Ses 33 tués ont donné le prétexte qu’Erdoğan attendait pour attaquer de nombreuses positions de l’armée syrienne : artillerie lourde, drones et même aviation depuis le territoire turc, le sultan n’a pas lésiné sur les moyens pour se venger.

Les pertes syriennes sont sûrement inférieures à ce qu’il annonce (2.000 soldats hors de combat) mais elles sont certainement non négligeables. De plus, deux avions syriens ont été abattus par des missiles sol-air ; les pilotes ont eu la chance de pouvoir s’éjecter et de tomber du bon côté du front !

Ankara a pris le soin de préciser que la Turquie « n’a ni l’intention ni l’envie d’entrer dans une confrontation avec la ».

La Russie, de son côté, a choisi de laisser faire. Choix bien cruel, mais prudent : Poutine peut-il se permettre un conflit ouvert, et donc sanglant, avec un membre de l’OTAN ? Les États-Unis n’auraient-ils pas alors saisi l’occasion d’intervenir pour soutenir un allié et en profiter pour se réconcilier avec lui après des années de tension ? C’est peu probable, bien sûr, mais les dirigeants russes ont dû estimer que le risque était trop important et qu’il risquait d’anéantir des années d’efforts.

Pourtant, on ne sait toujours pas si ce sont les Syriens qui ont tué ces 33 soldats (devenus 34 après le décès d’un blessé). Le Monde affirme même que « c’est bien une bombe russe à guidage laser capable de pénétrer jusqu’à des profondeurs de 20 mètres qui a pulvérisé le bâtiment où des soldats turcs avaient trouvé refuge ». Le journal ne cite pas sa source et aucune confirmation n’est venue mais, au fond, cela ne change pas grand-chose : Erdoğan ne pouvait se venger contre l’armée russe et il devait faire quelque chose pour sauver la face alors que sa stratégie hasardeuse en et surtout en Libye est très contestée dans son pays.

Les islamistes ont, bien sûr, profité de l’aubaine en reprenant, appuyés bien sûr par les Turcs, plusieurs positions perdues ces dernières semaines, mais pas toutes, loin s’en faut.

Les combats continuent de plus belle dans la province d’Idleb, mais il est sûr que cet épisode malheureux a redonné un coup de fouet aux islamistes dans toute la Syrie. Des révoltes ont, à nouveau, éclaté dans le sud, non loin de Deraa. C’est une zone assez instable où des assassinats ciblés sont périodiquement commis par des cellules islamistes dormantes. Cela n’ira sans doute pas très loin, mais l’armée syrienne a dû y envoyer des renforts, alors que son manque d’effectifs est de plus en plus criant.

Cette offensive a malheureusement démontré que, sans la couverture aérienne russe, l’armée syrienne ne peut résister à une offensive turque. Bien sûr, Poutine ne laisserait jamais Erdoğan aller trop loin au point de conquérir des territoires syriens au-delà la province d’Idleb. Mais la fragilité de l’armée syrienne est inquiétante. Neuf ans de guerre ont laminé ses effectifs alors que les réserves islamistes (qui ont pourtant perdu plus d’hommes que les Syriens) sont encore importantes.

Erdoğan et Poutine ont prévu de se rencontrer le 5 mars. D’ici là, espérons pour les Syriens que l’aviation russe reprendra son soutien.

À lire aussi

Les sanctions, arme de guerre de l’Amérique, en toute illégalité

Si la Commission européenne a qualifié les sanctions américaines de « contraire aux lois i…