire, pour le pouvoir, de ne pas adopter, à l’égard de l’urgence, un processus de plus en plus lent ? Il n’apaise pas, il laisse pourrir.

Quelques réflexions dont certaines m’ont été inspirées par le débat passionnant et vigoureux de « L’Heure des pros », le 16 octobre.

Il ne faut pas feindre d’oublier que si la société est à cran au sujet du voile, avec ce malaise de se méfier non seulement de l’islam politique mais de l’islam tout court – la moindre extériorisation apparemment paisible de celui-ci devenant, pour beaucoup, virtualité menaçante, source d’angoisse -, cela tient aux crimes islamistes qui ont trop souvent tué et endeuillé en se réclamant de cette foi. On ne peut pas vivre, cohabiter, coexister comme si on ne savait pas que la deuxième religion de France, dans son expression furieuse, est mortifère et l’a tragiquement prouvé.

Va-t-il être possible, face aux avancées insidieuses et ostensibles de l’islam politique en France, de toujours pouvoir faire le départ entre les musulmans de paix et les autres même pour l’instant inactifs qui ne rêvent que d’en découdre avec notre société, nos valeurs et notre mode de vie ?

On s’aperçoit aussi que les « somptueuses banalités » du Président, avec l’obligation d’une société de vigilance à décliner par chaque citoyen, n’ont donné aucune piste opératoire puisque, par exemple, le questionnaire de l’université de Cergy-Pontoise qui les avait prises au sérieux avec son questionnaire a été pourfendu et qualifié de « monstrueux » par un maître de conférences n’ayant aucun sens de la mesure des mots.

Il serait bon, sans doute, également, pour le voile, de ne pas se soucier seulement des musulmanes le portant par religion ou par défi mais aussi, et peut-être surtout, du désir des parents souhaitant ou non voir accompagner leurs enfants – et l’accompagnement induit bien d’autres activités et contacts – notamment par des femmes voilées.

Au-delà, puisqu’on peut toujours compter sur La France insoumise, et en particulier Éric Coquerel, pour proférer des arguments rebattus, il est absurde de comparer les religions entre elles et d’affirmer que l’équité commanderait de traiter l’islam comme le catholicisme et le judaïsme. Le premier n’est que trop à la source, intégriste et sanguinaire, des assassinats perpétrés en France quand le deuxième est d’une faiblesse insigne – on voit son peu d’influence sur les thèmes sociétaux et il ne fait de mal à personne – et que le dernier est attaqué verbalement et physiquement avec des familles juives devant quitter des départements et des cités devenus totalement insécures pour elles.

À cause de cette cacophonie gouvernementale, de ce désarroi du pays, de cette impossibilité de distinguer à chaque seconde l’islam acceptable de l’islam politique, ne serait-il pas bon de trancher en interdisant le voile dans l’espace public ? Une solution radicale pour un islam effectivement ou virtuellement radical ?

Je l’ai soutenu mais j’ai conscience que les conséquences seraient peut-être pires, par les résistances et les multiples transgressions – exemple du voile intégral jamais poursuivi, jamais sanctionné – qui résulteraient de cette mesure extrême, que l’état actuel de la France.

Alors que faire, comment réagir ?

Ma certitude fondamentale est, en tout cas, que notre faiblesse à faire respecter nos lois et tout ce qui fonde notre démocratie aggrave les dangers que nous prétendons combattre. Nous luttons mal contre un ennemi plus fort que nous.

Pour toujours ?

Extrait de : Justice au Singulier

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