[CINÉMA] Adieu monde cruel, la jeunesse et la tentation du suicide

Une œuvre poétique d’une grande tendresse aux élans romanesques…
©Arte France_remembers_Iliade_et_films_UMedia
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Élève en collège dans une petite ville de province, Otto Vidal, quatorze ans seulement, décide un jour d’en finir avec la vie. Son suicide vise autant à mettre fin à ses souffrances personnelles qu’à punir ses camarades de troisième qui le harcèlent quotidiennement. L’acte a longuement été pensé, planifié, organisé, jusqu’à cette lettre d’adieux qu’il a imprimée la veille et envoyée à tout le collège.

Mais voilà, Otto rate sa noyade et ressort frigorifié de la rivière. Ne pouvant à présent faire marche arrière, alors que tous le croient mort, l’adolescent se réfugie un temps dans une bâtisse désaffectée où Léna, une camarade du collège, finit par le débusquer. Tel un ange protecteur, celle-ci lui offre l’hospitalité dans une chambre inoccupée de l’hôtel que possède sa mère, où elle pourra le nourrir secrètement, prendre soin de lui et peut-être lui redonner goût à la vie par la découverte de l’amour.

L’héritage post-soixante-huit

Premier long-métrage réalisé par le comédien Félix de Givry, Adieu monde cruel possède un certain cachet, avec sa pellicule 16 mm, très marquée années 80, sa voix off d’une douceur maternelle et son ambiance provinciale aux couleurs ouatées.

Tourné avec un budget limité en trente-cinq jours à peine, et principalement à Lisieux, le film reprend la thématique bien connue de l’enfant en souffrance, évoquant aussi bien un certain cinéma de François Truffaut que L’Enfance nue de Maurice Pialat - que le premier a d’ailleurs produit.

On pourrait citer, également, une poignée de films de Spielberg et des classiques français de la fin des années 80 (Promis… juré ! ou encore Génial, mes parents divorcent !). Un cinéma de l’après-soixante-huit où l’enfant occupe dorénavant le centre des préoccupations et commence peu à peu à remettre en question l’autorité des parents (forcément défaillants), avec les conséquences que l’on sait pour notre civilisation… Notons, à ce propos, que la famille d’Otto Vidal n’est qu’à peine évoquée, c’est dire le repli narcissique du personnage principal, inconscient du chagrin qu’il cause à ses proches, et la complaisance à son égard qu’encourage le réalisateur. Lequel, affirme-t-il, souhaitait, à travers son film, exorciser les trois ou quatre années de harcèlement scolaire dont il a lui-même été victime dans son enfance.

Une œuvre poétique

En dépit de son héritage idéologique, Adieu monde cruel se révèle une œuvre poétique d’une grande tendresse aux élans romanesques, laissant percer le naïf espoir d’un avenir meilleur dans un ailleurs où l’herbe sera forcément plus verte, la « cavale » d’Otto Vidal paraissant rebattre les cartes de son existence, entre découverte du sexe opposé et projet de fuite à deux dans le sud de la France.

Bien que fragile, la réussite de l’ensemble s’explique autant par des qualités d’écriture et de mise en scène que par le choix de Félix de Givry d’avoir confié le rôle principal au talentueux Milo Machado-Graner, la révélation d’Anatomie d’une chute.

 

3 étoiles sur 5

 

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

4 commentaires

  1. Le film est sauvé par son innocence et l’absence de prétention cinématographique. Il commence par la fin, comme Sunset Boulevard et la chambre de l’hôtel est le 21, celle de l’assassin habite…
    Bon. Disons que l’adolescence est un purgatoire à part, qu’Otto souhaite l’enfer à son école catho, que la vie est un éternel rebondissement qui piège les suicidaires. Que celui qui n’a jamais aimé me jette la première pellicule. Et pour la diction mâchonnante des protagonistes, les vieux dentiers pardonneront.

    • Tout à fait d’accord.
      Plus largement et sans vouloir minimiser le calvaire des enfants persécutés, n’interprète-t-on pas comme « harcèlement » toutes remarques ou attitudes vexatoires subies et forcément mal vécues ?
      Bien sûr que les réseaux sociaux amplifient le phénomène, mais il me semble que de plus en plus d’enfants sont peu ou pas armés pour faire face au difficile apprentissage de la vie en société, dont l’école n’est pourtant que le premier chaînon…

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