Samuel Pruvot, rédacteur en chef à Famille chrétienne, réagit au micro de Boulevard Voltaire après que l’évêque de Beauvais (Oise) a interdit les messes publiques dans son diocèse, dimanche dernier.


L’épidémie de coronavirus frappe l’Oise. Elle frappe également l’Église puisque l’Évêque a interdit les messes dominicales et a fait fermer les églises. Confirmez-vous cette information ? L’Église paniquerait-elle pour rien ou est-ce justifié ?

Je confirme l’information. Dimanche dernier, il n’y a pas eu de messe publique dans le diocèse de l’Oise. Je dis messe publique, car il ne faudrait pas croire que les prêtres soient en grève ou tous partis à la retraite. Les prêtres ont célébré la messe, mais par prudence, ce n’était pas la messe publique. Après une longue entrevue avec le préfet, Monseigneur Jacques-Benoit Gonnin, l’évêque de l’Oise, a jugé qu’il serait bon d’éviter les rassemblements publics. Je pense qu’il a utilisé le conditionnel. L’évêque lui a dit : « En tant qu’évêque, je pense que c’est bien de participer à ce mouvement de prudence. » Dans le diocèse de l’Oise et pour toutes les paroisses, il n’y aura donc pas de messe ni samedi ni dimanche. Je ne suis pas médecin, donc je ne sais pas si la chose est utile. Parmi les multiples vertus chrétiennes, il y a la prudence. C’est une vertu à cultiver. Si, par prudence, l’Église essaie de participer aux impératifs sanitaires du gouvernement et que cela ne remet en cause ni la foi ni les mœurs, entre nous, cela se discute, mais cela peut se comprendre.

Dans d’autres églises, l’heure est à la vigilance. On sait que, dans le diocèse de Paris, l’évêque a déconseillé la communion à la bouche afin de limiter les risques de propagations. Est-ce des mesures symboliques ou des mesures sérieuses ?

C’est très difficile à dire, car il faudrait être médecin ou épidémiologue. La question qu’on pourrait plutôt se poser est qu’est-ce qui évite la propagation de ce virus ? Je ne suis pas capable de vous répondre sur ce point. En revanche, l’archevêque de Paris a quand même eu une formation de médecin antérieure au sacerdoce. J’imagine que, parmi nos 110 évêques, c’est peut-être un de ceux qui sont les mieux formés dans ce domaine. Je lui fais plutôt confiance.
Je pense que l’archevêque de Paris est conscient que de donner la communion dans la main ou dans la bouche posera un certain nombre de problèmes. Je ne suis pas médecin, mais si jamais le prêtre qui distribue la communion est lui même atteint de ce coronavirus, il risque de contaminer tous ses paroissiens. Il ne faut pas souhaiter que ce soit le cas. Je vous dis cela car, ce week-end, j’ai interrogé un prêtre du diocèse de Paris qui est non seulement en confinement mais qui a été testé positivement au coronavirus. Le problème est de retrouver tous ceux qui ont communié dans la main ou à la bouche lors des messes qu’il a célébrées. C’est un vrai problème.

On a du mal à savoir si l’épidémie de coronavirus est grave ou non. Certains événements sont supprimés et pas d’autres. Telle fête locale est supprimée, mais Disneyland est encore ouvert. Un marché public est fermé, mais le Carrefour est ouvert.

D’un point de vue journalistique, on a du mal à comprendre si on a pris pleine conscience de l’ampleur de ce phénomène ou s’il est aggravé par un sentiment de panique. Quelle est votre impression ?

Journalistiquement, vous avez tout à fait raison de dire à quel point on tâtonne. Dans la politique, c’est d’abord une affaire de communication. Le gouvernement a mis son point d’honneur non seulement à communiquer mais aussi à avoir l’action la plus censée, rapide et efficace.
Comme journaliste ou simple citoyen, on voit bien qu’il y a des situations ubuesques. Le gouvernement tâtonne. Objectivement, on ne peut pas dire que cette épidémie n’est rien du tout. Même si on ne sait pas tout, il faut préciser qu’elle est particulièrement cruelle pour les personnes fragiles.
La question de la panique est immaîtrisable. Je pense que si l’Église doit rendre un service aux compatriotes c’est de garder le sang-froid et d’avoir une confiance invincible en Dieu. Il a sauvé la France plusieurs fois et Il peut nous sauver. Même si on prend des consignes simples sanitaires, on peut espérer garder la tête froide dans notre pays et de ne pas devenir tous victime d’une psychose collective.

2 mars 2020

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