Saint Augustin, un fils de l’Algérie musulmane ?
Lorsque Léon XIV s’est rendu en Algérie, son voyage a ravivé le souvenir de saint Augustin, un docteur de l’Église ayant vécu bien avant la naissance de l’État algérien en 1962. Cependant, ce fait n’a pas empêché certains de présenter cette figure majeure du christianisme comme un fils de l’Algérie contemporaine.
Le Pape du Vatican est très ému et verse des larmes devant le tombeau du fils de l’Algérie, #saint_Augustin. pic.twitter.com/w7hpdz94WD
— بوابة الجزائر - Algeria Gate (@algatedz) April 14, 2026
Une lecture séduisante, notamment pour plaire au successeur de saint Pierre, mais historiquement inexacte et révélatrice d’une certaine hypocrisie, de la part d’une nation dans laquelle la liberté religieuse demeure, dans les faits, très limitée.
Un fils de Rome
C’est dans une province romaine appelée simplement Afrique proconsulaire que naît Augustin le 13 novembre 354, dans la cité de Thagaste, aujourd’hui appelée Souk Ahras. Issu d’un père païen, fidèle aux cultes traditionnels romains, et d’une mère, sainte Monique, une fervente chrétienne, Augustin grandit dans une société profondément romanisée et latine ainsi que structurée par le droit romain et une foi chrétienne en plein essor.
Son éducation est soignée mais il n’est cependant pas exempt de fautes. Il reconnaîtra lui-même plus tard ses égarements dans ses futurs écrits. Il est ainsi parfois voleur et aime la compagnie des femmes. Il finit ainsi par avoir un fils avec une concubine. Augustin est aussi séduit par l’un des nombreux courants divergeant du christianisme, le manichéisme, auquel il adhère un temps.
Cette vie agitée le conduit alors à tromper sa mère, à lui mentir, puis à quitter l’Afrique en secret pour Rome. Dans la Ville éternelle, il fréquente progressivement les milieux chrétiens. Sous leur influence et sous celle de sa mère qui parvient à le retrouver, il entame une profonde conversion. Il est finalement baptisé par l’évêque Ambroise de Milan en avril 387, marquant un tournant décisif dans son existence.
L’évêque d’Hippone et le docteur de l’Église
Revenu en Afrique en 388, Augustin est ordonné prêtre en 391, puis devient évêque d’Hippone en 396, fonction qu’il exerce jusqu’à sa mort le 28 août 430. Sa dépouille repose d’abord à Hippone, avant d’être transférée à Cagliari en Sardaigne, puis à Pavie en Italie, afin de la préserver des invasions vandales puis de l’influence grandissante de l’islam dans le bassin méditerranéen.
Durant sa vie de vrai chrétien, Augustin mena un grand combat intellectuel et spirituel contre les divisions et les hérésies qui parcouraient la société romaine. Il laissa derrière lui une œuvre considérable, comprenant notamment Les Confessions, De la Trinité et La Cité de Dieu. À travers ses écrits, il structura durablement la pensée chrétienne occidentale, ce qui lui valut d’être reconnu comme l’un des principaux Pères de l’Église et comme docteur de l’Église.
Merci au pape Léon, pape du Vatican, qui a montré au monde que l’Algérie est un pays de civilisation, un pays qui a donné naissance à saint Augustin, un pays qui a toujours été une terre de savoir et de culture pic.twitter.com/pUcowRvHAJ
— souSsou dz🇩🇿 (@sousoud35667091) April 14, 2026
Une mémoire instrumentalisée
Cette vie très chrétienne et très romaine de saint Augustin nous invite à nous étonner lorsque de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux et certains médias algériens, à l’occasion de la venue de Léon XIV sur leur sol, se mettent soudain à revendiquer sa personne comme celle d’une figure de l’Algérie, ce « pays qui a donné naissance à saint Augustin ». Mais ce n’est pas l’Algérie, fixant l’islam comme religion d’État, qui a donné naissance à saint Augustin, c’est un Empire romain devenu progressivement chrétien, auquel il appartenait pleinement et qui partageait avec lui un même horizon culturel et religieux, bien plus qu’il ne peut être fait avec l’Algérie actuelle. Près de seize siècles les séparent, et entre-temps cette terre d’Afrique du Nord berbère a connu de multiples dominations successives : romaine, vandale, byzantine, arabe, ottomane puis française. Aujourd’hui encore, la France honore bien davantage saint Augustin, dont le prénom figure à la 43e place des prénoms les plus attribués en 2024 selon l’INSEE, là où presque aucun enfant en Algérie ne doit porter ce nom.
Derrière cette position se dessine en réalité une volonté de présenter l’Algérie comme un « pays de coexistence et de paix », une terre de tolérance religieuse, voire, à force de discours répétés, presque comme une terre chrétienne. Ainsi, lorsque le président Tebboune a offert au pape Léon XIV des feuilles d’un olivier de Souk Ahras, sous lequel saint Augustin aimait se réfugier et méditer, le régime algérien s’inscrit en réalité dans une véritable opération de séduction à destination du Saint-Siège et de l’Occident. Pourtant, toute cette communication politique relève du mensonge et d’une grande hypocrisie, lorsque l’on sait, à la différence de Ségolène Royal, par exemple, que selon Grégor Puppinck, directeur du Centre européen pour le droit et la justice, « il n’y a pas de liberté religieuse en Algérie pour les chrétiens ». Un pays qui, rappelons-le, a maintenu pour des motifs contestables Boualem Sansal dans ses geôles, lesquelles retiennent encore aujourd’hui notre compatriote Christophe Gleizes. Difficile d’imaginer que tout cela eût été du goût de saint Augustin.
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