Un Président ne devrait pas dire ça…, c’était le titre d’un livre rapportant cinq ans d’entretiens privés avec François Hollande. Titre habilement trouvé, aguichant le lecteur comme une cocotte du Second Empire jetant des œillades en commençant à défaire le premier bouton : « Une dame vertueuse ne devrait pas faire ça. » De fait, il a assez bien tenu ses promesses, au vu de la bronca qu’il a déclenchée – d’aucuns disent qu’il aurait contribué à dissuader François Hollande de se représenter -, et à défaut de s’être mis à nu, François Hollande s’était un peu dévoilé.

« Un Président ne devrait pas dire ça », c’est aussi la synthèse que l’on pourrait faire de l’interview accordée à par . Il ne s’est pas dévoilé – quel accent de sincérité notable dans ses propos ? – mais il s’est abaissé.

Disons-le tout d’abord tout de go : il parle trop. La parole présidentielle est comme la monnaie. L’inflation conduit à la dévaluation. La sienne a aujourd’hui la valeur d’un assignat de l’an IV. Mais sa logorrhée, encore, pourrait être pardonnée…

La presse nous le répète en boucle : sur Brut, le Président a voulu parler « aux jeunes ». Mais à quels jeunes ? Les « jeunes » au sens pudique où l’entend la presse, ces dernières années, s’agissant des banlieues ? Les jeunes qui viennent de briser des vitrines, frapper des policiers et brûler des dossiers de banque puisque, indéniablement, eu égard à leur vigueur et leur vitesse de progression, ce ne sont pas des nonagénaires qui se cachent sous les cagoules noires ?

Oui, sans aucun doute, au vu des questions posées… Mais il y a pourtant d’autres jeunes, tant d’autres, silencieux, que les journalistes de Brut ne représentaient en rien et qui ont été indignés par ce qu’ils ont entendu.

Non, un Président ne devrait pas soutenir ses policiers – jeunes souvent ! – comme la corde soutient le pendu. Des policiers dont il a usé, et même abusé jusqu’à l’absurde dans la crise des gilets jaunes comme dans celle du Covid-19… jusqu’à les faire détester par les braves gens qui leur sont d’habitude favorables.

Non, un Président ne devrait pas évoquer l’ordonnance de Villers-Cotterêts, citer avec emphase Cioran (« Être français, c’est habiter une langue ») et en même temps s’asseoir avec mépris sur ce denier – et aussi sur Albert Camus : « Ma patrie, c’est la langue française » – en promettant de promouvoir… l’arabe.

Non, un Président ne devrait pas affirmer que « l’immigration est une chance pour la France » en niant l’évidence : c’est d’abord la France qui est une chance pour l’immigration, sinon quelle sorte de masochisme pousserait tant de gens à braver les océans pour venir s’y installer ? Et si, d’aventure, pour ne citer que cet exemple, les Tchétchènes qui ont enterré en héros l’assassin de Samuel Paty, allant même jusqu’à donner son nom à une rue dans leur village, passaient un jour nos frontières – ce qui, convenons-en, est de l’ordre du possible -, ils seraient une malédiction pour la France.

Non, un Président ne devrait pas évoquer les blessures de la guerre d’Algérie en commençant, avant les harkis, les pieds-noirs et les soldats français par… les Algériens, attentant à la mémoire de ceux qui, là-bas, il y a 60 ans, ont connu le même sort que Samuel Paty et des victimes de la cathédrale de Nice.

Non, un Président ne devrait pas promettre 400 statues de « Noirs et d’Arabes » – et pourquoi pas de Chinois ou d’Indiens ? – car la couleur de peau n’a jamais été, en soi, un mérite.

Au moment de son élection, même si nombre de Français étaient circonspects, tous reconnaissaient au nouveau Président, après cinq ans de hollandisme froissé et tire-bouchonné, au moins une qualité : il « habitait la fonction ». Vendredi, sur Brut, il a abîmé la fonction. Nombre de jeunes et de moins jeunes ne le lui pardonneront pas.

7 décembre 2020

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