L’hommage qui devait être rendu à Samuel Paty, le 2 novembre dernier, dans tous les établissements scolaires de la République, devait être un moment d’unité et de cohésion. Un rappel des valeurs de notre devise et du principe de laïcité. Un symbole d’engagement et de fermeté ! Une semaine après la rentrée scolaire, quel bilan peut-on dresser de l’initiative ?

D’abord, sous les apparences d’une union nationale infrangible autour de la « sacralité » du droit d’expression et de la « sanctification » de l’acte éducateur, tout a été fait dans une précipitation fâcheuse ; xième signe désastreux de l’impéritie de nos gouvernants : navigation à vue ; ruades émotionnelles, sans recul ; syndrome non assumé de la responsabilité-culpabilité qui paralyse l’action.

Alors que le mardi 27 octobre, le ministre Blanquer annonçait une rentrée des classes pour tous les élèves à 10 heures, avec minute de silence en l’honneur du professeur décapité, enfants et adultes encadrants rassemblés dans la cour des établissements, trois jours plus tard, il révisait étrangement le plan solennel prévu, par un mail ; les élèves reprenant les cours « comme à l’habitude » et la minute de silence devant être effectuée « de préférence dans les salles de classe ». Bref, on refilait le marmot aux enseignants. À charge, pour eux, de se débrouiller ensuite avec toute une batterie de liens Internet de raccroc sur le respect des différences, la bienveillance et la liberté d’expression, captés à la va-vite par les fonctionnaires ministériels ou académiques et distribués vaille que vaille.

Pourquoi ce changement ? Tout simplement parce qu’après la ruade initiale – et après tout, la première réaction, empreinte d’émotion, où l’on aurait vu, à l’heure dite, tous les établissements figés dans le recueillement, aurait eu… de la gueule ; et porté l’image de l’union nationale et du défi français face à l’islamisme – est venue l’heure du doute et de la crainte. Des raisons ont été avancées : l’attentat de Nice (29 octobre), et le confinement exigé, auraient justifié ce choix ; « la double menace sécuritaire et sanitaire », selon les syndicats joints par l’AFP. Curieuse adéquation de la parole ministérielle et syndicale. Les « remontées de terrain » auront sans doute réduit le ministre au repli tactique. Car chacun sait, dans l’institution, que, désormais, les dérapages communautaires sont inévitables. Débordements redoutés par les autorités ; peur d’une trop grande visibilité d’un échec du « vivre ensemble » promu à l’école et servi à grand renfort financiers par l’État. Évidences d’un fiasco éducatif qui aurait fait désordre.

Invité au micro de RTL, le vendredi 6 novembre, a révélé qu’environ « 400 violations de la minute de silence » ont été recensées ; « dans des formes parfois légères, parfois lourdes », qui, dit-il, ont été suivies, selon leur gravité, de « poursuites disciplinaires » en établissement, ou « pénales » pour « apologie du terrorisme ». Bien qu’il se soit enhardi à évoquer des milieux familiaux de type « pathogène » en « radicalisme », sans doute ces chiffres sont-ils bien en deçà de la réalité incivile.

Ces signes de dérapage témoignent de l’ampleur de l’endoctrinement islamiste. L’exemple du drame de Conflans permettra-t-il de crever enfin l’abcès qui nous ronge ? Alors que de très nombreux « débordements » d’élèves ont été relevés, que des mesures judiciaires immédiates sont appliquées à l’encontre des apologistes du meurtre, qu’ils soient jeunes adultes ou enfants manipulés, un dialogue avec le milieu « pathogène » est-il toujours possible, selon un apparent souhait du ministre ? « Pas de générosité républicaine pour les ennemis de la République ! » a déclaré le député Ciotti.

Le 30 octobre, le SNES-FSU et de nombreux enseignants s’insurgeaient contre ce qu’ils estimaient être une décision intempestive de Jean-Michel Blanquer. Elle a été – hélas ! – contrainte, mais pragmatique pour préserver leur mythe éducatif. Ceux-là, qui hurlent à l’indignité et au renoncement, sont aussi, par leur prosélytisme idéologique laxiste, les fossoyeurs des valeurs morales et civiques de la République de Ferry et de Jaurès.

11 novembre 2020

À lire aussi

Compagnons de la Libération : Daniel Cordier est mort, il en reste un, Hubert Germain

Qui se souviendra, en 2050, que la croix de Lorraine sculptée sur le mont Valérien fut, da…