La commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon aura suscité bien des polémiques. D’Alexis Corbière, qui pense que « la République n’a pas à célébrer son fossoyeur » à Jean-Louis Debré, considérant que ces commémorations seraient « une provocation », les rendez-vous napoléoniens de 2021 n’ont pas bonne presse. Franck Ferrand d’expliquer, dans Valeurs actuelles, que « les remords, la repentance, l’autoflagellation » sont devenus « les sports nationaux », tandis que Napoléon Ier est, « sans conteste aucun, le plus grand personnage de l’Histoire de France » et qu’il en va de notre mémoire nationale.

Dernière polémique en date, donc, autour de cet anniversaire, le projet d’installation d’une œuvre d’art contemporain au-dessus du tombeau de l’Empereur aux Invalides. L’œuvre, intitulée Memento Marengo, est une reproduction du squelette du cheval fétiche de Napoléon Ier. L’animal tient son nom de la bataille éponyme, Napoléon le chevauchait lorsqu’il remporta cette bataille en 1800, mais aussi lors des batailles d’Austerlitz, Iéna et Wagram. Lors de la bataille de Waterloo, Marengo est capturé par les Anglais comme une prise de guerre. À sa mort, son squelette est exposé au National Army Museum à Londres. L’artiste Pascal Convert travaille depuis deux ans sur cette commande du musée de l’Armée et évoque, dans L’Obs, « un questionnement. La présence d’un squelette au-dessus du tombeau convoque les transis sculptés sur les tombes, de la basilique Saint-Denis par exemple. » Pour lui, « ramener le cheval de Napoléon vers la tombe de son cavalier accomplit un rituel funéraire antique qui voulait que les combattants soient enterrés avec leur monture ».

Face à ce projet, les historiens s’indignent et rappellent que, d’une part, les Invalides ne sont pas une nécropole nationale dédiée à l’Empereur et que, d’autre part, ce site est un lieu de recueillement, pas d’exposition. « C’est de la folie, ils sont fous, suspendre un Bucéphale en plastique dans une nécropole nationale confiée à la garde de l’armée française… » fustige Thierry Lentz dans le documentaire Napoléon l’influenceur du « Doc Stupéfiant ». L’historien ne se positionne pas pour ou contre l’art contemporain mais bien sur la question de la légitimité d’une telle œuvre dans ce lieu. « Ceux qui l’ont préparé depuis plus d’un an jouent aujourd’hui les vierges effarouchées. Ils font semblant de ne pas comprendre que l’on ne peut pas aller aussi loin dans la désacralisation d’un personnage aussi important de l’Histoire de France. C’est une véritable offense », déplore, dans Le Figaro, le directeur de la Fondation Napoléon. Christian Bourdeille, président du Souvenir napoléonien, renchérit : « L’État n’a soi-disant pas d’argent et pourtant il a financé ce projet d’art contemporain. » Toujours dans Le Figaro, David Chanteranne, conservateur du musée de Brienne, y voit « une signification peu glorieuse pour l’Empereur, une volonté de dénigrer tout ce qu’il a fait pendant le Consulat et l’Empire. Ce n’est pas un cheval en gloire, mais un cheval mort. Par analogie, cela montre un Napoléon qui aurait rendu squelettique la France et qui aurait dépecé le pays de ses richesses. »

Jean-Louis Thiériot, le député (LR) de Seine-et-Marne, a interpellé Florence Parly dans un courrier du 26 avril au sujet de cette « symbolique forte ». Il écrit que « la France mérite mieux que des polémiques inutiles à l’heure où chacun doit se rassembler et où nos armées jouent un rôle essentiel dans la sécurité du pays ». À ce jour, il n’a pas reçu de réponse à son courrier. Le député qui a déposé une question écrite à l’Assemblée, jeudi, doit désormais interroger le général Lecointre, mardi prochain, en commission de la Défense nationale.

Œuvre hérétique ou geste artistique, malgré les protestations, ce squelette commandé et validé par le musée sera exposé comme prévu et visible à partir du 7 mai.

30 avril 2021

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