Une note diplomatique intitulée « L’effet pangolin : la tempête qui vient en ? » a récemment fuité (volontairement ou stupidement) dans les circonstances habituelles de réunions « discrètes » auxquelles participe « l’élite institutionnelle », ici un ministre d’État, et paru dans un quotidien national le premier avril.

Cette note émane du Centre d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du ministère des Affaires étrangères. Elle imagine un scénario africain dont on partage le constat (délabrement sanitaire) et le diagnostic (mauvaise gouvernance), mais dont on réfute le pronostic (révolution vertueuse par des canaux irréalistes) et regrette les conséquences de sa divulgation pour les relations entre la France et les pays africains, les Français et les populations locales.

Le constat et le diagnostic reposent sur des faits observables sur place, loin des discours et des rapports officiels.

En effet, le délabrement sanitaire des pays africains, pourtant largement perfusés par l’aide internationale, est patent. À tel point que cette note a raison d’estimer que « L’État [africain] va faire massivement la preuve de son incapacité à protéger ses populations. Cette crise pourrait être le dernier étage du procès populaire contre l’État, qui n’avait déjà pas su répondre aux crises économiques, politiques et sécuritaires. » Oui, à condition qu’elle devienne aussi grave que les prévisions les plus pessimistes et qu’elle dure suffisamment longtemps pour susciter des « émeutes de la faim », ce que personne ne peut exclure ni confirmer à ce jour car aucune donnée fiable n’est disponible.

Le pronostic et les conséquences, en revanche, sont beaucoup plus critiquables, voire opposables, au CAPS.

En effet, s’il est pertinent de souligner que « les mesures de confinement saperont l’équilibre fragile de l’informel, économie de survie quotidienne essentielle au maintien du contrat social », rappelons que l’économie informelle n’est majoritairement pas criminelle ni motivée par la fraude fiscale, car elle est lourdement taxée localement, sans aucune contrepartie. C’est un moyen de survie économique de populations abandonnées par leurs dirigeants, prédateurs indifférents à leur sort.

L’une des grossières erreurs de la note concerne les « quatre catégories d’acteurs » que la France devrait soutenir pour hâter la chute des gouvernements africains et redresser leurs pays : « les autorités religieuses » de toutes confessions, alors que celles-ci sont bien trop loyales ou réservées pour jouer un rôle déstabilisateur ; « les diasporas », terme générique aucunement mobilisateur, alors que la plupart des expatriés de passage se comportent en consommateurs d’avantages matériels ; « les artistes populaires », aussi claniques que le reste de la population et qu’on retrouve autant du côté des tyrans que des réformateurs ; les « entrepreneurs économiques et businessmen néolibéraux » dont on constate le double langage entre des considérations d’éthique et des pratiques de corruption pour protéger leurs parts de marché. Ce n’est pas d’eux qu’on peut attendre une pression vertueuse sur les dirigeants africains. Si des « printemps africains » surviennent un jour, ils émergeront des populations, à bout de patience et de souffrance.

Certes, cette note ne reflète pas la position officielle de l’État français et on peut regretter que le média qui l’a révélée n’en ait pas fait d’analyse critique, faute de temps et/ou de compétence, de même que ceux qui s’emparent maintenant de l’affaire.

Outre la consternation de voir les « experts » plancher sur des scénarios aussi irréalistes et dangereux, on est frappé de voir à quel point les critiques visant les pays africains pourraient s’adresser aussi, avec « un temps d’avance », à la France !

Que ces faux oracles d’Orsay, atteints du « syndrome Foccart », restent à quai. De plus, il serait de bon ton que les diplomates tempèrent leurs discours flagorneurs envers les dirigeants locaux. Quant aux entreprises et expatriés français, ils doivent maintenant gérer le sentiment antifrançais tant décrié mais alimenté par… les Français.

Un diplomate chevronné me confiait récemment voir (je cite de mémoire) « l’incapacité du CAPS à anticiper quoi que ce soit. Au demeurant, qui suivrait les anticipations du Quai d’Orsay alors que ce ministère ne pèse plus rien dans l’État, du fait de ses nominations à caractère politique ou sociologique ? L’État français, “modèle” dupliqué dans les États africains francophones, est implicitement considéré par l’auteur comme une référence ayant permis une lutte efficace contre le virus, alors que nous voyons bien que c’est tout le contraire : gesticulations creuses et emphatiques de ses responsables, absence d’anticipation, sans parler de ce que nous allons sans doute découvrir de nauséabond. Les Africains s’adapteront, car ils ont compris qu’il ne faut rien attendre de leurs États ni, dans la plupart des cas, de ceux qui les dirigent. »

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