Editoriaux - Education - 19 octobre 2019

La discrimination positive pour « remédier à l’inégalité des destins » ? Mauvais plan…

« Remédier à l’inégalité des destins »… Vaste entreprise !

Certes, ce n’est pas exactement en ces termes que la chose était formulée sur les ronds-points en jaune, mais c’est bien la revendication qui planait sur les embouteillages de l’hiver passé.

Et moi, et moi, et moi ! crie de plus en plus fort la France des bas-côtés, celle qui regarde passer les limousines à cocarde tricolore. Nous ne sommes pas du même monde, lui répond le costume-cravate/tailleur-escarpins estampillé ENA.

En écho, le Président Macron a affirmé sa volonté d’en finir avec ces discriminations, jetant aux manants le projet de supprimer ladite École nationale d’administration comme on jette un os à Médor : ronge donc ça et cesse d’aboyer ! Sauf que les « sans-dents » ont (aussi) du mal à ronger…

Emmanuel Macron est l’homme des grands débats. Il aime. Ça lui rappelle, justement, les grands oraux de la grande école, avec mise à niveau du caniveau et cours magistraux d’économie pour les nuls. Il organise même des débats dans le débat, des concertations à n’en plus finir, emboîtées comme des matriochkas, jusqu’à en extraire l’essence de la quintessence. C’est ainsi qu’il a reçu, voilà quelques jours, par l’intermédiaire de son ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal, un rapport de concertation commandé aux directeurs de huit grandes écoles.

Pas de la bibine, les écoles en question : Polytechnique, les quatre Écoles normales supérieures (ENS), HEC, l’ESSEC et ESCP Europe. Tous des forts en business, chargés d’apporter au chef de l’État des solutions afin de rétablir, à sa demande, ce vieux rêve du « modèle méritocratique » et de « l’élitisme républicain » fleurant bon son Jules Ferry.

Comme le rapporte Le Point, ces directeurs ont eu à plancher sur la résolution d’une équation jusqu’ici insoluble : comment enrayer la reproduction des élites par parthénogénèse. Le mot est fort, mais c’est pour mieux saisir l’idée. Il est vrai, écrit Le Point, que le constat est connu, et cela, depuis longtemps : « Alors que l’enseignement supérieur compte 38 % de boursiers, ceux-ci représentent moins de 20 % des effectifs à l’ENS Paris, 13 % dans les écoles de commerce et 11 % à Polytechnique. »

Chirac, en 2006 déjà, « sommait les classes préparatoires aux grandes écoles de passer de 18 à 30 % d’élèves boursiers en trois ans », et Sarkozy remettait cela deux ans plus tard. Sans plus de succès.

Alors, est-ce qu’on la tient enfin, la solution miracle qui permettra de « remédier à l’inégalité des destins » ?

Il paraît que oui, mais à y bien regarder, elle a une sale tête. D’autres avant nous l’ont pratiquée : elle s’appelle la discrimination positive. Oh, bien sûr, on ne l’appelle pas ainsi. On lui a posé un faux nez mais, au bout du compte, c’est bien d’elle qu’il s’agit.

Concrètement, nos éminences proposent « d’attribuer des points de bonification pour des étudiants issus de milieux défavorisés », soit un petit plus à l’écrit des concours d’entrée pour mieux accéder à l’oral.

C’est bien, c’est généreux, mais à mon humble avis, c’est insuffisant. Je suggère qu’on le passe derrière un paravent, l’oral. Avec un brouilleur de voix, tant qu’à faire, histoire de ne pas repérer qui vient du 9-2 ou du 9-3, de Neuilly-ta-mère ou de Saint-Denis ; qui porte des Adidas et qui des Louboutin. Et puis, ce serait bien, aussi, d’ouvrir un quota de places aux LGBTXYZ… et s’assurer de la parité ethnique. C’est déjà fait ? Pardon, j’ignorais…

D’ailleurs, d’aucuns, esprits chagrins, soulignent qu’« une telle initiative risque aussi de provoquer une rupture d’égalité : qu’adviendrait-il, par exemple, des candidats qui frôlent de peu le statut de boursier ? Ils ne font pas partie des privilégiés, mais seraient victimes, sans raison valable, d’une perte de chances ».

Bref, encore une fausse bonne idée !

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