[CINEMA] La Vénus électrique, un conte moderne sur les vertus de la duperie

Une agréable surprise...
Copyright Les Films Pelléas
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Ce film est une agréable surprise, et pourtant, son existence tient à peu de choses. En 2016, l’acteur-réalisateur Pierre Salvadori jouait sous la caméra de Rebecca Zlotowski dans Planetarium, un drame tombé dans l’oubli dans lequel il tenait un rôle secondaire, celui d’un cinéaste des années 1930 tournant un film dont le pitch, expliqué hors caméra par la réalisatrice, préfigurait celui de La Vénus électrique. « Dix ans plus tard, confie Salvadori dans le dossier de presse, j’ai écrit et réalisé le film que mon personnage tournait dans celui de Rebecca. »

L’impossible deuil

Le récit se situe dans l’entre-deux-guerres, à la veille de la crise de 1929. Suzanne gagne sa vie en tant que foraine à la sortie de Paris, sous les ordres de l’imposant Titus. Son attraction, « Venus electrificata », consiste alors à offrir un « baiser électrique » aux visiteurs, c’est-à-dire à se laisser électrocuter pendant qu’elle les embrasse sur la bouche, de manière à leur transmettre la décharge, figurant ainsi la puissance de l’amour. Une corvée quotidienne qu’elle accomplit sans grand talent ni conviction, Titus estimant en effet que les spectateurs ressentent l’électricité mais pas la Vénus…

Un soir, Suzanne se faufile dans la roulotte d’une collègue de travail, une médium, et doit, sur un malentendu, la remplacer quelques instants : un peintre alcoolisé, Antoine Balestro, éploré par le décès récent de sa compagne Irène, lui met le grappin dessus et demande à pouvoir communiquer avec la défunte. Suzanne fait mine de lui offrir ce service, à coups d’effets et d’artifices, et s’en tire aisément sans éprouver le moindre scrupule, d’autant qu’Antoine est plutôt généreux de ses billets… Le lendemain, la fausse spirite renouvelle la séance au domicile de l’intéressé. Prise aussitôt la main dans le sac par Armand, l’ami et mécène du peintre, elle trouve rapidement un accord avec ce dernier : poursuivre, moyennant finances, les fausses séances, redonner ainsi le goût de vivre à Antoine, et surtout l’envie de peindre… Un objectif à la fois bienveillant et intéressé, puisque le mécène et la foraine ont parfaitement conscience de l’argent à gagner sur le dos de l’artiste. Ce que ni l’un ni l’autre n’avait prévu, hélas, c’est que Suzanne développerait des sentiments pour l’homme qu’elle manipule, sa « victime ». Car, contrairement aux visiteurs de la foire, le peintre éprouvera aussi bien « l’électricité », le frisson de l’occultisme, que la passion de Vénus…

Le retour à la vie par l’amour naissant

Récit vaudevillesque d’une escroquerie au doux parfum de pieux mensonge, La Vénus électrique, avec ses quiproquos en série et son plaidoyer pour la vie, n’est pas sans évoquer un certain cinéma classique des années 1930, hérité du théâtre, et en particulier les films de Marcel Carné dont la magie se retrouve ici dans l’intérêt pour l’au-delà et les mystères des jeux forains. Si la très solaire Anaïs Demoustier apporte au rôle de Suzanne toute son espièglerie et sa vivacité, rendant facilement crédible ce retour à la vie par l’amour naissant, Pio Marmaï et Gilles Lellouche surprennent par des rôles plus taciturnes qu’à l’accoutumée. L’amitié qui lie leurs deux personnages, chargée de non-dits et hantée par la figure d’Irène, est un élément moteur que le cinéaste a l’intelligence de ne pas négliger au profit de la romance.

4 étoiles sur 5

 

https://www.youtube.com/watch?v=T3IiNgAyLPo

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 20/05/2026 à 13:48.
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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

7 commentaires

  1. Voici un beau film Français avec de bons acteurs, léger, féerique, drôle et émouvant avec des décors délicieux nous rappelant une époque révolue qui n’existe plus aujourd’hui et , comme toujours, il faut que les spectateurs Français crachent sur les films et le cinéma de leur pays. Les commentaires que j’ai lus ressemblent à la détestation générale de la France, la stigmatisation de tout ce qui est Français qui va jusqu’au masochisme qui et ressemble fort aux discriminations de la France faites par les gauchistes sur tout ce qui sent bon la France belle et éternelle. Ce qui est surprenant c’est que cette détestation apparaisse jusque dans les commentaires de BV. Heureusement ces avis anti cinéma Français, trop souvent écrits par un public qui a oublié quelles sont ses racines, n’empêche pas ce beau film d’obtenir un 70% d’avis favorables sur le site de cinéma bien connu TMDB (themoviedb.org), qui est un site international et les étrangers adorent le cinéma Français. Messieurs les détesteurs du cinéma de votre nation je ne vous salue pas. Merci beaucoup à Pierre Marcellesi pour ce bel article.

    • Je partage totalement votre avis Baronnedumanoir.
      Je me demande d’ailleurs si ceux qui crachent sur le film ont pris la peine d’aller le voir

    • Vous parlez comme si tous les films français étaient bonsbet tous les étrangers aimaient le cinéma français…
      Comme si la France c’est forcément bien et l’étranger forcément mal, sauf s’il aime la France.
      Si le film est français, il est sûrement bien. Si on n’a pas aimé, c’est qu’on est pas un bon français…

  2. Voilà bien un film à la fois pompier et pompé. Il est né des Enfants du Paradis de Marcel Carné et de Woody Allen, Every One says I love you. Au premier il emprunte l’ambiance barnum, kermesse, fête et foire, au second, la lecture psy de séances d’analyse à oreille ouverte quand on écoute aux murs. Une medium peut donc mystifier un peintre devenu grand et riche en lisant le journal intime de sa relation avec son amante disparue qu’il continue à aimer comme un fou. Peintre donc naif de la psy naïve et gogo, génie de la bêtasserie amoureuse à combustion post-mortem. Exactement le portrait que lui taille à dessein le scénariste. La grosse idée, lourdinge, le vieux truc de papa Freud, autrement plus cosmique avec Sigmund, est la substitution des personnalités par le système du divan qui mélange les moi. La sirène du cirque va donc, fric aidant, et lecture du diary intime de la disparue, réaliser une escroquerie au souvenir. Cette belle âme, d’abord rétive, se laisse convaincre par le marchand du peintre, ici Gilles Lellouche, affublé d’une canne, de guêtres blanches et de croquenots bicolores à la Julot casse-croûte. Ses croûtes à lui, il les vend et comme son poulain est en panne inspirante suite à la disparition de l’élue allée au ciel, il compte sur la médium de foire pour relancer son affaire. L’art et l’argent, le monde ne connaît que ça ! Oui mais que vient faire ici l’électricité, vous avez bien dit que Vénus l’était. Ah, vous oubliez que c’était une fée au foyer quand elle est apparue. On la branche et ses lèvres vous mettent le coeur en branle. Aucune hésitation, entrez et jouissez, le Chef du barnum raccole, met le courant, et Vénus embrasse. Elle embrasera encore, quand, comme un cheveu sur la soupe, sur la fin, notre Vénus refusera les avances de ce scélérat de patron qui compte ses sous (encore un emprunt à Carné6 prévert) et mettra tous les volts de sa machine infernale au service de l’enfer. Bon, mais alors tout est nul dans cette production qui sent quand-même le pognon qu’on a voulu en tirer, car l’inconscient ne ment jamais ? non, il y a des belles scènes d’ambiance du Montparnasse des peintres d’antan (un peu d’art dans cet océan pourri), un peu de fleur bleue qu se balade ici et là dans des plans printaniers, un jeu des acteurs qui y croient, ils font bien leur métier. mais quel flop quand-même de cette copie ratée, de ce film de copistes empruntés. On voit bien ce qu’ils ont voulu faire, élever un vaudeville à la dignité d’un drame, mais ils l’ont farçi de tant d’insignifiances inventées qu’ils ont nui à leur intention. Le grotesque aurait pu être sublime : le peintre encordé à l’envers, ratant son suicide, échange les dernières vérités avec son marchand-psy, assis qui lui dit tout par le menu. Parce que la véritable histoire est ce plan à plusieurs courants, les sentiments mêlés. Truffaut n’avait pas fait les écoles du cinéma, il l’avait vu, et il avait créé, notre « belle équipe » est restée en arrière : des peintres du dimanche.

  3. Pas encore de commentaires ?
    Un article incongru, sans trace d’islamophobie et déclin français ?

Commentaires fermés.

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