Bernard Arnault atomise Le Monde et s’offre une belle tribune
« L'ironie est toujours une bonne garantie d'hygiène mentale », disait Romain Gary. À n’en pas douter, du haut de ses 77 printemps, Bernard Arnault est en pleine forme. Celui qui est la tête de la septième fortune mondiale n’a guère apprécié l’enquête que Le Monde lui a consacrée, en juillet, et a décidé de le faire savoir. « Il paraît que je suis le chef de "la dernière famille royale de France". Je l’ai appris en lisant Le Monde, entre deux tasses de thé. » Avec le flegme légendaire de Bertie, personnage romanesque créé par P.G. Wodehouse qui se félicite, dix fois par jour, des excellents états de service de son valet, « ce bon vieux Jeeves », Bernard Arnault raille avec un mépris croustillant les six volets que Raphaëlle Bacqué et Vanessa Scheider ont écrits sur son « empire », sa famille et lui-même. « Je n’ignore pas qu’en répondant, j’offre à ce feuilleton le projecteur qu’il espérait peut-être : un dernier épisode, signé de ma main », écrit le milliardaire, qui ne croyait pas si bien dire : sa réponse sur X a bientôt atteint les 6 millions de vues. Elon Musk, en personne, a tenu à lui apporter un soutien remarqué : « La meilleure façon de communiquer avec le monde est directement avec vos propres mots, et non à travers le miroir cauchemardesque de distorsion de la réalité qu'est la presse grand public traditionnelle. »
Cnews, Bolloré et Villiers
Le Monde décrit Bernard Arnault comme un « "partisan du libre marché" qui souffle à l’oreille de chaque président ». Celui qui vient de faire, ce 27 juillet, une entrée fracassante sur X « plaide coupable » et se confesse : « J’aurais dû rester avenue Montaigne à ne parler qu’à mon chien. » Il est écrit sur lui que son groupe adopte une « stratégie du business first » et que lui-même entretient des relations avec tous les grands de ce monde, Trump, Poutine, dirigeants chinois ; « qu’un groupe exportant l’essentiel de ses produits fabriqués en France place le commerce quelque part dans sa stratégie relèverait donc du scoop », raille le patron de LVMH, qui énumère les prochaines révélations du journal : « L’Oréal vend des produits de beauté, Danone s’intéresse à l’alimentation, Renault fabrique des voitures. »
Bien évidemment, Bernard Arnault « se prépare à la montée en puissance de l’extrême droite », écrivent nos consœurs ; comprendre : s’en rapproche. D’ailleurs, « l’influence de Cnews » et de son ami Vincent Bolloré n’y est pas pour rien. D’autant que les deux hommes d’affaires se sont rendus ensemble au Puy-du-Fou en 2024, chez Philippe de Villiers, « homme politique d’extrême droite ». Avec sa « petite galaxie médiatique », Arnault « tenterait d’imposer sa ligne à ses médias », ce qui semble surprendre ce dernier, puisque ces attaques proviennent d’un quotidien dont l’un des actionnaires n’est autre que son gendre, le patron de Free Xavier Niel. « Il faudra qu’on m’explique un jour, calmement et sans ironie, la géométrie exacte de l’indépendance éditoriale française. Je la trouve fascinante. Je paierais volontiers l'information. »
Une affaire de succession
Le clou de ce feuilleton est tout de même les questions familiales du dirigeant français et de ses cinq enfants, et notamment celle de sa « succession ». Le Monde s’empresse de creuser les rivalités, les jalousies et les tensions engendrées par une transmission que le média décrit comme « le poison de LVMH », un groupe qui a réalisé 80 milliards d’euros de chiffre d’affaires, en 2025.
« J’aurais aimé y trouver une nuance, écrit Bernard Arnault, celle qui permet à cinq personnalités fortes de travailler dans la même maison sans que cela tourne à l’opéra italien. Chez les Arnault, apparemment, on ne discute pas, on complote ; on ne délibère pas, on rivalise. »
Celui dont le denier entretien long format par le média LEGEND a été vu plus de 1,4 million de fois assume : « Dans le monde réel, mes enfants dirigent des maisons, forment des équipes, prennent des décisions et - sacrilège - s’appellent le dimanche. Ce qui, dans une famille ordinaire, s’appelle un dimanche s’appelle, chez nous, une intrigue. C'est une question de vocabulaire. Nous préférons les dimanches. »
Alors que tous les membres de la famille, à commencer par lui-même, se sont rendus disponibles pour répondre aux questions des journalistes, celui qui se constate faire travailler « 220.000 collaborateurs », dont « 40.000 en France », et avoir « contribué à hauteur de plus de 40 milliards d'euros au Trésor Public » s’étonne du traitement qui lui est réservé. « Je vous soupçonne, très clairement, d’avoir puni la transparence », reproche l’influent chef d’entreprise, qui termine sur cette sentence : « Quant à moi, rassurez-vous, je continuerai à pratiquer les mots croisés du Monde qui, eux, sont excellents. ». Fermez le ban !
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Un commentaire
Ce Monsieur est vraiment une pointure.