L’histoire est désormais bien connue, même si elle n’est visiblement enseignée ni à l’ENA ni à Sciences Po : à une révolte née du racket de l’automobiliste de la France périphérique par l’État et qui se traduisit par la destruction des automatiques, ce même État, représenté par les mêmes hommes, a décidé de remplacer les détruits par des outils encore plus performants et racketteurs : les radars tourelles.

D’après Capital, la Sécurité routière s’était fixé un objectif de 450 installés en 2019. Le décompte final montre que l’objectif n’a pas été atteint : on en serait à 377. Mais, désormais, chaque département serait doté d’au moins un radar tourelle. Et durant les derniers mois de 2019, l’installation n’a pas chômé, « avec une moyenne de 22 nouveaux radars installés chaque semaine, contre 12 précédemment », toujours selon Capital. La saison et la grève contre la réforme des retraites offraient un bon camouflage. La France jacobine n’a pas perdu de son efficacité. Sur ce plan, au moins.

Mais on constate, toutefois, que ce sont les départements du sud du pays qui ont été les mieux servis. Et l’analyse du détail de la liste des départements les mieux fournis – ou les plus fliqués – offre quelques surprises : ce ne sont ni les départements les plus peuplés, ni les plus vastes. Les plus accidentogènes ? À vérifier.

En tout cas, une fois de plus, j’ai le regret de constater que c’est mon pays – mon « territoire » comme ils disent – qui a été le plus « radarisé » : les deux petits départements du Sud-Ouest entre lesquels je vis, le Lot-et-Garonne et le Tarn-et-Garonne, sont dans le Top 5, avec respectivement 16 et 13 radars. Avec le Gard (16), les Bouches-du Rhône, l’Hérault et le Tarn qui en comptent 11, ces départements totalisent 20 % des nouvelles installations.

Une question de saison, voire de jardinage : novembre humide plus propice à la plantation des tourelles dans le sol du Sud ? À la sainte Catherine, tout prend racine, c’est bien connu.

Encore une fois je m’interroge, je superpose les cartes. La France du sud ? Vallée de la Garonne ? Gard, Hérault, Bouches-du-Rhône ? Oui, nous avons bien les mêmes cartes en tête : ces départements où le mouvement des gilets jaunes fut puissant et où le vote pour le Rassemblement national l’est tout autant. Une punition, alors ? Ou une tactique prudente, évitant les zones, comme la Bretagne, où certains radars tourelles, à peine installés, étaient déjà détruits ? Ou même une gentille attention : les radars tourelles installés à une soigneuse distance… des élections municipales ?

Décidément, fin 2019, le gouvernement d’ et Édouard Philippe avait vraiment décidé de prendre à bras-le-corps les problèmes de ces territoires perdus de la République. Nul doute que cette attention prioritaire sera perçue chez nous avec la reconnaissance qu’on imagine, surtout que le gouvernement prévoit, pour 2020, l’installation de 800 radars tourelles supplémentaires…

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