Samedi 3 octobre, le juge du tribunal civil de Catane, en Sicile, a rendu une décision de renvoi du procès intenté à . Ce geste, fréquent et technique, revêt ici une singulière importance.

Rappelons que l’ancien ministre de l’Intérieur italien est poursuivi, suite à des plaintes de diverses organisations politiques de gauche pour séquestration de personnes après l’interdiction signifiée au navire militaire Gregoretti de débarquer les envahisseurs africains qu’il avait chargés à son bord.

Le parquet, se fondant sur des éléments de droit, avait demandé l’abandon des poursuites, ce qui fut refusé. L’accusé étant sénateur, il a donc fallu lever son immunité parlementaire, geste politique s’inscrivant dans la perspective des élections qui viennent d’avoir lieu et des autres à venir, législatives mais aussi municipales, le dimanche 4 octobre. Autant dire que le contexte se prêtait à une instrumentalisation maximum.

Afin de rééquilibrer la pression médiatique, la Lega a organisé des réunions publiques dans tout le sud-est de l’île. Pour ajouter à la tension, le gouvernement avait dépêché 500 hommes des forces de l’ordre, ce qui est un déploiement assez rare en . L’extrême gauche, de son côté, s’était mobilisée. Chacun retenait son souffle, Salvini pouvant être condamné à quinze ans de .

Insensible au battage, le juge de l’audience préliminaire (GUP), Nunzio Sarpietro, a renvoyé tout chez soi, considérant que la décision avait dû être entérinée par d’autres membres du gouvernement de l’époque, et qu’il désirait les entendre. Ainsi, l’actuel président du Conseil , l’actuel ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio et quelques autres opposants à Salvini sont convoqués, fin novembre et début décembre.

Qui est donc ce juge de 68 ans, à la carrière finissante, qui ajoute un épisode inattendu à la ? C’est un local, né sur les pentes de l’Etna, gravissant tous les degrés de la magistrature en Sicile, connu pour avoir été le premier à utiliser de nouvelles incriminations contre les mafieux, y compris l’artificier de la bombe qui tua le juge Falcone ; autant dire que c’est un solide. Il a aussi instruit contre l’État italien défaillant lors d’une éruption de l’Etna, puis contre des « cols blancs » et des politiciens (y compris du PCI) pour des affaires de concussion et de liens mafieux. Bref, un homme qui n’a pas peur de se faire des ennemis ! Tant et si bien qu’on l’envoya réfléchir à sa curiosité maladive à Trieste, à 1.000 km de sa Sicile natale, et là, qu’arriva-t-il ? Il enquêta sur les liens entre terroristes, groupes anarchistes et mafia italo-albanaise… On prétexta que sa sécurité n’était plus assurée pour le renvoyer à Catane.

Nunzio Sarpietro agit-il sur ordre pour gagner du temps et pourrir la situation lors des prochains scrutins ? Il ne semble pas correspondre au profil des juges politisés auquel nous sommes habitués en , d’autant que Salvini a, durant son passage à l’Intérieur, fortement accentué la lutte anti-mafia.

Très finement, Matteo Salvini, à la question du juge lui demandant si ses anciens collègues (ministres centre gauche et M5S) étaient « coupables comme lui », a répondu « Sono innocenti anche loro » (« Ils sont aussi innocents »).

Mais le répit pourrait être de courte durée, un autre procès identique à Palerme se profile.

4 octobre 2020

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