Editoriaux - Union Européenne - 9 juillet 2019

La défaite de Tsípras ne sera pas pour autant le salut de la Grèce !

Quiconque a une culture classique éprouve une gratitude infinie pour la Grèce hellénistique. Nous lui devons tout ce qui fonde une civilisation humaniste : raison, science, démocratie, valeurs qui, petit à petit, sont devenues la matrice morale de l’humanité. Puis, Byzance a transmis ce patrimoine et défendu l’Occident contre la menace ottomane.

Aussi, quand on lit à quel point son peuple charmant, après avoir défendu l’Occident contre la menace ottomane et subi l’occupation des Allemands nazis, est, à présent, victime des agences de notation de l’Union européenne, de l’Allemagne, de l’immigration, mais aussi de l’émigration de ses jeunes et… de Tsípras, on se prend à espérer que le nouveau gouvernement de Kyriákos Mitsotákis (« Nouvelle Démocratie ») puisse le sauver. Mais sans pouvoir y croire, hélas.

Le bilan de Tsípras, bobo gauchiste, fils de bonne famille, est méprisable. Communiste mondain, athée revendiqué, il a tenté d’entretenir, à peu de frais, son image d’homme de gauche en recourant au « sociétal » : laxisme pro-immigration, pacte d’union civile, possibilité de changer de sexe à l’état civil sans constat médical, ouverture du droit d’être famille d’accueil pour les couples de même sexe. Toutes ces aberrations sociétales n’ont pas suffi à masquer l’imposture morale, politique, économique et sociale, et l’incompétence si ce n’est l’inintelligence.

Les Grecs n’ont pas oublié que, malgré leur « non » référendaire de 2015 (61,3 %) au nouveau plan des créanciers, Tsípras les a soumis à une diète terrible, stupide et inefficace. Passé les rodomontades, les Grecs ont réalisé qu’ils se retrouvaient dans une situation familiale pire qu’en 2015, sans oublier le désastre de la « gestion » des incendies. Le bilan de Tsípras, qui a renié sans pudeur ses engagements sociaux, plombe définitivement l’avenir. Porté au pouvoir en 2015 par une folle espérance, il a trahi sa parole et s’est couché devant la finance relayée par Juncker, Draghi, Moscovici et Merkel.

La Grèce n’avait pu entrer dans l’euro qu’en raison d’« études » de complaisance vendues par Goldman Sachs (La Tribune, 9 mars 1996), qui ne fut jamais poursuivi pénalement. La Grèce illustre l’inanité pour une économie fragile d’avoir une monnaie forte. Afin d’éviter la contamination de la zone euro, trois plans de redressement comptable et financier lui ont été imposés sous la double tutelle de la BCE et du FMI (tiens ?). Moyennant le versement de près de 300 milliards d’euros scripturaux. À rembourser… Et évaporés. On prête à la Grèce l’argent qu’elle doit rembourser en s’endettant un peu plus. L’exercice budgétaire de 2017 n’a fait apparaître que 18 milliards d’euros de recettes fiscales nettes et les dépenses n’ont pas dépassé 19 milliards (compte non tenu du produit des privatisations ou des émissions d’obligations et des emprunts). Et la Grèce devra rembourser, à partir de 2022, 75 % de cette dette alors qu’il ne reste plus rien à privatiser. Tsípras, gauchiste obéissant à la finance, a augmenté les impôts (notamment une TVA à 24 % !), réduit les retraites, privatisé, vendu aux étrangers ce qui restait à vendre, notamment, aux Chinois, Le Pirée, un des plus grands ports de la Méditerranée, devenu une tête de pont de leurs exportations dumpées et mortifères. Des appartements vendus (par qui ?) au double de leur valeur (250.000 €) ont permis – selon une conception dévoyée de ce qu’est un investissement – à 30.000 Chinois d’obtenir la carte de résident et de circuler partout en Europe.

Jusqu’à la dernière minute, Tsípras a menti, prétendant que les comptes de l’État étaient apurés et le chômage abaissé. Alors que la dette grecque atteint plus de 180 % du PIB et que 400.000 jeunes ont dû s’exiler de leur terre natale, ainsi soustraits des statistiques. En 2019, 40 % des jeunes sont au chômage, un salarié grec sur trois travaille à temps partiel pour un salaire net de 317 euros, inférieur à l’allocation de chômage de 360 euros, la pauvreté restant la plus élevée de la zone euro, avec 34,8 % de la population exposée au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale.

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