Economie - Editoriaux - Société - 16 novembre 2019

Privatisation de la Française des jeux : vers des drogues dures ?

La privatisation de la (FDJ) suscite un vif engouement chez ceux « qui jouent en Bourse » ; ces petits porteurs sont souvent de petits joueurs. Ils ne bénéficient pas des « tuyaux » réservés aux gros investisseurs qui, eux, disposent non seulement de moyens pour agir sur la tendance, par le déplacement rapide de leurs capitaux, mais aussi du pouvoir de manipuler les informations servies aux petits boursicoteurs, par des médias à leur main.

Le frisson du risque est l’apanage du petit joueur. Celui-ci n’a de commun avec le gros investisseur que l’appât du gain.

Les sociétés cotées en Bourse peuvent, et c’est leur finalité, faire croître leurs bénéfices, surtout s’ils sont intelligemment répartis entre les employés de tous grades de l’entreprise, les investissements (gages des développements futurs) et les actionnaires ; chacun peut y trouver son compte. L’aspect jeu/loterie réside dans le choix de la société. Ses résultats, hormis quelques « coups fumants », s’apprécient sur le moyen et le long terme, sans comparaison avec l’immédiateté des résultats des jeux d’argent.

Les jeux d’argent ne produisent rien pour la société. Ils reposent sur le fait que chaque joueur espère remporter la mise aux dépens des joueurs malheureux. Avec ce facteur aggravant que leur mise n’est redistribuée qu’après avoir été amputée des prélèvements dont se gavent les organisateurs de ces jeux et des taxes prélevées par l’État. L’organisation de ces jeux vise à drainer les plus grosses sommes possibles ; elles constituaient jusqu’alors une forme d’impôt librement consenti par les joueurs. L’État, se devant de maintenir l’apparence d’une certaine morale et de protéger à un certain degré les citoyens contre eux-mêmes, avait mis quelques limitations dans la nature et les modalités de fonctionnement de certains jeux. Le budget se gavait de la différence entre les mises et les gains. On se souvient des cris désespérés de Stéphane Bern devant la portion congrue du Loto du patrimoine versée pour sa restauration.

L’État, pour réduire le déficit abyssal de sa gestion, avec la privatisation de la FDJ, vend un de ses bijoux de famille ; cette poule aux œufs d’or cessera de pondre dans son panier. Comme les allumettes qui ne servent qu’une fois, une vente ne rapporte qu’une fois. Quelques pourcentages de son prix seront injectés dans « l’intelligence artificielle » en claironnant à grands cris que ce sont des « investissements d’avenir ». Quant à l’avenir des joueurs incités à toutes les audaces, il sombrera dans la faillite, le dénuement, la déchéance. La nouvelle société privée n’aura de cesse de pomper ces malheureux, leur faisant miroiter des formules aussi alléchantes que ruineuses.

Comme pour le tabac et l’alcool, dont les taxes encaissées ne couvrent qu’une fraction (50 %) des dépenses qu’ils induisent, le marasme des joueurs risque d’être d’un coût social élevé incombant à l’État, désormais privé de cette source de revenus. Sa gestion désastreuse de ces deux drogues licites aide à imaginer son impuissance vis-à-vis des jeux très addictifs. L’Agence de régulation des jeux en ligne (l’ARGEL) sera remplacée au 1er janvier par l’Autorité nationale des jeux (l’ANJ), dont les pouvoirs seront étendus à tous les jeux, excepté les casinos (qui resteront sous le contrôle du ministère de l’Intérieur). L’État avait interdit le Rapido en raison de ses effets supra-addictifs ; la future société privée pourra être tentée, dans une logique toute financière, de multiplier le développement de tels pièges.

Bercy beaucoup Monsieur Le Maire
De nous tailler telles croupières
(féminin de croupier)
Vous nous aurez très bien roulés (masculin de roulette)
Jusque dans la publicité
Ayant le front de déclarer
« Entreprise bonne pour les Français »…

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