Nice : chute d’une sculpture à 614.000 € , le débat sur la dépense publique relancé

A l’heure où la France croule sous les dettes, l’art contemporain a-t-il encore sa place dans l’espace public ?
L'œuvre d'art lors de son installation en 2018. Capture d'écran © France3 Côte d'Azur
L'œuvre d'art lors de son installation en 2018. Capture d'écran © France3 Côte d'Azur

Le cornet de glace qui orne la station de tramway Ferber, à Nice, est tombé. Le jeudi 16 mai, un épisode de vent violent a eu raison de cette sculpture de 5 mètres de haut réalisée par l’artiste portugaise Joana Vasconcelos. En place depuis 2018, celle qui était nommée Fruitée est désormais déboulonnée.

L’effondrement n’a fait aucun blessé car, comme indiqué par Éric Ciotti, le nouveau maire de la commune azuréenne, « la zone avait été sécurisée en amont ». L’édile a également profité de la chute pour dénoncer ce type d’installation : « 614.000 euros pour une structure improbable qui plus est instable : c’est le symbole criant du gaspillage de l’argent des Niçois ! Notre volonté est claire : recentrer chaque euro vers le quotidien des Niçois. La fête est finie ! »

Une glace parfum gabegie

Le message est clair : avec le président de l’UDR à sa tête, la ville de la baie des Anges ne dépensera plus un euro pour des sculptures tout aussi inutiles qu’esthétiquement discutables, contrairement à ce que faisait son prédécesseur, Christian Estrosi, qui avait pensé le « programme d’accompagnement artistique de la ligne Ouest-Est du tramway » à 3,3 millions d’euros, dont faisait partie le fameux cornet.

L’opposition y voit, évidemment, une atteinte à la culture ou une attaque contre l’art contemporain, quand le contribuable perçoit un certain bon sens. Un bon sens qui pourrait s’appliquer à bien des villes tant, partout en France, l’art contemporain a pris de la place dans l’espace public.

Le Masque d’André Malraux à Pontarlier (100.000 francs), la capsule Soyouz de Vitry-sur-Seine, les Tulipes de Shangri-La de Lille, Pierre trouée à Strasbourg, Sanna à Bordeaux ou encore une sorte de kiosque à musique fondu appelé l’Opéra noir à Marseille sont quelques-unes des œuvres controversées installées de manière pérenne dans les villes.

À ces structures sans réelle raison d’être s’ajoutent des réalisations éphémères mais non gratuites comme le Tissu Urbain de la place Bellecour à Lyon (1,5 à 1,6 million d'euros), Kermit la grenouille, l’arbre aux allures de jouets pour adultes de Paul McCarthy à Paris (2 à 3 millions d'euros), l’ours Jayet à Marseille, le Voyage au cœur du sein de la place du Capitole à Toulouse…

Des créations dont le prix n’est pas toujours rendu public, mais souvent honteux, et auquel il faut ajouter un coût d’installation, d’entretien et, dans certains cas, de démontage.

Le 1 % artistique en question

Pourquoi donc les maires se lancent-ils dans de tels projets ? Pour la beauté de l’art, évidemment, mais aussi et surtout parce que dans la plupart des cas, ils y sont contraints via le dispositif 1 % artistique qui « impose aux maîtres d’ouvrage (décret du 29 avril 2002) de l’État et aux collectivités territoriales de réserver 1 % du coût d’une construction pour la commande d’une ou plusieurs œuvres d’art conçues pour le bâtiment considéré ».

Il n’y a pas d’argent dans les caisses et quasiment toutes les collectivités vivent à crédit, mais elles ont l’obligation de financer des œuvres d’art contemporain. « L’idée est de promouvoir la création artistique », explique un architecte spécialisé dans les marchés publics, à BV. Il précise : « Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais on peut regretter que ça ne profite pas qu’à des artistes locaux ou au moins français. Il faudrait aussi que la somme puisse être consacrée à la préservation du patrimoine, car dans certaines communes, on a davantage besoin de restaurer ce qui existe que de s’encombrer de nouvelles créations difficiles à entretenir. » Encore une parole de bon sens.

Vos commentaires

89 commentaires

  1. Tant que ceux qui ont approuvé l’investissement ne paieront pas de leur poche les coûts engendrés par ce gaspillage ou par ces investissements ridicules et éphémères, qui cachent peut-être diverses irrégularités, tant ces projets se poursuivront. Cependant, à cette occasion, je propose de changer (de repeindre) le globe VERT en BLEU, non ? Cela transmettrait peut-être un message subliminal à la population française…

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