Le Voyage à Nantes 2020 – le VAN, comme on dit chez les branchés – offrira de revoir cette forme hideuse de la féminité offerte par Elsa Sahal depuis les années 2000. Cette dame est sculpteur en céramiques. Ses œuvres lui valurent diverses expositions, notamment à la galerie Papillon en 2018, à la FIAC en 2012, puis cette année, lors de Seine musicale, avec son œuvre Les Extatiques et enfin pour le VAN dont il est question ici.

Les conformistes du non-art – eux qui se croient anticonformistes – s’en réjouissent d’avance car ils pourront revoir cette statue d’une femme sans buste en train de pisser comme un homme, vulve bien en évidence.

Si l’on pourrait rire d’une statue de petite fille, jupe relevée, faisant pipi accroupie derrière n’importe quel décor, en pensant au Manneken-Pis, on ne verrait alors que deux comportements bien souvent observés de par toute l’histoire de l’humanité. Quel petit garçon n’a joué à celui qui pisserait le plus loin ? Quelle petite fille, sous le coup d’un besoin pressant, ne s’est jamais cachée derrière quelque feuillage ?

Mais quid de cette représentation ? Les femmes qui se soulagent dans la nature le font aussi accroupies ou jambes écartées. Et jamais ne vit-on l’une d’elle se prêter à produire un jet semblable à celui d’un homme. Pourquoi, dès lors, représenter ainsi la féminité ? L’artiste expliquait, en avril 2018, sur France Culture, que « le pistil ou la vulve d’une femme est une manière de montrer une femme puissante qui a un caractère très viril de par ses organes de reproduction ».

Cette fontaine « est une figure pissante, dont le titre est un pied de nez à l’urinoir de Marcel Duchamp… » Si l’on ne sait où Elsa Sahal fourre son nez, elle ne passe pas par quatre chemins quand il s’agit de définir son projet. L’idée est claire : « Dans le flux continu du jet d’urine, il y avait l’idée que les petites filles aussi peuvent pisser dru, loin, et continûment. Et que cela, de façon ironique, peut se produire dans l’espace public où seules les urines masculines sont admises ! », reprend Le Figaro.

Quel programme ! Ainsi Elsa Sahal exprime que la puissance est une marque de virilité. Fût-ce dans celle de donner la vie… Allaiter aussi, peut-être ? On pourrait lui suggérer de s’inspirer des déesses africaines au seins pointant comme des obus et au ventre proéminent comme la proue d’un navire. On pourrait lui suggérer une mère que le fils admire. Tout, mais pas cela ! Tout ou n’importe quoi qui marque la puissance de la femme, seule détentrice de la capacité reproductrice.

Hélas ! L’artiste croit bon de rendre encore un hommage indirect à la masculinité du jet au plus loin pour montrer la puissance de la vie. Triste idéalisation du concept. Triste abaissement de la femme, nous montre-t-elle ici, car d’évidence, nulle femme ne saurait pisser ainsi… Et encore moins rivaliser avec le jet d’un homme.

Il n’y a rien, dans cette œuvre ancienne, qui soit beau ou qui évoque avec justesse ce rôle et cette puissance essentiels de la féminité. On n’y trouve qu’un fantasme refoulé, chez l’auteur, de ne pas être un homme. Que l’été 2020 à Nantes – après la FIAC, bien sûr ! – se prête à cette exposition montre une volonté de choquer sans y parvenir. Pour choquer, encore faut-il que le concept ait quelque possible.

On ne peut que souhaiter à cette laideur de se voir améliorée par un mouvement festif d’Art nouveau qui la verrait greffée d’un organe masculin ou lui couperait les pattes…

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