La maison de couture Matières Fécales, nouvelle star de la mode
Dans la dernière livraison de Madame Figaro, rapportant les potins de la montée des marches, au festival de Cannes, on tombe sur ce titre accrocheur : « Demi Moore, un paquet cadeau en Matières Fécales sur le tapis rouge ». Le naïf pense à un attentat canin. Non point. C’est le nom de la nouvelle maison de couture dont le monde de la mode et du spectacle s’est entiché.
Subversif mais écoresponsable
La robe est rose bonbon, froufroutante ; Demi Moore a l’air d’une grosse papillote emballée dans du taffetas, un énorme nœud lui barrant la poitrine. C’est l’attraction de ce samedi 16 mai. Mieux : c’est « une apparition enchantée qui a ravi les flashs des photographes, les yeux des fans venus nombreux pour assister à cette montée des marches, et les modeux rivés derrière leurs écrans », écrit Madame Figaro. On s’extasie : la star hollywoodienne ressemble à « Cendrillon avant l’apparition de Marraine la bonne fée », nous dit-on, car les dessous de la robe démentent le dessus : effilochages et haillons sous le jupon de tulle. Il paraît que c’est subversif ! Bof...
On nous annonçait « un paquet cadeau en Matières Fécales sur le tapis rouge », alors on y a cru. On a déjà vu des robes en sacs-poubelle ou, plus appétissantes, des robes en chocolat au salon du même nom, alors pourquoi pas des robes en bouses séchées, histoire de rester dans la teinte. On se dit que tout est possible. Tout et plus encore, car Matières Fécales va bien au-delà de ce que dit son nom, mêlant tous les codes du satanisme dégenré et du nihilisme gore pour mieux vendre sa camelote étiquetée « subversif et écoresponsable ». Le Diable travaille dans le durable.
Repousser les limites du socialement acceptable
Il y a longtemps, déjà, qu’on se pince le nez devant les défilés de mode. Tout a été fait, défait, déstructuré, salopé, souillé, déchiré, piétiné. Longtemps que se déhanchent sur les podiums non binaires des créatures squelettiques et blafardes, figures spectrales du mal de vivre sous ecsta.
Alors, comment se faire un nom chez les « modeux » ? En poussant plus loin encore, se sont dit Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran. Déjà parti à leur rencontre lors de la Fashion Week de mars dernier, où ils présentaient leur premier défilé parisien, Madame Figaro retraçait l’ascension de ces deux « zombies » montréalais. « Robes en latex, épaules de vampires, accessoirisés de multichaînes, contour du corps modifié par des prothèses et chaussures à talons en forme de pieds distordus totalement terrifiantes », leur objectif affiché est bien sûr de « remettre en question les normes de la beauté (but accompli), les dérives de la consommation effrénée et l’hétéronormativité de la société ». Alors, ils postent avec frénésie les mises en scène les plus gore pour « repousser les limites du socialement acceptable ». Et ça marche : de Madonna à Jean-Paul Gaultier, les adeptes du trash en sont fans.
Mais ça, c’était pour épater les réseaux où 860.000 fans les ont suivis. Changement de braquet pour entrer dans le dur du business. Direction la Fashion Week pour ce premier défilé où le gratin du show-biz et de la mode s’est précipité. Pas dans une décharge, ni dans les égouts, ni même un cimetière sous la lune, mais dans les salons très chics de l’hôtel Le Marois, dans le VIIIe arrondissement. Car si elle est folle de Matières Fécales, la jet-set n’aime pas se salir les fesses.
Le comble de l’hypocrisie
On pourrait se contenter de tirer la chasse et laisser Matières Fécales là où il convient, mais cette histoire dit tout de la dérive de notre temps, particulièrement de l’inversion permanente des valeurs quand l’on prétend glorifier le corps en le martyrisant ; quand on vante, chez les deux créateurs, leur « dark side » de la beauté ; quand on prétend qu’ils « remettent en question toutes les certitudes dans un monde où tout est nivelé, que plus rien ne dérange ». On est tenté d'ajouter « sauf le petit peuple », qui a conservé le sens du beau et de la dignité du corps comme de l'esprit, mais celui-là est réputé fasciste.
Extatique après le défilé de Matières Fécales, Madame Figaro concluait ainsi son élogieux papier : « Repousser les portes de l’enfer pour parvenir au paradis ? Diablement malin ! » La provocation trash est devenue chic et désirable.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
LES PLUS LUS DU JOUR



































3 commentaires
C’est consternant ! On aura tout eu et pas plus tard qu’hier, c’était l’emballage du Pont Neuf, aujourd’hui c’est La Maison de couture Matières Fécales, pourvu que ces fadas ne nous inventent pas le parfum qui va avec. En tous cas, pour conclure, on peut dire que ce monde là a des goûts de « chiottes ». Et ça coûte combien ces fadaises ? La France est bel et bien dans le tourbillon de la « déCACAdence ». Pauvre FRANCE !
La mode qui représente la France actuelle, on est chez les fous
La médiocrité s’habille en Matières Fécales . Jour de chance pour les invités il manquait l’odeur !!!