ne veut décidément pas lâcher son siège de 45e président des États-Unis d’Amérique : en dépit d’un comptage de plusieurs jours des voix de chaque État pour glaner le minimum de 270 grands électeurs, le fantasque et controversé homme d’affaires ne semble plus en mesure de se faire réélire, même si son mandat pouvait être couronné de succès, notamment sur le plan économique. Mais le coronavirus chinois passant par là (plus de 238.000 décès recensés), le parti démocrate et son candidat à cette présidentielle, , ont raflé la mise électorale, principalement en incitant au vote par correspondance. Résultat : dans des États clés comme la Pennsylvanie et la Géorgie, l’avance de Trump s’est subitement volatilisée comme peau de chagrin. Puis, le coup de Trafalgar ne s’arrêtant pas là, le réseau social Twitter et les médias de masse ne cessent encore de châtier la bête par actes de censure et ricanements successifs. Alors, pourquoi tant de haine ?

En dehors du fait que ce féroce promoteur immobilier ait attiré bien des inimitiés dans son pays, rien ne devait être pardonné à celui qui avait créé la surprise, il y a quatre ans, en empêchant Hillary Clinton d’accéder à la tête de la Maison-Blanche. Définitivement, Trump a bouleversé l’ordre établi, ce que le Système ne peut supporter. Il y en a bien un dans la mesure où des interdits ne peuvent être brisés, les démocraties modernes ne voulant pas la constitution durable du bloc « social-national » contre le perpétuel bloc « sociétal-libéral ».

En France, le cas Fillon fut probant à l’issue de la campagne présidentielle de 2016-2017 : outre les affaires qui devaient faire chuter le candidat, le fait de remettre en question le statut de la Sécurité sociale et de déclarer être contre l’avortement « à titre personnel » ne pouvaient qu’irriter nos oligarques. Dans tous les cas, s’il y a des tabous, c’est parce qu’il y a des totems. À son échelle, Trump est parvenu à élargir sa base électorale : des Blancs des régions rurales aux chrétiens les plus traditionalistes, des plus pauvres aux plus aisés, y compris au-delà des clivages raciaux qui avaient cours en 2016.

Il fallait donc que les progressistes se radicalisent : à l’aide de sa future vice-présidente, Kamala Harris, Biden n’a fait que flatter les minorités, tant « genrées » que « racisées », ceci allant de pair avec l’idéologie dominante, celle des milieux intellectuels. En bref, le Bien contre le Mal. Comme si le Bureau ovale était occupé par un avatar de Mussolini, voire d’Hitler ! D’ailleurs, dans l’émission « Les Chemins de la philosophie », de France Culture, le discours trumpien a été décrit, le 27 octobre, comme étant ouvertement fasciste par l’universitaire américaine Susan Brison, et ce, sous prétexte que le philosophe analytique Austin avait démontré en quoi dire est faire.

En réalité, le prétendu « cercle de la raison » est, lui aussi, prêt à user de toutes les passions. Et quand le droit se veut vertu, le politique peut aisément appeler à la paix des braves, tel le despote démocratique conçu par Tocqueville en 1840. Toujours est-il que se joue, in fine, entre les démocrates et les républicains la même guerre qu’entre les nordistes et les sudistes d’autrefois, c’est-à-dire entre le fédéralisme et le confédéralisme, si ce n’est entre le contrôle et le sursaut. Comme si la guerre de Sécession ne devait jamais finir… Ultime signe de la crise de l’Occident.

11 novembre 2020

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