Quand la mort était le châtiment des violeurs et meurtriers d’enfants

Gilles de Rais, Vacher, Volz ou encore Carrein, autant de noms dont les crimes furent payées par le sang.

L’assassinat de la pauvre Lyhanna et l’absence de réaction rapide de la part de la Justice vis‑à‑vis de son présumé meurtrier et violeur, Jérôme Barella, plusieurs fois signalé pour des faits d’attouchements et de viols sur des enfants, posent une question vertigineuse : quelle condamnation pourra réellement suivre le jugement de cet homme ? En effet, aujourd’hui, s'il est reconnu coupable par la Justice, Jérôme Barella ne risque « que » vingt ans, trente ans de prison, voire la perpétuité, une peine qui apparaît bien dérisoire et douce au regard de l’horreur de son crime. Pourtant, dans un temps pas si lointain, avant l’abolition de la peine de mort le 9 octobre 1981 par Robert Badinter, les crimes mêlant viols, agressions sexuelles et meurtres d’enfants conduisaient bien souvent leurs auteurs directement à l’échafaud, sans détour, sans ambiguïté, tant le statut de l’enfant était sacré, qu’importe les régimes, qu’importe le rang des meurtriers.

Une indignation ancienne

Contrairement à une idée répandue, les violences sexuelles faites aux enfants ne sont pas une préoccupation récente. Les travaux de certains historiens, comme Inès Anrich ou Didier Lett, consacrés à l'histoire de l'inceste et du viol d'enfants, montrent que ces crimes étaient déjà connus et encadrés par des normes juridiques dès le Moyen Âge. Les archives judiciaires, ecclésiastiques et seigneuriales attestent, ainsi, que de tels faits étaient dénoncés, poursuivis et réprimés avec une grande sévérité, allant bien souvent jusqu’à la peine capitale. On distinguait néanmoins deux formes de violences sexuelles visant les enfants : celles commises sur les petites filles et celles commises sur les petits garçons nommées « vice sodomitique », qualification bien sûr condamnée dans une société médiévale christianisée. Les auteurs de ces violences pouvaient être frappés de peines extrêmement lourdes, y compris en l’absence d’homicide : la décapitation pour le viol d’une jeune fille ou le bûcher pour celui sur un jeune garçon. Face à cette répression, de nombreux accusés fuyaient bien loin, conscients des risques encourus en cas d’arrestation, ou se cachaient derrière des artifices du pouvoir pour devenir intouchables.

Le principal obstacle à cette justice médiévale, qui reconnaissait donc bien l’existence du crime dirigé contre l’enfance, résidait aussi dans le silence des familles et des victimes elles-mêmes. Les filles devaient souvent apporter la difficile preuve de l’absence de consentement, tandis que les garçons parlaient rarement, par crainte d’être eux-mêmes assimilés à la catégorie infamante de la sodomie, même en tant que victimes.

Des condamnations exemplaires

À travers notre Histoire de France, nombreux sont les exemples de ces crimes abjects. Le plus célèbre d’entre eux demeure, bien sûr, celui de Gilles de Rais. Ancien compagnon d'armes de Jeanne d'Arc, ce « Barbe bleue », dont le rang de maréchal de France et de seigneur ne put que retarder l’action de la Justice, fut condamné à mort le 25 octobre 1440 par les juridictions ecclésiastique et civile de Nantes pour les enlèvements, les viols et les meurtres d’au moins une centaine d’enfants. Malgré sa contrition, il fut pendu puis son corps livré partiellement aux flammes, le 26 octobre 1440.

Plus de quatre siècles plus tard, Joseph Vacher, le « tueur de bergers », le « Jack l’éventreur français », fut condamné à mort le 28 octobre 1898. Reconnu seulement coupable du meurtre du jeune Victor Portalier, âgé d’une quinzaine d’années, qu’il avait également violé, il avait reconnu une dizaine d’autres meurtres et viols commis parfois post mortem, sur des victimes parfois très jeunes, la plus jeune n’ayant que 11 ans. Ces assassinats ayant été commis entre 1894 et 1897, il fut guillotiné le 31 décembre 1898.

Autre siècle, autre affaire. Le 16 décembre 1967, Günther Volz est guillotiné pour le viol et le meurtre d'une fillette de neuf ans, Solange Kintzinger. Son crime, marqué par une violence extrême contre une enfant innocente, suscita une profonde émotion dans l'opinion publique. Malgré cela, Günther osa solliciter une grâce présidentielle, que le général de Gaulle lui refusa.

Le dernier exécuté de l'Histoire

Dix ans plus tard, Jérôme Carrein est condamné à mort par la cour d'assises du Pas-de-Calais pour la tentative de viol suivie du meurtre de Delphine Ducourant, une fillette de huit ans. Guillotiné le 23 juin 1977, il demeure le dernier Français condamné à mort et exécuté en France, mais également le dernier exécuté en France pour un crime commis sur un enfant. Son affaire précéda de peu le grand débat qui allait conduire à l'abolition de la peine capitale.

Le 9 octobre 1981, la France abolit définitivement la peine de mort sous l'impulsion du garde des Sceaux Robert Badinter. Devant l'Assemblée nationale, il déclara : « Demain, grâce à vous, la Justice française ne sera plus une justice qui tue », un vœu pieux qui ne diminua en rien la gravité ni le nombre des crimes commis contre les enfants. Ainsi, comme l’avait déclaré Gabrielle Cluzel, « Robert Badinter a aboli la peine de mort pour les criminels, mais pas pour les victimes », dont les noms sont et demeurent à jamais Lyhanna, Lola ou encore Maëlys…

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

59 commentaires

  1. Je suis par principe contre la peine de mort, mais je suis d’accord avec la personne qui propose la réoouverture des bagnes. Il n’est pas logique que des terroristes et des violeurs assassins vivent à perpétuité sur le compte de la société. Et, surtout quand il y a aveu ou flagrant délit , que l’on ne leur fasse pas des procès à rallonge qui mobilise la magistrature et coûte également cher à la société. Cela contribuera à diminuer la dette de l’Etat.

  2. Il ne fait aucun doute, à entendre les avocats, que ces assassins d’enfants et même d’adultes sont porteurs d’une âme mauvaise qui les fait souffrir et les mènent aux pires actions. J’ose espérer que la future loi républicaine sur l’euthanasie active qui vise à soulager, d’après ce qu’on dit, ceux qui souffrent sans espoir de guérison, n’oubliera pas ces gens là. C’est d’ailleurs ce que devront plaider leurs défenseurs.

  3. Je pense qu’il y a une corrélation entre la déliquescence de la société humaine et la peine de mort! Bizarrement, tous les pays qui n’appliquent plus la peine capitale souffrent de dégénérescence souvent lié à une justice que ne sait plus faire son travail. La justice pour beaucoup est du côté des coupables (payer sa dette envers la société, réinsertion, peur de condamner un innocent…) alors que les victimes dans les tribunaux sont humiliés et que la douleur reste à vie. Les coupables gardent de l’espoir alors que ce sentiment devrait leur être interdit!

    • Je comprends votre réaction, mais ne suis pas totalement d’accord avec vous concernant la justice qui est le reflet des incohérences de nos politiques.
      Les juges décident en fonction du droit, c’est à dire le CP qui est un véritable foutoir.
      Il ne faut pas oublier les Avocats qui s’engouffrent dans ces lacunes.
      S’agissant des crimes, la décision incombent aux jurés influencés par les Avocats.

  4. Vous en pensez ce que vous voulez, mais j’estime que celui ou celle qui tue volontairement doit avoir présent à l’esprit qu’il risque aussi sa vie, à plus forte raison si la victime est un enfant ou s’il y a des actes de barbarie.

  5. Les criminels sexuels récidivant toujours , il faut donc les enfermer à vie ou les castrer , sinon nos femmes et nos enfants en seront toujours les victimes . Il faudra choisir .

  6. Depuis la nuit des temps, les anciens l’avaient compris, la peine de mort civilise le genre humain. Un pays ne peux avoir la PAIX s’il ne sanctionne pas les assassins, les violeurs de la peine capitale (fous ou pas) et à de longues années de prison pour les racailles en tous genres. La peine capitale est dissuasive et les longues peine de prison également (jamais de sursis). Et pour les mineurs, peine de prison pour les parents et Maisons de redressement aussi sécurisées, qu’une prison pour leur progéniture. Mais si la peine capitale en dérange quelques uns, qu’ils appliquent la perpétuité jusqu’au bout et quoi qu’il coûte pour protéger la société de ces espèces hors normes.

  7. Je serais curieux de savoir des parents hostiles à la peine de mort d’un de leurs enfants violé , torturé et tué..

  8. Si on ne veut pas la peine de mort, il faut remettre les travaux forcés en marche et réouvrir un bagne (cayenne ou ailleurs) d’où ils ne doivent jamais sortir; va t-on entretenir ces monstres à vie ? Ils ne doivent jamais courir libres. Tous les assassins d’enfants et les terroristes doivent être prévenus.
    Un exemple : singapour ; à peine arrivés à l’aéroport, vous lisez : drogues = peine de mort. tout le monde vous dira que singapour n’a aucun problème de drogue. bref, en finir absolument avec la culture de l’excuse socialiste !

    • je suis bien d’accord avec vous. Construction d’un bagne sur une ile par exemple d’où ces monstres ne devraient jamais sortir !!

    • Je rêve d’un « Justicier dans la ville » s’il sort de prison… faute de pouvoir compter sur la justice officielle.

      • réponse à Zoiseau : Vous n’êtes pas le seul….. mais on en arrivera forcément là si la Justice ne défend plus les victimes et si nos Services d’Ordre ne peuvent plus exercer leur fonction comme dans le passé sans risquer de passer en garde à vue pour avoir rempli leur fonction.

  9. L’argument classique avancé par les abolitionnistes est que la peine de mort ne serait pas dissuasive, comme s’il était possible de compter les individus ayant évité de passer à l’acte quand cette peine existait.

  10. Rétablissement de la peine de mort. OUI. C’est horrible…OUI… mais n’est elle pas plus horrible pour les victimes INNOCENTES?…

    • C’est vrai ! c’est bien plus horrible pour les innocents et honnêtes personnes de vivre en permanence avec un monstre qui tient entre ses mains un glaive au-dessus de votre tête.

  11. La peine de mort n’aurait pas due être abandonnée sans être appliquée mais conservée pour des cas extrêmes de personnages n’ayant plus droit au qualificatif d’être humain.

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