La ronce – Rubus fruticosus, dans la famille des rosacées – est un arbrisseau bien connu de nos campagnes. C’est aussi un collectif né à la mi-octobre qui entend terroriser les grands méchants et les petits pas gentils par leur « militantisme climatique ».

La Ronce, c’est le camp du Bien. Avec ces épineux, la vie est simple. Ils ont, ainsi, imaginé « 5 petits gestes pour sauver la planète ! » Ils ont prévenu : « Nous allons mettre un joyeux bordel, car nous savons que c’est dans l’ordre et la discipline qu’ils organisent la destruction systématique des conditions de la vie sur Terre. » Dont acte. Voilà les cibles désignées, début octobre, pour ces petits gestes qui nous sauveront du désastre :
– les trottinettes électriques, en s’attaquant à leur QR code,
– les bouteilles de Coca™ et de Roundup™, en les débouchonnant pour éviter qu’elles ne soient vendues,
– les stations Total (et pourquoi pas les autres ?), en mettant hors service le système de paiement par Carte bleue,
– les SUV, en dégonflant les pneus,
– les lobbies du sucre, en crevant les paquets dans les supermarchés.

C’est facile, pas cher et ça peut rapporter gros, dit la Ronce… qui ne voit pas plus loin que ses épines.

Valeurs actuelles dresse un premier bilan de l’opération « Épine sucrée », lancée après que l’Assemblée nationale a voté la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes pour sauver la betterave de la « jaunisse grave ». Une maladie transmise par un puceron, véhicule de deux virus assassins : le Beet chlorosis Virus et le Beet mild yellowing virus. Des Covid betteraviers, en somme…

La France compte 26.000 planteurs de betteraves qui, en moyenne, ont 17,3 hectares de betterave sucrière sur leur exploitation. Des planteurs qui voient leurs champs jaunir à vue d’œil et ont imploré une dérogation pour l’utilisation des néonicotinoïdes, seuls susceptibles de sauver leurs récoltes. Le camp du Mal, donc. Heureusement, les Ronciers ont enfilé leurs collants de super-héros et fondu sur les rayons sucre des supermarchés.

Après le dégonflage des pneus de SUV, qui a démarré, ce lundi 9 novembre, l’opération « épine sucrée » qui « consiste à demander à ses sympathisants d’ouvrir des paquets de sucre, d’enlever les opercules sur les paquets souples, d’ôter les bouchons déverseurs et de répandre le sucre dans les supermarchés ». Pour les maladroits qui ne sauraient pas comment s’y prendre, un tutoriel « invite les vandales à porter des habits différents à chaque passage en supermarché, à porter un masque (sic), à agir avec rapidité d’exécution, à privilégier le débouchage dans le chariot plutôt qu’en rayon », etc.

Le collectif, écrit Valeurs actuelles, se vante d’avoir reçu 2.000 réponses de ses sympathisants. Le bilan : 1.407 personnes ont débouché entre 1 et 5 produits et 154 personnes auraient dégradé plus de 20 paquets de sucre chacune, entraînant une rupture de stock dans 182 supermarchés. Carrefour, dans une note interne, rapporte que « 55.000 paquets de sucre au total ont été dégradés » et signale que « le collectif semble s’organiser pour continuer de mener son action ». Dans le respect des gestes barrières et de la distanciation sociale, n’en doutons pas. La Ronce confirme : si la grande distribution ne retire pas « ses sucres de betteraves aux néonicotinoïdes tueurs d’abeilles […] », « nous serons pour eux le “dard de ces abeilles assassinées” ».

Ces héros des temps modernes, écolos répressifs mais pas botanistes, ignorent que la betterave est une racine qui… ne fait pas de fleurs. Le produit honni sert à l’enrobage des semences ! Qu’importe. Et tant pis si le débouchage des bidons de Roundup™ et autres substances toxiques met en danger le personnel et les clients : les militants de La Ronce incarnent le Bien, « et pis c’est tout » !

11 novembre 2020

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