Pourquoi la diabolisation médiatique de Marine Le Pen ne fonctionne plus

marine le pen

Aujourd’hui, tout fout le camp. Même l’antilepénisme à front de phacochère. Comme si la sphère médiatique était tétanisée. Comme si Marine Le Pen, tel Kaa, le python du Livre de la jungle (politique), les avait tous hypnotisés. Comme si, pour finir, le psychodrame du 21 avril 2002 n’était plus qu’un étrange souvenir. La dédiabolisation du Front, depuis devenu Rassemblement national, serait-elle donc un succès ?

Si tel est le cas – et ça l’est, manifestement –, il vient de loin, puisque initié par Jean-Marie Le Pen au lendemain de son affrontement avec Jacques Chirac ; il y a maintenant vingt ans. La chose est peu connue, mais avant de prétendre « qu’un FN gentil n’intéressait personne », il fut le premier à envisager le changement d’intitulé de son propre mouvement.

D’ailleurs, sa campagne, millésime 2002, n’est pas sans rappeler celle de sa fille, en 2022. Lâché de toutes parts par Bruno Mégret et ses amis (les mêmes que l’on retrouvera, pour la plupart, auprès d’Éric Zemmour, ces mois derniers), le Menhir se libéra enfin, préférant prendre la posture du patriarche plutôt que celle de l’imprécateur. Enfin, il était lui, alors que son ancien second se voyait tribun rassembleur, oubliant au passage qu’il n’en avait ni la carrure, intellectuelle comme physique, tout en se berçant d’une intelligence universitaire assez peu ancrée dans le réel.

À peu de choses près, c’est ce qui est arrivé au polémiste de CNews ; étrange, pour cet homme qui est pourtant un fin observateur d’histoire, de politique et surtout d’histoire politique. Marine Le Pen, donc, à l’instar de son père, a enfin mené la campagne qui était la sienne. Pas celle de Florian Philippot, tel qu’il y a cinq ans, à laquelle plus personne ne comprenait rien et peut-être même pas elle, préférant dévoiler son véritable visage. Celle d’une femme rassurante, entourée de chats, deux fois divorcée et ayant élevé quasiment seule ses trois enfants. En descendant de son piédestal, elle s’est mise à ressembler à nombre de Françaises.

Sa dimension sociale ? Elle l’a en elle depuis longtemps, affirmant en privé qu’adolescente, elle était surnommée « la gauchiste de la famille ». Certains lui reprochent son manque de culture livresque ? Elle la compense par un instinct politique des plus sûrs ; tel celui l’ayant poussé à faire du pouvoir d’achat l’axe majeur de sa campagne, tandis que son concurrent Éric Zemmour préférait mettre en avant des enjeux civilisationnels, pas anodins bien sûr et propres à faire vibrer les foules de ses supporters dans les meetings, mais singulièrement éloignés des préoccupations majeures de l’ensemble des Français. Et, manifestement, voilà qui a payé.

Bref, cette accumulation d’éléments fait qu’il est aujourd’hui délicat de faire endosser la défroque du père à la fille tout en changeant au passage de repoussoir. Déjà que taxer Éric Zemmour de nazisme plus ou moins rampant peut prêter à sourire, mais faire de même de Marine Le Pen tient plus encore moins la route, même pour le plus gauchiste des journalistes. D'autant que certains, compte tenu de la paupérisation et précarisation de leur profession, peuvent prêter une oreille pas forcément négative à la politique éminemment sociale de cette candidate, surtout quand on sait que les journaux qu’ils ont jadis connus sont désormais propriété de groupes tous plus mondialisés les uns que les autres.

À défaut de s’en être fait des complices, au moins Marine Le Pen les aura-t-elle passablement neutralisés. Ils attendaient Eva Braun ? Ils ont eu Amélie Poulain ! Bien joué.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 15/04/2022 à 18:06.
Nicolas Gauthier
Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

31 commentaires

  1. Je réitère mon précédent commentaire (non publié à cette heure) même s’il n’est pas populaire
    Cet article fait apparaître MLP comme une candidate redevenue « normale » et c’est bien ce qui devrait inquiéter l’électorat de droite
    Elle arrose généreusement tous les électeurs de promesses qui ne seront jamais tenues car le pays est ruiné et sur les sujets présidentiels, sur lesquels EZ s’était positionné avec justesse et talent, elle ne dit plus rien voulant ratisser large
    Gare au réveil !

  2. Je ne sais si la diabolisation de M. Le Pen marche encore, mais il suffit de lire ou d’écouter les médias pour savoir qu’elle n’a jamais été autant utilisée. A en être indécente.
    A en entendre certains, si elle était élue, l’armée française irait se battre avec celle de Poutine en Ukraine…Ils nous parlent de démocratie mais Le rouleau compresseur totalitaire fera son oeuvre.

  3. La diabolisation ne marche plus car MLP a mis au centre de son message politique le pouvoir d’achat . Par conséquent MLP ne représente plus d’intérêt. Elle fera une politique de centre droit… Le PA financé par l’endettement est la caracteristique de tous les partis (sauf Zemmour). Qu’ils endettent donc la France pour faire plaisir aux français…Le retour au réel n’en sera que plus violent.

  4. Zemmour a aidé cette dédiabolisation . MLP se situant alors hors de l’extrême droite , mais à D de la D classique : ce qui « effraie » moins . Et puis compte tenu de la situation sécuritaire en France , plus de 30% des Français sont séduits par son programme . Et même au-delà . Je ne formule aucun pronostic , mais si c’est Macron , j’espère qu’aux Législatives , il sera en cohabitation.

  5. Mais si, la diabolisation marche encore. Elle l’a prouvé contre Zemmour et suffira pour faire réélire Macron une deuxième fois. Après … le déluge. Finira-t-il son mandat ? Pas plus sans doute que Marine le Pen si elle est réélue. Nous sommes entrés dans la mer des tempêtes.

  6. Sans le vouloir le moins du monde c’est BHL qui touche au réel : MLP ne veut pas d’un bréxit mais veut être un Victor Orban et c’est cela que les français veulent avoir un vrai homme ou femme d’état à la tête du pays.
    Si par malheur Macron est réélu cela sera chut pour tous : fini les revendications en tout genres et il faudra rembourser la dette mais pas une certaine classe.

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