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Editoriaux - Religion - 5 avril 2020

Un curé de campagne face au confinement

Reportage exclusif

Boulevard Voltaire est allé à la rencontre d’une prêtre de campagne, l’abbé Marie-Laurent Mourot, curé de Châteaumeillant, dans le Cher, en charge d’une douzaine de clochers. Il raconte son quotidien en cette période de confinement.

 

Châteaumeillant, département du Cher, c’est ici que vit le père Marie-Laurent, curé d’une douzaine de clochers. Dans ce bassin de vie hyper rural, comme le dirait un énarque pointu, le désert spirituel est encore maintenu à bonne distance. Nous avons pris rendez-vous à l’heure de la messe quotidienne, mais cette dernière est assez particulière. Pas de paroissiens et église fermée. C’est seul, dans son presbytère que le père Marie-Laurent va officier. Sa messe comme celle de beaucoup d’autres de ses confrères est retransmise en direct sur les réseaux sociaux.

Au début, je m’étais dit que j’allais célébrer tous les jours en privé, mais une paroissienne m’a dit que c’était trop bête et qu’il fallait faire une messe en direct. J’ai répondu que cela ne me bottait pas du tout, mais que je réfléchirais. Elle a continué à argumenter en me disant qu’on devait garder le lien. J’ai fini par lui dire que je n’y connaissais rien et qu’il fallait qu’elle trouve les moyens techniques. Elle m’a rappelé le soir en me disant qu’on allait essayer. On a fait des petits essais qui avaient l’air de fonctionner. On s’est donc dit que tous les jours, la messe serait célébrée à 11 heures, suivie du chapelet et de la bénédiction de la France et du monde entier.

Après la messe et le chapelet, le curé a un curieux rituel. À l’aide d’un ostensoir contenant l’eucharistie, il bénit sa paroisse et le pays tout entier. Ce geste est accompli chaque jour à de nombreux endroits du globe.

C’est évidemment un acte de foi. Nous savons que le Seigneur est présent dans le très saint- sacrement. Nous, les prêtres nous avons le désir de pouvoir faire en sorte que notre pays soit protégé et vraiment prier pour le monde entier. Avec cette présence de Jésus eucharistie, je me suis dit que, si tous les jours nous bénissons la France et le monde entier, le Seigneur ne peut pas pas être touché par ces actes de foi que nous faisons chaque jour à midi.

La vocation de prêtre est avant tout être au service des autres. Ils créent « le lien » entre le ciel et les hommes. Comment faites-vous quand le contact avec les autres est interdit ?

Cela a un peu bouleversé ma manière de faire. Je n’aime pas trop le téléphone et ce qui est connecté. J’essaie d’y passer le moins de temps possible pour pouvoir rencontrer les gens. Là évidemment, l’herbe est coupée sous le pied. Par conséquent, c’est un bon temps de carême, car je passe ma vie au téléphone, à faire des mails et à envoyer des SMS. Cette manière de faire a bouleversé un peu le ministère. J’essaie de me rendre présent simplement avec ces moyens-là. C’est un peu plus pauvre. Certaines personnes sont dans la détresse, alors je passe au moins trente minutes avec elles au téléphone.

À quoi sert la foi, alors que face à cette épidémie on a l’impression que seule la science peut nous sauver ?

J’ai trouvé la bénédiction du Saint-Père très très belle avec cette remise de tous nos péchés, si nous mourons avant de pouvoir voir un prêtre. On a l’impression que la science est toute puissante, mais il ne faut pas oublier que Dieu est le maître de tout et tout est dans sa main. C’est très important que nous puissions prier ensemble. Il n’est pas toujours facile de le faire, mais on peut se donner des horaires. Des miracles ont eu lieu, notamment à lors de la grande peste. Le Seigneur avait arrêtait toute l’épidémie.

Ce confinement tombe mal dans le calendrier liturgique. Pour les catholiques, la fin du carême est synonyme de la grande fête des rameaux de la Semaine sainte et suivie par Pâques.
Comment vivre ce temps important seul chez soi ?

Cela va être une expérience redoutable. J’avoue être un peu effrayé. Je me demande comment cela va se passer. Je ne peux pas répondre, car je ne l’ai pas encore vécu. Même avec ces différents offices en direct, je ne sais pas très bien comment je vais m’organiser. Certains offices sont très longs, par exemple la veillée pascale avec toutes ses lectures. C’est un vrai temps de pénitence et d’offrande. Pendant ce temps de carême, je trouve que notre carême a pris un sens complètement différent.

Le père Marie-Laurent redouble d’inventivité pour faire parvenir les rameaux à ses paroissiens.

Une paroissienne a eu l’idée de déposer à l’entrée des magasins et de nos paroisses un petit sac dans lequel il y aura un buis béni. On peut mettre ce buis sur les croix de nos maisons. Il y aura aussi une image de la Sainte- Famille et une prière à la Sainte-Famille pour que nous puissions aussi demander la grâce au Seigneur de nous protéger en ce temps de pandémie.

L’année dernière la fin du carême avait été marquée par l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris et cette année par une épidémie. À croire que le ciel s’acharne…
Cette épidémie cause énormément de décès et de souffrances. Le président de la République a rassemblé autour de lui des responsables de différentes religions et des philosophes pour avoir une réflexion sur la mort qui frappe et sur le fait que des morts sont enterrés seuls sans leur famille et sans prêtre. Comment l’Église peut-elle répondre à cela ?

Mourir seul est très difficile surtout dans les conditions dans lesquelles ces personnes meurent. C’est une très grande souffrance. Dans notre diocèse, nous avons la permission de célébrer les obsèques avec vingt personnes maximum espacées de deux mètres minimum les unes des autres.
J’ai deux obsèques à préparer cet après-midi qui ne sont pas morts du Covid-19. Les obsèques continuent et les prêtres s’engagent.

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