Amy Coney Barrett

devrait avoir honte. Cette petite phrase, il y a deux ans : « Présentez-moi une femme qui a décidé, tout en étant instruite, d’avoir sept, huit, neuf enfants. » Pas de #MeToo, peu de protestations et pourtant quel sexisme, quel mépris, quelle méconnaissance des femmes !

La preuve par la jolie , 48 ans, mariée, catholique, sept enfants et une carrière plus qu’honorable. Samedi 26 septembre, elle est devenue la femme qui, pour de longues années, fait définitivement basculer la Cour suprême des États-Unis dans le camp conservateur. Plus sûrement que n’importe quelle réélection de . Une majorité de six juges, dont trois nommés par le président, contre trois progressistes. Inamovibles, car installés à vie.

Juriste aux compétences unanimement reconnues même par ses adversaires, Amy Barrett est originaire de la Louisiane. Élevée au sein d’une famille nombreuse par des parents catholiques, elle a étudié le droit à la faculté de droit Notre-Dame-du-Lac, dans l’Indiana, où elle rencontre son mari, Jesse Barrett. Elle y retournera quelques années plus tard comme enseignante, obtenant trois fois le prix de « professeur émérite de l’année » avant d’être nommée à la cour fédérale en 2017. C’est auprès du défunt juge Antonin Scalia, le héros des conservateurs, qu’elle s’approprie la doctrine dite « originaliste ». Une méthode d’interprétation du droit qui s’oppose aux évolutions législatives non conformes à l’esprit des pères fondateurs de la Constitution. À ce titre, elle estime que les juges doivent avoir toute liberté pour renverser les précédents. À suivre, donc, le revirement possible de l’affaire Roe v. Wade constitutionnalisant le droit à l’avortement aux États-Unis, le mariage des couples de même sexe, les peines de prison à vie et les lois sur le contrôle des armes à feu qui, selon elle, pourraient être revus à la faveur de nouveaux principes.

C’est bien là la hantise de ses adversaires car, depuis peu, de nouvelles législations émergent dans certains États pour limiter l’accès à l’IVG. Et la nouvelle majorité à la Cour suprême risque bien d’approuver cette tendance, quitte à revenir sur ce droit jusque-là considéré par certains comme fondamental.

Pour l’empêcher d’accéder à la Cour suprême, les adversaires d’Amy Barrett lui reprochent son sectarisme religieux. Amy Barrett est catholique romaine, membre d’un groupe de juristes engagés contre l’avortement. Par ailleurs, tout comme ses parents avant elle et son mari, elle est liée à la communauté religieuse « People of Praise ». Un groupe qui réunit catholiques, luthériens, anglicans, méthodistes, pentecôtistes et chrétiens non confessionnels qui partagent un baptême et un enseignement commun, un engagement à s’aimer et à se soutenir.

C’est cette transcendance là qui fait dire à Amy Barrett que « les carrières juridiques ne devraient pas être considérées comme un moyen de gagner de la satisfaction, du prestige ou de l’argent, mais plutôt comme un moyen d’atteindre la fin, de servir Dieu ».

Sa vie familiale parle pour elle : sept enfants, dont deux adoptés par le couple. Des petits Haïtiens de sang plus sûrement « mêlé » que notre Éric Dupond-Moretti national. Et un benjamin de 5 ans atteint de trisomie 21 dont l’existence n’est guère menacée. Plutôt choyé, même, et considéré comme le préféré de ses frères et sœurs.

Amy Barrett est une femme libre qui ne s’embarrasse pas d’injonctions sociétales. Pour elle, la discrimination sexuelle peut être partout, le mâle pas automatiquement désigné coupable. Elle a défendu un jeune homme accusé trop vite d’agression sexuelle car dénoncé par une femme. Et considère qu’il faut revenir sur l’Obamacare en ce qu’il « fait obligation aux religieux et institutions qui sont des employeurs à acheter un contrat d’assurance maladie qui fournit des médicaments provoquant l’avortement, la contraception et la stérilisation. C’est une grave violation de la liberté religieuse et ne peut pas durer. »

On reproche à Donald Trump son caractère impulsif, colérique et sa vulgarité. C’est oublier un peu vite ses qualités de stratège. La nomination d’Amy Barrett lui attirera, à coup sûr, le vote des évangélistes. Le temps d’un mandat, peut-être. Mais la Cour suprême lui survivra et les États-Unis pourraient bien entamer une révolution conservatrice.

3 octobre 2020

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