[CINÉMA] La Dernière Séance, le film indien à ne pas rater
Samay, neuf ans, vit chichement avec ses parents et sa sœur à Chalala, un village du Gujarat, sur la côte ouest de l’Inde qui fait face à Oman. Son père, ancien éleveur de bovins issu de la caste des brahmanes, spolié jadis par ses frères, tient désormais une échoppe de thé le long de la voie ferrée. Son activité consiste alors, chaque fois qu’un train s’arrête, à désaltérer les voyageurs contre quelques roupies. De quoi subvenir aux maigres besoins d’une famille à la fois déclassée et conservatrice.
Le jour où le père décide d’emmener tout le monde en ville pour aller voir un film à caractère religieux, Samay se découvre une fascination subite pour le cinéma, ses figures, ses couleurs, ses musiques et ses danses. Les semaines suivantes, le garçon commence à voler de l’argent pour assister à d’autres séances et, parfois, même, s’introduit dans les salles sans payer.
Un jour, jeté dehors comme un malpropre par le propriétaire du Galaxy, le cinéma qu’il fréquente, Samay sympathise avec un drôle de personnage, Fazal, à qui il donne gentiment le délicieux déjeuner que lui a préparé sa mère. L’inconnu lui révèle être le projectionniste du Galaxy et, pour le remercier du repas, l’emmène avec lui, en toute discrétion, dans la salle de projection. Là, assis derrière une petite lucarne, Samay profite de la séance en cours.
Fazal lui propose alors un marché : en échange des déjeuners de sa mère, le garçon pourra venir s’installer ici pour regarder les films…
La fin d’une époque
Quelle ironie, pour la première industrie cinématographique au monde, d’attendre quatre ans pour qu’un tel succès critique et commercial s’exporte en France ! Sorti en Inde le 14 octobre 2022, La Dernière Séance, du cinéaste Pan Nalin, n’est sorti chez nous que le 15 juillet 2026… Le film, entre-temps, a cumulé les récompenses à l’international, en Asie principalement, mais aussi aux États-Unis.
Grandement inspiré de l’enfance du réalisateur, qui, à l’image de Samay, se lia d’amitié avec un projectionniste, le récit se déroule cependant plus tardivement, dans les années 2010. L’occasion, pour Pan Nalin, de se remémorer la fin d’une époque, celle des projections sur pellicule 35 mm, lorsqu’un film de deux heures mesurait cinq kilomètres de bobine… Pour rappel, c’est la sortie d’Avatar, en 2009, qui marqua le coup d’envoi du passage au numérique chez bon nombre d’exploitants de salles, la pellicule cédant la place à des disques durs nommés DCP (Digital Cinema Package).
La passion du cinéma
Récit nostalgique d’une époque révolue, qui changea à tout jamais le métier de projectionniste, La Dernière Séance, évoquant fortement Cinema Paradiso, de Giuseppe Tornatore, est avant tout l’histoire d’un petit garçon qui s’éveille à une passion touchante pour les images et la lumière, découvre les vedettes du cinéma indien (Shah Rukh Khan, Amitabh Bachchan, Salman Khan) et entraîne ses copains dans ses premières expériences d’optique.
Si sa passion naissante suscite la crainte d’un père sévère, qui connaît les revirements de fortune et comprend la gravité de l’existence, sa mère lui conserve une tendresse à toute épreuve, tandis que Fazal et monsieur Dave, son professeur, encouragent sa curiosité intellectuelle. Peut-être, nous dit-on, ce petit garçon prédestiné à servir le thé comme son père aura-t-il, un jour, la possibilité de quitter son village du Gujarat pour étudier le cinéma à l’université et en faire son métier…
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