[TRIBUNE] 4 juin 1936 : quand le gouvernement Blum de Front populaire entrait en fonction
Un précédent article avait exposé aux lecteurs la genèse de la Chambre du Front populaire et sa triste fin. Reste à faire le bilan de son action gouvernementale ; celle-ci fut brève (un an et 17 jours) mais laissa des traces durables, en bien comme en mal.
Une certaine modernité administrative
Le gouvernement Léon Blum, qui s'appuie sur la victoire de la gauche aux législatives du 3 mai 1936, entre en fonction le 4 juin 1936. Composé de socialistes et de centristes radicaux, il bénéficie du soutien, sans participation, du Parti communiste.
Sa composition est très innovante. D'abord parce qu'il comprend trois femmes (sous-secrétaires d'État), et ce, pour la première fois dans l'histoire de la République française : Cécile Brunswick, Irène Joliot-Curie et Suzanne Lacore, représentant chacune un pilier de la majorité parlementaire. Or, à cette époque, les femmes françaises n'étaient ni électrices ni éligibles à aucun mandat public ; car les sénateurs, estimant que les femmes voteraient plus à droite, leur avaient toujours refusé le droit de vote. Léon Blum, qui était fin juriste, avait remarqué un mutisme opportun de la Constitution concernant les fonctions ministérielles. L'action des trois éclaireuses ne sera pas négligeable ; même si aucune d'entre elles n'osera jamais prendre la parole dans l’hémicycle du palais Bourbon.
Autre innovation : la création d'un secrétaire général du gouvernement, fonctionnaire non élu chargé de coordonner l'action ministérielle et présent au Conseil des ministres. Ce pilier institutionnel existe encore aujourd'hui, même si sa création en 1936 est inspirée par des considérations plus conjoncturelles. En effet, Blum souhaitait repêcher Jules Moch qui avait été battu aux législatives de 1936. Or, jusqu'à l'ère Macron, aucun candidat battu à une élection ne pouvait ni entrer ni rester au gouvernement ; alors qu'aujourd'hui, une lourde défaite aux législatives constitue un bon tremplin vers Bercy puis la Cour des comptes.
De nombreuses autres innovations administratives du Front populaire subsisteront jusqu'à ce jour ; telles que le ministère de la Jeunesse et des Sports, la SNCF, le CNRS, la prolongation de la scolarité obligatoire à 14 ans ou encore le festival de Cannes.
Des réformes sociales prématurées
Les grèves sur le tas avec occupation des usines ont éclaté en mai 1936. Sitôt nommé, le gouvernement réunit les partenaires sociaux le 7 juin et les « accords de Matignon » sont signés le lendemain ; puis, 48 heures après, Maurice Thorez déclare qu'« il faut savoir terminer une grève ».
Les concessions vont bien au-delà des promesses du programme d'union populaire : les congés payés, la semaine de 40 heures, les conventions collectives ou encore l'élection des délégués du personnel n'étaient pas révolutionnaires dans d'autres pays développés. Par contre, leur simultanéité a eu raison de notre compétitivité économique. La dégradation de nos échanges extérieurs oblige le gouvernement à abandonner le franc Poincaré et l'étalon-or dès le 25 septembre 1936 ; avant que notre monnaie ne perde le tiers de sa valeur.
Le ministère sera finalement renversé par le Sénat qui lui refusera les pleins pouvoirs dans le domaine économique et financier.
Une politique extérieure désastreuse
Le gouvernement d'union populaire se trouvera immédiatement confronté à de lourds périls : la remilitarisation de la Rhénanie en mars 1936 et le soulèvement franquiste en juillet. Concernant la guerre civile espagnole, la France opte pour la non-ingérence, tout en laissant les armes soviétiques transiter par la France : une solution en demi-teinte qui mécontentera tout le monde.
Cette pusillanimité atteindra son paroxysme au sujet des Jeux olympiques de Berlin. La France avait, certes, déjà participé aux Jeux d'hiver de Garmisch en février 1936 ; mais quid des Jeux d'été qui vont s'ouvrir le 1er août 1936 ? Dans un premier temps, le secrétaire d’État aux Sports Léo Lagrange propose de participer à des « Olympiades antifascistes » qui auraient lieu simultanément à Barcelone : projet anéanti par le soulèvement franquiste. Il ne reste alors qu'une seule option : le boycott pur et simple des Jeux de Berlin. Et la question fut publiquement débattue à la Chambre des députés, le 19 juillet 1936. Une majorité écrasante de la droite et du centre (528 voix) se prononce en faveur de la participation aux J.O. Comble de la tartufferie : les députés socialistes et communistes se sont courageusement… abstenus. Il n'y a eu qu'un seul vote CONTRE (un jeune parlementaire radical de l'Eure dénommé Pierre Mendès France) ; et nos athlètes serviront de faire-valoir au IIIe Reich !
Réformite à contretemps, pacifisme bêlant, démobilisation économique : voilà ce que trouveront les historiens quand ils visiteront, quatre ans plus tard, les décombres de notre si étrange défaite.
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12 commentaires
» notre si étrange défaite »
– en 1870, les Prussiens balaient la France en 6 semaines.
– en 1914, sans Gallieni et son « Miracle de la Marne », c’était plié en 6 semaines.
– en 1940, les Allemands écrasent la France encore en 6 semaines.
en quoi y a-t-il quelque chose d’étrange, quand c’est aussi répétitif ?
4 ans plus tard, cette même gauche votait les pleins pouvoirs à Pétain comme des bons fachos. Hé oui l’ami du fachisme et du nazisme sont les gauchistes! Cette belle république sociale italienne si chère à la gauche française et le national socialisme le rêve de tout bon gauchiste français de l’époque.
Je me dis que si le FP a instauré les congés payés c’était pour ruiner les entreprises et en ce sens ila devancé la merd’UE…mais bn on comprend pourquoi y a eu la guerre en 1939…
Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation: que le soulèvement franquiste en juillet constituait un péril pour la France de León Blum. Je crois plutôt que la France de Blum représentait un grave danger pour l’Europe et le monde, compte tenu de son soutien au Régimen du Front populaire espagnol n’était rien d’autre qu’un soutien aux projets de Staline. Le chroniqueur s’est il seulement demandé quel aurait été l’avenir de la France si Staline avait mis les pieds en Espagne? Eh bien, réfléchissez-y!
Du social socialisant, c’était bien sûr le papier, mais s’est révélé une catastrophe économique.
Et Blum n’a pas tenu compte de la montée des périls, et n’a pas préparé la guerre pour assurer la paix. Il avait cru naïvement aux accords de Munich ;et n’écouta pas le let-colonel De Gaulle.
Il fût donc l’un des responsables de mai 1940.
Les mesures sociales du Front Populaires sont directement inspirées du Fascisme de Mussolini.
Exact ! De 1922 á 1935 le gouvernement de Mussolini a largement contribué au développement de l’Italie dans tous les domaines, puis le démon colonialiste l’a saisi. Que l’Italie n’ait pas de colonies à l’instar de la France, de l’Angleterre, des Pays-Bas où des États-Unis lui semblait une faiblesse organique. Aussi a-t-il lancé l’Italie dans la sinistre opération d’accaparement de l’Ethiopie et non satisfait de cette action il a revendiqué auprès de Léon Blum d’avoir le mandat sur la Tunisie qui alors comptait plus de 100.000 Italiens contre á peine 20.000 Français le brillant Blum du haut de son arrogance l’a traité de polichinelle de carnaval. Résultat : le rapprochement avec Hitler qui lui ne le méprisait pas. Ce fut une mauvaise pioche pour l’Italie qui aurait mieux fait de rester neutre à l’image de l’Espagne. Cela dit il faut savoir que la tombe de Mussolini à Predappio est depuis 80 ans la plus fleurie du cimetière. Une Italie qui assume le bien de son histoire au même titre que le mal.
Le fascisme est un socialisme, et donc, un gauchisme.
La couleur du fascisme, c’est le rouge!
Je suis en train de lire un livre de Bernard Legoux » 39-45 les mensonges de juin 1940″
Le front populaire et le gouvernement Blum on une grande responsabilité dans la défaite de juin 1940 en n’ayant pas écouter De Gaulle et les services secrets qui annonçait ce qui ce passait en Allemagne a cette époque et demandait un renouvellement des matériels , a la place il a été construit la ligne Maginot qui n’a servie a rien sauf sur le front italien ou les italiens ce sont cassé les dents dessus.
Les français pas retenue la leçon et on recommencer en 1981 avec Mitterrand ; on va payer très longtemps le fait de faire l’autruche de la part d’une partie de la population.
1936, c’était l’époque où la gauche disait « les camarades socialistes allemands ne nous feront jamais la guerre »
Merci d’avoir rappeler le « tremplin » vers la Cour des comptes pour les battus aux législatives !