Audio - Editoriaux - Entretiens - Justice - Polémiques - 9 juillet 2019

Philippe Bilger : « Relaxe de Bernard Tapie : le facteur humain l’emporte presque sur le juridique ! »

Ce mardi 9 juillet, le tribunal correctionnel a prononcé la relaxe générale de Bernard Tapie dans l’affaire de l’arbitrage Adidas-Crédit lyonnais.

Réaction de Philippe Bilger pour Boulevard Voltaire.

Visiblement les accusations d’escroquerie concernant Monsieur Tapie sont en train de s’effondrer.
Pouvez-vous nous rappeler l’essentiel de cette affaire Tapie qui court depuis quelques années maintenant ?

C’est très dur de rappeler cette affaire. Je crois qu’au départ, elle paraissait comme le plus grand scandale du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Il avait été dénoncé en premier par François Bayrou. En définitive, il se serait caractérisé d’abord par le choix d’un arbitrage, au détriment d’un processus judiciaire qui aurait dû aller jusqu’au bout. Et dans une seconde phase, par un arbitrage frauduleux.

Aujourd’hui, la justice tendrait à s’apercevoir que Bernard Tapie ne peut être condamné pour escroquerie.

C’est un peu compliqué. J’espère avoir été le citoyen qui s’informait. J’ai l’impression que tout cela résultait d’une gigantesque manœuvre frauduleuse. Je dis bien le citoyen que je suis. J’avais cette impression, mais je n’irais pas contredire une juridiction qui avait le dossier sous les yeux et qui a connu tous les tenants et aboutissants. Cette juridiction a décidé de relaxer l’ensemble des prévenus. J’ajoute que lorsqu’on lisait les comptes rendus judiciaires, il était évident que la tonalité allait plutôt vers la relaxe. C’est ce qui s’est produit.
Je trouve cette relaxe générale étonnante, mais encore une fois, je n’ai pas les éléments techniques, ni la légitimité pour la discuter. Je constate que le tribunal et la présidence, dont on avait dit grand bien, ont pris cette décision générale.
Pour ma part, le facteur humain l’emporte presque sur le point de vue juridique, alors que la santé de cet homme est dramatique. D’une certaine manière, l’homme Bilger est content qu’on n’en rajoute pas.
Quoi que Stéphane Richard ait pu me faire, à partir du moment où Christine Lagarde a bénéficié d’une indulgence infinie, j’aurais presque pu trouver indécent le fait qu’on le condamne très sévèrement.
Pour ma part, j’estime, malgré ses dénégations, qu’il avait peut-être partie liée avec sa ministre.
Sur le facteur humain, je suis content pour Bernard Tapie. J’ajoute qu’il était temps d’en finir avec cette affaire qui traîne depuis 2007.

On n’a jamais réussi à arracher cette affaire financière de l’affaire politique en elle-même. C’est deux aspects sont-ils liés?

J’ai cru comprendre que le tribunal évoquait les multiples sollicitations que Bernard Tapie avait faites auprès des politiques. Cette affaire laisse planer beaucoup d’ombres et fait peser beaucoup de suspicions sur les rapports entre le politique et le financier. On ne peut pas forcément démontrer la réalité d’une infraction pénale. Il est tout à fait concevable qu’on ait le sentiment d’un immense malaise. Mais ce malaise n’a semble-t-il pas pu trouver une traduction pénale suffisamment forte pour condamner.

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