Napoléon III, le « gredin » de Jean-Michel Aphatie
La déclaration de Nigel Farage sur la possibilité de permettre à la France de rapatrier les cendres de Napoléon III n’a pas fini de faire couler de l’encre. Cette mesure a ainsi été soutenue par Éric Ciotti et Maxime Michelet, qui pour eux permettrait « de rappeler à notre peuple qu’il est le fils d’un passé glorieux qui nous oblige collectivement ». Cette demande a alors provoqué la réaction de Jean-Michel Aphatie, qui, en bonne âme souhaitant raser le château de Versailles, n’a pu s’empêcher de salir la mémoire de l’empereur exilé. Sur X, le journaliste a ainsi décrit l’empereur comme un « gredin qui a tué des milliers de Français pour rester au pouvoir », avant d’affirmer qu’il ne symbolisait « en rien les valeurs de la France ni sa grandeur ».
Une condamnation sans appel du juge autoproclamé Aphatie qui mérite pourtant d’être confrontée aux faits, car si le règne de Napoléon III reste indissociable du coup d’État du 2 décembre 1851 et de la défaite de Sedan en 1870, il fut aussi celui d’une transformation profonde de la France qui, encore aujourd’hui, marque les institutions, la législation, le patrimoine et l’économie de notre pays voire du monde.
Un régime autoritaire devenu progressivement libéral
Lorsque Louis-Napoléon Bonaparte arrive au pouvoir, la France est encore bouleversée par la révolution de 1848. Élu président de la République au suffrage universel masculin en décembre de la même année, il doit faire face à une Assemblée conservatrice, qui entend contenir l’héritage républicain et limiter la démocratie. Pour empêcher cela, ne pouvant réformer le régime sans l’appui de l’Assemblée et craignant d’être renversé, il renverse une République mourante avant de restaurer l’Empire le 2 décembre 1852. Cependant, réduire les dix-huit années de son règne à cet épisode revient à ignorer son évolution. D’abord autoritaire, le Second Empire se libéralise progressivement à partir des années 1860. Le Corps législatif obtient davantage de pouvoirs, la presse bénéficie d'assouplissements et, en 1864, la loi Ollivier reconnaît même le droit de grève. Le régime s’achemine ainsi vers un Empire parlementaire, consacré par les réformes de 1870, quelques mois seulement avant sa chute. Cette évolution est au cœur de l’analyse de Philippe Séguin dans Louis-Napoléon le Grand (Grasset). L’ancien président de l’Assemblée nationale y défend l’idée que le Second Empire constitue l’un des grands moments de transformation de la France contemporaine.
La France entre dans l’ère industrielle
C’est également sur le terrain économique et social que l’héritage de Napoléon III apparaît considérable, même si inachevé. Le Second Empire accompagne l’essor du chemin de fer, du crédit, de l’industrie et du commerce. Les grandes compagnies ferroviaires étendent leurs réseaux et rapprochent les régions françaises les unes des autres. Le Crédit mobilier des frères Pereire participe au financement des entreprises et des grands travaux, tandis que le traité commercial conclu avec le Royaume-Uni en 1860 marque un tournant vers le libre-échange. Paris devient le symbole de cette transformation. À partir de 1853, le préfet Haussmann entreprend, avec le soutien de l’empereur, une gigantesque rénovation de la capitale. De nouvelles avenues sont percées, les réseaux d’eau et d’égouts modernisés, les espaces verts développés et les anciennes limites de Paris repoussées en 1860. Tout un héritage issu de la volonté de ce même « gredin », dont profite aujourd’hui encore l’ingrat monsieur Aphatie malgré ses critiques.
L’industrialisation progresse à grande vitesse et les usines tournent à plein régime. Les Expositions universelles de 1855 et de 1867 font de Paris la vitrine des progrès techniques et industriels français aux yeux du monde. La France est grande et Napoléon III entend bien le faire savoir. Nous pourrions encore évoquer la construction du canal de Suez, l’essor de l’archéologie ou encore l’ouverture de l’enseignement secondaire aux jeunes filles mais, en vérité, un seul article de votre serviteur ne suffirait pas à présenter toutes les œuvres impériales.
Une politique étrangère qui bouleverse l’Europe et le monde
Sur le plan extérieur, le bilan est plus contrasté, mais il serait réducteur de le résumer à Sedan. La guerre de Crimée, menée aux côtés du Royaume-Uni et de l’Empire ottoman contre la Russie, s’achève par le traité de Paris de 1856 et contribue à replacer la France au premier rang diplomatique européen. Quelques années plus tard, Napoléon III décide de soutenir le Piémont-Sardaigne contre l’Autriche afin de favoriser l’unité italienne. Les victoires de Magenta, le 4 juin 1859, puis de Solférino, le 24 juin, bouleversent ainsi l’équilibre européen. Le royaume d’Italie est alors proclamé en 1861 et la France obtient en contrepartie Nice et la Savoie en 1860. Mentir sur la valeur de l’héritage de Napoléon III, c’est récuser que ces deux territoires et leurs habitants soient aujourd’hui français. Napoléon III entend aussi lutter contre les États-Unis, émergeant comme un rival, en permettant l’essor d’un Mexique impérial, indépendant et allié de la France. Cependant, face à la résistance des républicains mexicains et à la pression croissante de Washington, il doit finalement retirer ses troupes en 1867.
L’empereur a ainsi fait la guerre, mais il est abusif d’en faire la preuve qu’il aurait systématiquement sacrifié des milliers de Français dans le seul but de conserver son pouvoir. À Sedan, l’empereur, qui était prêt à mourir sur le champ de bataille, n’a pas sacrifié ses soldats pour son propre pouvoir, mais dans une guerre menée au nom de la France et de son indépendance face au géant germanique qui se réveillait. Lorsqu’il partit en exil, la France qui sortait du Second Empire en 1870 n’était plus celle de 1852. Malgré la défaite, elle était devenue plus moderne, plus prospère et plus puissante. Comme le souligne l’historien Éric Anceau, Napoléon III est « à l’origine d’avancées primordiales » pour notre pays, n’en déplaise à Aphatie.
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2 commentaires
Le plus triste est que cet individu est dangereux par l’audience qui lui est accordée sur certains médias. Pour preuve, son acharnement récurrent contre Bugeaud a obtenu des résultats: les municipalités de Périgueux et d’Excideuil ont porté atteinte aux statues du maréchal de façons différentes. Apathie est parfois aidé en cela par des élus franco algériens, comme pour la statue du Sgt Blandan à Lyon. La statue de Blandan à Nancy est aussi dans le collimateur des destructeurs. Ce n’est pas fini! « Le suicide français » doit être achevé.
150 ans après on parle de Napoleon III
Dans 150 qui se souviendra d’Aphatie ???? Personne !