Editoriaux - Histoire - Justice - Radio - Société - 16 février 2018

Au cri de la mère de Maëlys s’associe, avec respect, chaque parent…

Chaque père, chaque mère de famille qui contemple un de ses enfants endormis songe sans doute qu’il pourrait, lui aussi, être Maëlis. Chacun d’entre nous, qui laisse partir son enfant à l’école, à 500 m à peine, se dit qu’il commet peut-être une erreur fatale. Et si… Et si mon enfant croisait un prédateur ? Et si mon enfant rencontrait un Nordahl Lelandais, un Pierrot le Fou, un Marc Dutroux ? Mon enfant, dans mon quartier résidentiel et sans histoire, qui part, le jour levé, à l’école située à deux pas ?

Chacun de nous y a pensé, et s’est dit qu’il faudrait bien, un jour, lâcher cet enfant et lui apprendre à sortir seul dans la rue. Chacun de nous a frémi à chaque fois qu’il a entendu, à la radio, le récit d’un enlèvement dont personne ne parle plus, après quelques semaines de vaines recherches, quand l’enfant reste introuvable. Chacun s’est mis dans la peau des parents de Marion, d’Estelle, de Jeanne-Marie et de tant d’autres. Chacun de nous a essayé, sans y parvenir, de ressentir ce que vivent ces familles, accrochées à l’espoir, parfois des décennies ; ou celles qui, brutalement, apprennent l’horreur de la découverte.

Au moins celles-ci peuvent entamer leur travail de deuil. Les parents de Maëlis, abasourdis par une annonce qu’ils attendaient pourtant, savent désormais la vérité. Un bout de vérité, sans doute. Ils savent que leur enfant ne reviendra jamais. Ils l’expriment, comme la mère de la fillette vient de le faire sur son compte Facebook, dans des termes dont la maladresse ne dissimule ni la douleur, ni l’amour pour sa fille, ni la haine pour celui qui a reconnu l’avoir tuée.

“Il aura fallu attendre 5 mois et demi pour que ce monstre parle enfin. Toi l’assassin de ma fille : Maëlys va te hanter nuits et jours dans ta prison jusqu’à ce que tu crèves et que tu ailles en enfer.”

Douleur d’une mère qui savait et qui espérait contre toute espérance. Amour d’une mère, aussi, qui parle à sa fille.

“Mon petit ange je n’ai pas pu te protéger de ce prédateur et cette culpabilité me poursuivra encore très longtemps. Maëlys je suis si fière de toi mon poussin tu es si belle si souriante tu es ma merveille mon rayon de soleil tu seras toujours dans mon cœur. Ce monstre ne fera plus de mal à personne maintenant… Que Justice soit faite et que plus jamais un enfant ne subisse de tels actes. Tu nous manques tellement. Ton combat on le mènera jusqu’au bout ma princesse.”

La colère de Jennifer Cleyet-Marrel s’entend, se comprend, se ressent. Chacune d’entre vous pourrait être cette femme. Et son propos doit simplement inspirer le respect, quoi qu’on pense de la publicité qui lui est donnée par le biais d’un réseau social. Nul ne peut arracher un enfant à sa mère. Et si notre époque impose l’usage de Facebook pour exprimer la douleur, l’amour, la haine, le désespoir d’un cœur déchiré, à quoi bon s’en étonner ? D’autres auraient écrit un roman magnifique. D’autres, encore, se seraient drapées dans la dignité d’un deuil insondable. D’autres, enfin, auraient prié pour l’assassin de leur enfant. Jennifer, femme de son époque, a choisi ce qui lui semblait le plus naturel.

Est-ce pour se donner le courage d’affronter l’indicible ? Nul ne le sait. Et chacun s’associe à ce cri. Dans le respect.

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