Derrière les incendies, un bel été pour les voleurs et les pillards

La langue de bois des gouvernants attise le feu, elle ne l’éteint pas.
Photo de Ryan Klaus: https://www.pexels.com
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Le ministre de l’Intérieur vient de donner les chiffres : 2.500 pompiers et 1.500 militaires engagés en Gironde – sans doute plus d’un millier dans le Var –, à quoi il faut ajouter les « forces intérieures de sécurité » dont on ne nous donne pas l’ampleur. Autant, ou moins, que pour un match de foot impliquant le Maroc ou l’Algérie ? Autant, ou moins, que pour une fête de la Musique ? Un 14 Juillet ? Une Saint-Sylvestre ? On ne sait pas. Seulement que si le chat n’est pas là, les souris dansent. Alors, pendant que policiers et gendarmes sont mobilisés aux côtés des pompiers, les malfrats et autres salopards se préparent un bel été.

La langue de bois attise le feu, elle ne l’éteint pas

Il serait bon de rappeler à Laurent Nuñez qu’il est aujourd’hui ministre de l’Intérieur et non préfet. Qu’en cette qualité, et surtout compte tenu des circonstances, il devrait se sortir un peu les tripes plutôt qu’offrir, à chaque prise de parole, un pénible récital de langue de bois et une litanie de chiffres. Car c’est un fait connu : la langue de bois des gouvernants attise le feu, elle ne l’éteint pas.

Sa prise de parole au sortir du Conseil des ministres, ce lundi, n’a hélas pas échappé à la règle. À la sortie de ce « Conseil de crise sur le front des incendies », on attendait des actions. On n’a eu que des récriminations : le ministre est « sidéré, effaré » (sic) par les commentaires des méchants commentateurs, notamment par « le débat sur les Canadair (qui) est ridicule ». Et quand les milliers de pompiers tirent sur leurs lances à incendie, monsieur Nuñez brandit son « programme 161 ».

Comme toutes les marionnettes du théâtre macronien, Laurent Nuñez reprend l’antienne présidentielle en boucle : depuis le grand incendie de 2022, les leçons ont été tirées, les engagements respectés et les promesses tenues. Ceux qui disent autre chose « sur les chaînes d’information » sont des menteurs qui « ne connaissent rien au feu ». La preuve, le gouvernement « avait prévu une saison extrêmement compliquée sur le plan des feux ». Et, donc ? Et, donc, la Pythie avait vu juste : « 13.566 feux ou départs de feu ont eu lieu, depuis le début de la saison, brûlant 116.081 hectares », dit le ministre. Et, donc ? (bis) C’était « seulement 70.000 hectares, l’an passé », ce qui fait une très forte augmentation. Et, donc ? (ter). Et, donc, parler des Canadair, c’est faire de la poloche stérile car nous disposons de « 67 vecteurs ». En gros, tout ce qui peut balancer de l’eau hors les Canadair. Hélas, comme le précise à CNews un pilote, un Canadair lâche 10 tonnes d’eau et de retardant quand les autres « vecteurs » en lâchent 1 tonne…

Les pillards passent à l’action

La seule certitude du ministre, c’est que nous ne sommes pas sortis de l’auberge, comme on dit trivialement. Alors s’est également tenue, ce lundi matin, à Bercy, une réunion de crise sur les conséquences des incendies. L’objectif : « faire un premier point de situation, identifier les besoins prioritaires et assurer la continuité de l’activité économique dans les territoires touchés ». Suite cet après-midi avec « les fédérations professionnelles concernées, les acteurs du tourisme, de l’énergie et des télécoms ainsi que les assureurs, avec également la ministre déléguée à l’Énergie Maud Bregeon, à l'Industrie Sébastien Martin et au Numérique Anne Le Hénanff ».

Pourquoi pas les représentants syndicaux des agriculteurs ? Aussi ceux des forces de l’ordre, peut-être ? Il est vrai que les premiers sont occupés à acheminer des citernes d’eau sur le terrain pour épauler les pompiers et les seconds à assurer la sécurité des zones évacuées par leurs habitants. Le ministre n’a pas eu un mot, là-dessus. Il est vrai qu’il ne croit pas à l’ensauvagement de la France, même s’il a ouvert sa conférence de presse par l’attaque au couteau contre trois femmes, porte de Clichy, à Paris.

Pourtant, dans une France où les barbares sont légion, certains voient dans la situation actuelle une aubaine. Comme le soulignent nos confrères du JDD, des patrouilles Sentinelle ont été appelées en renfort pour surveiller les villages évacués. Ce sont 220.000 personnes qui ont quitté leur domicile et 13.000 entreprises qui ont fermé leurs portes, en Gironde, offrant un terrain de chasse aux pillards. « Objets de valeur, bijoux, tableaux ou encore grands crus sont restés dans certaines propriétés cossues de Gironde », c’est ainsi qu’un voleur a été interpellé, samedi, avec 44 bouteillers de grands crus dans sa voiture. Et ce n’est pas un cas isolé, nous dit-on.

Enfin, il faut relever les dégâts « collatéraux » qui pèsent sur les économies locales. Tout comme la préfète de Gironde a demandé que l’on évite de se rendre dans sa région, entraînant sans aucun doute un gros manque à gagner pour le tourisme local, le Sud-Est est lui aussi touché par les restrictions de circulation et les annulations des manifestations estivales. À titre d’exemple, si l’on a officiellement imputé aux orages la suppression du dernier concert du festival Le Son by Toulon (le rappeur Damso), il se dit que la vraie raison est le manque d’effectifs pour en assurer la sécurité, pompiers comme forces de l’ordre.

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Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

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