Pékin est-il en train de supplanter Washington ?

La Chine s'impose, mais elle a aussi... son talon d'Achille.
Capture d'écran Euronews.
Capture d'écran Euronews.

Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera : une vision avant l’heure, une résonance que l’actualité ne cesse chaque jour d’amplifier. Avant l’heure, Alain Peyrefitte annonça de façon prémonitoire que l’empire du Milieu concilierait, dans un exercice d’équilibrisme étonnant, un régime politique autoritaire avec une économie libérale. La visite à Pékin de Donald Trump, entouré des plus grands patrons américains, les 14 et 15 mai 2026, illustre de manière éclatante ce grand basculement géopolitique.

Réléguée au rôle de figurante jusqu’à la fin du XXᵉ siècle, l’économie chinoise a été irriguée, durant des décennies, par les investissements occidentaux et l’accès au marché américain. Un rapport de force qui s’est, depuis, totalement inversé : une partie significative des bénéfices des grandes multinationales américaines dépend désormais du marché chinois — devenu un passage incontournable de la croissance mondiale. En conséquence, les grandes entreprises américaines cherchent non plus à conquérir mais à consolider leurs positions sur le marché chinois. D’autant que le face-à-face sino-américain dépasse largement le simple cadre commercial. L’Oncle Sam doit dorénavant composer avec une puissance capable de rivaliser sur tous les fronts : industriel, technologique, diplomatique et même militaire.

La stratégie d’usure de Pékin

Plus que sur un affrontement direct, Pékin mise sur une stratégie d’usure. Contrairement aux démocraties occidentales conditionnées par le « temps électoral », la Chine est exempte de toute contrainte temporelle. Une position qui lui permet d’avancer méthodiquement ses pions sur le long terme : investissements massifs dans les infrastructures internationales à travers les nouvelles routes de la soie, déploiement de son influence dans le Sud global, montée en puissance dans l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs et les télécommunications, modernisation de ses capacités militaires. Pékin domine également, de façon hégémonique, les marchés des matières premières : métaux critiques et terres rares, indispensables aux technologies vertes et aux industries de défense, contrôle des chaînes d’approvisionnement mondiales de l’acier, du cuivre, de l’aluminium et du nickel. Les discours protectionnistes trumpistes n’y changeront rien. N’ayant eu que peu d’impact, la guerre commerciale lancée par Washington a, au contraire, renforcé la volonté d’autonomie industrielle et technologique chinoise.

Cependant, derrière cette ascension fulgurante, la Chine fait face à deux vulnérabilités structurelles majeures. La première est le ralentissement démographique résultant de la politique antinataliste promue par les autorités chinoises depuis le début des années 1970. Le scénario médian de l’ONU estime que la population chinoise (1,41 milliard, en 2025) pourrait tomber sous les 800 millions, à l’horizon 2100.

Le second est sa très forte dépendance pétrolière. Si la Chine produit (et consomme) la moitié du charbon mondial et reste (pour l’instant) un acteur gazier modeste (10 % de sa consommation énergétique), elle consomme 16,4 millions de barils par jour, dont 80 % sont importés principalement du Moyen-Orient. D’autant que le poids de cette dépendance n’a d’égal que la fragilité des routes d’approvisionnement. En dehors du détroit d’Ormuz, on oublie souvent le « dilemme de Malacca », du nom de ce détroit situé entre l’île de Sumatra et la presqu’île de Malaisie donnant accès à la mer de Chine. Deux ou trois cargos coulés dans les eaux peu profondes du détroit suffiraient à arrêter l’approvisionnement en pétrole, mettant à mal, pour des mois, l’ensemble de l’économie chinoise.

La course à la décarbonation

Il n’est donc pas surprenant que l’empire du Milieu se soit lancé dans une course folle à la décarbonation : panneaux solaires, éoliennes, véhicules électriques, pompes à chaleur, hydrogène, réacteurs nucléaires et méga projets hydroélectriques - la Chine est le champion hors catégorie des investissements verts, écrasant de façon condescendante tous ses concurrents. Bien que premier émetteur mondial de gaz à effet de serre (près du tiers des émissions mondiales), pour Pékin, la course à la décarbonation relève bien moins d’un impératif climatique que d’un enjeu vital de souveraineté énergétique.

Reste la question de Taïwan. L’île occupe, certes, une position centrale dans la production mondiale de semi-conducteurs. Mais est-ce réellement une raison suffisante ? La Chine, qui s’est illustrée lors des dernières décennies par son pragmatisme économique, peut-elle basculer vers une logique d’honneur et de prestige, au risque de déstabiliser durablement la région ? La question est posée !

 

NB : Article co-écrit avec Philippe Charlez.

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Sarah Pugliese
Analyste et rédactrice du Think Tank Le Millénaire (Paris)

Vos commentaires

23 commentaires

  1. Sans tambours ni trompettes, la Chine se positionne clairement comme le numéro un dans le monde en matière économique et de leadership diplomatique et géopolitique, son crédit et son capital attractif étant largement supérieurs à celui des impérialistes Etats-Unis. Mais comme elle avance sûrement, mais sans arrogance, cela ne la gênerait surement pas que les USA revendiquent la première position selon la théorie de l’apparence…du moment que ça resterait de la vantardise et du bla bla sans incidence.
    Il n’est que de voir Xi Jinping, homme solide, réfléchi, rassurant, calme et posé. Tout le contraire du fantasque et surexcité Trump, extravagant président monté sur ressort tel Zébulon et changeant d’avis comme de chemise.
    N’en déplaise aux Trumpistes se raccrochant au PIB nominal (en valeur ou en volume) pour affirmer facticement la prééminence des Etats-Unis, il est établi que le PIB en PPA (à Parité de pouvoir d’achat) de la Chine est très largement supérieur à celui américain. Selon les données vérifiables de la Banque Mondiale, le PIB/PPA 2024 de la Chine est de 38.190.084,59 millions de dollars contre 29.184.890,00 millions de dollars pour les USA, soit une différence de 9.005.194,59 millions de dollars en faveur de l’Empire du milieu. Rappel que pour mesurer la compétivité et la santé d’une économie, le bon étalon est le PIB/PPA et non le PIB nominal.
    Sur le plan du nucléaire militaire, la Chine dispose des trois composantes terrestres, aériennes et sous-marines (SNLE). Son arsenal supérieur à 1.000 ogives est peu connu en occident. Malgré les 1.550 têtes atomiques qu’ils opèrent au titre du récent défunt traité New Start sans compter 300 à 400 bombes aéroportées tactiques B61 et B61-12 dont environ 150 stationnées en Europe, les USA de Trump n’ont absolument pas les moyens (aucune chance) de détruire les missiles nucléaires ICBM sol-sol chinois. Pékin a en effet enterré ses fusées intercontinentales entre 1.000 et 1.200 mètres de profondeur, et circulant horizontalement sur leurs lanceurs dans près de 4.800 km d’inextricables galeries interconnectées et desservant d’innombrables silos de tir. Voir à ce sujet le concept militaire du « Bonneteau nucléaire chinois » expliqué dans l’intéressant rapport 2022 sur les armes atomiques mondiales de l’Assemblée Parlementaire de l’OTAN (rapporteur Cédric Perrin).
    Mais pour lors, à mon sens, la question prioritaire concerne la reprise ou non de la guerre d’agression américano-israélienne contre l’Iran.

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