Le président de la République a nommé son ami pour une mission de six mois. Il aura à identifier et à sauvegarder le patrimoine en péril et à proposer aménagements et restaurations.

Je bats ma coulpe. Au moins partiellement. Je me reproche d’avoir tourné en dérision cette démarche en me félicitant qu’ ne l’ait pas considéré comme un spécialiste des vérandas dont, sur un ton guilleret, Stéphane Bern nous vante régulièrement une certaine marque.

Plus sérieusement, mon mouvement initial a été de regretter que le président de la République, en charge des intérêts de la communauté nationale, ait la fidélité – ou le culot ? – de privilégier son ami Stéphane Bern pour cette entreprise alors qu’à l’évidence l’État regorgeait de spécialistes indiscutables pour sauver notre patrimoine en péril.

Je continue à déplorer qu’Emmanuel Macron n’ait pas été sensible à cette règle fondamentale de l’apparence, qui exige de se méfier des impressions qu’on donne et des pouvoirs qu’on octroie. Faut-il se résoudre à constater que même dans l’intelligence la plus vive il y ait toujours un peu de Sarkozy ? Comme une touche de désinvolture, de maladresse ou d’audace inutile ?

Stéphane Bern très attaqué a répliqué en soulignant que sa mission était bénévole et que sa passion pour l’Histoire et la conservation du patrimoine était indiscutable et souvent démontrée. Il a ajouté qu’il ne convenait pas de venir “[le] chatouiller” pour cette affaire et que “les critiques [l’agaçaient]”. On s’en doute.

Comme souvent, ce qui a créé chez moi un mouvement de bascule est la manière honteuse, méprisante dont les adversaires, en l’occurrence du duo Macron-Bern, se sont exprimés, ont réagi et dépassé les bornes.

Le président de la République a visité en compagnie de l’animateur le château de Monte-Cristo – ah ! Alexandre Dumas ! – et, devant des élèves de CM2, a évoqué les ordonnances de Villers-Cotterêts de 1539 en les résumant pour aller à l’essentiel : la langue française parlée en France. Il a eu droit à la critique vipérine d’une historienne patentée qui, au nom de son savoir officiel et de la Révolution (pour La France insoumise), lui a rappelé avec condescendance que 1789 avait généralisé l’usage de la langue française pour tous, et plus seulement pour les documents et registres administratifs et ecclésiastiques. Comme si le Président l’ignorait et qu’il fallait lui faire la leçon !

Plus grave, un autre historien officiel – Nicolas Offenstadt – a traité avec un mépris absolu et une inélégance totale Stéphane Bern, qui serait partisan du funeste “roman national”, d’une Histoire étriquée, orientée, de droite, événementielle, attachée aux gloires et aux rois, donc incompétent, alors que lui, probablement contributeur dans l’Histoire mondiale de la France, était évidemment légitime pour se poser en censeur et en justicier.

Le comique est que cette “sommité” reprochant à Stéphane Bern une conception conservatrice, réactionnaire de l’Histoire lui opposait sans vergogne une idéologie clairement d’extrême gauche. Une Histoire beaucoup plus politisée.

Pour faire bonne mesure, , prétendant accabler ensemble, par un tweet, Stéphane Bern et Éric Zemmour (bien sûr accouplé à l’identité nationale), parvenait en réalité, grâce à cette comparaison, à ennoblir le premier et à manifester comme le second lui causait de l’aigreur : le talent qui vend fait mal à certains !

Alors on comprendra pourquoi, à force, j’ai eu envie de défendre Stéphane Bern.

Extrait de : Justice au Singulier

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