Le diable est dans les détails, dit-on. Cette formule peut venir à l’esprit quand on apprend, dans La Croix, sous le titre « Le pape est-il toujours « vicaire de Jésus-Christ ? », que l’édition 2020 de l’Annuaire pontifical, qui rassemble les noms de tous les responsables hiérarchiques de l’Église catholique, a fait bondir certains cardinaux. Dans l’article réservé au pape, apparemment avec son accord, la mention de « vicaire de Jésus-Christ », qui ouvre habituellement la liste des titres pontificaux, a été reléguée dans une note de bas de page regroupant ses autres titres traditionnels.

Certains y voient un geste d’humilité, dont le pape semble friand. Non content de vouloir se faire appeler « François », ses premiers mots, après son élection, marquèrent par leur simplicité : « Bonne nuit et bon repos ! » dit-il à l’assistance, oubliant qu’un excès de simplicité peut devenir affectation. Mais le cardinal Gerhard Ludwig Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a vu rouge comme son habit. Il dénonce, dans le journal catholique Die Tagespost, une « barbarie théologique ». Selon lui, le titre de « vicaire de Jésus-Christ » a une signification dogmatique : il découle directement des évangiles, dans lesquels Jésus a donné à Pierre l’autorité dans l’Église.

D’aucuns penseront que c’est une querelle byzantine, digne de quelque « Sorbonicole » de Rabelais : « vicaire de Jésus-Christ » ou non, le pape reste le pape ! Ce n’est pas si simple. Le cardinal allemand relève, en effet, qu’un regard sur les travaux du concile Vatican II, peu suspect de conservatisme, aurait sauvé les rédacteurs de l’Annuaire de cette regrettable erreur. L’un des textes fondamentaux du concile, Lumen gentium, évoque « le successeur de Pierre, vicaire du Christ, et chef visible de toute l’Église ».

« Foin de ces vaines querelles ! » penserez-vous peut-être. Le pape François est un pape comme les autres – l’Histoire en a connu de pires –, avec ses qualités et ses défauts, tantôt progressiste, tantôt conservateur, coléreux parfois. Mais le cardinal Journet (1891-1975), qui participa activement au concile, dans son ouvrage L’Église du Verbe incarné, va dans le même sens : « Pierre est le vicaire du Christ […] La juridiction ne remonte pas de l’Église jusqu’à lui, elle descend de lui jusqu’à l’Église. Le Christ la lui donne directement et immédiatement, il ne la donne pas d’abord à l’Église avec charge de la lui transmettre. »

Si l’on comprend bien, la disparition de la mention « vicaire de Jésus-Christ » ne serait pas anodine et semble correspondre à l’image que veut donner le pape François de lui-même. Il est moins investi par Dieu que par les hommes qui lui font confiance, au-delà même des catholiques. Voilà qui plaira aux progressistes qui voudraient que l’Église fonctionnât sur le modèle des démocraties et que le pape et les évêques, comme le président de la République, fussent élus au suffrage universel. Comme si nos démocraties étaient exemptes de tout défaut et qu’il suffisait d’un vote pour avoir un bon Président.

Le problème, c’est que, si le pape n’est plus le « vicaire du Christ », il perd une partie de son caractère sacré et, si l’on ose dire, beaucoup de son intérêt. Sa mission ne procédant pas de Dieu, mais des hommes, il n’est plus qu’un guide spirituel parmi d’autres et, quand il prend les positions du pape François sur l’, il exprime l’opinion, toute relative, d’un politicien. On peut comprendre que beaucoup de chrétiens aimeraient que le pape fût autre chose qu’un dirigeant associatif ou un syndicaliste, fût-il pieux.

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