Selon une étude Ipsos/Sopra Steria réalisée pour Le Monde, la fondation Jean-Jaurès et l’Institut Montaigne, publiée lundi 14 septembre, les Français sont majoritairement favorables au rétablissement de la peine de mort : 55 % des Français (+11 points sur 2019, +4 par rapport à 2018), un record, estiment qu’il « faudrait rétablir la peine de mort en France ».

Analyse de Philippe Bilger au micro de Boulevard Voltaire.

Les Français sont majoritairement favorables au retour de la peine de mort. Ce sondage est sorti hier et agite l’opinion publique. Que révèle ce sondage sur l’état de ce pays ?

Ce n’est pas la première fois que l’on évoque la peine de mort. Au fil des années, et à chaque fois qu’il y avait un crime odieux, il y avait des pulsions de peine de mort qui surgissaient ici ou là. Pour la première fois, on a un sentiment, très majoritaire, des Français en faveur de la peine de mort. 55 % des Français sont pour le rétablissement de la peine de mort.

Êtes-vous pour ou contre la peine de mort ?

Je suis contre la peine de mort. Elle existait quand j’étais avocat général, mais je n’ai jamais eu à la requérir sur le plan de la gravité criminelle. Si j’avais eu à le faire, je ne l’aurais pas fait. Contrairement à ce qu’on a prétendu, tous les partisans de la peine de mort n’étaient pas des obtus et des sanguinaires. À tous les arguments humanistes que l’on pouvait promouvoir pour abolir la peine de mort, on aurait pu en prévoir d’autres qui auraient pu justifier son maintien.
Dès lors qu’on laisse le débat sur le plan de la morale et de l’humanisme, on ne peut pas convaincre. En réalité, il faut faire passer qu’une sanction absolue comme la peine de mort exigerait une justice absolue. Ce n’est évidemment pas le cas.
Pourquoi y a-t-il, tout à coup, une telle majorité ? Le Français a été floué en 1981. Il n’a pas eu le droit à un vrai débat démocratique. Même s’il y a eu le courage de François Mitterrand, on nous avait promis une perpétuité réelle pour une substitution à la peine de mort. Elle n’est jamais venue directement. Certes, on peut avoir une perpétuité réelle, mais dans de très rares circonstances. Il y a donc là une violation de la promesse politique en 1981 et un débat démocratique trop pauvre.
Je crois que la pulsion de peine majoritaire pour la peine de mort est, aujourd’hui, la conséquence de la montée considérable de l’insécurité des crimes et des délits, notamment du sentiment justifié du citoyen que l’exécution des peines est une faillite absolue. Cela peut paraître paradoxal parce que la peine de mort n’aurait pas été appliquée à l’ensemble des transgressions qui mine notre société. Je crois qu’il y a un climat délétère de faiblesse, de laxisme et de non-exécution des peines qui fait que la peine de mort apparaît dans l’espace comme une sorte de panacée universelle (sic) et revient en masse pour occuper l’esprit du citoyen.
Cela révèle aussi le regard sombre que le pays porte sur lui-même. Le sondage sur lequel vous vous fondez évoque que la France est en déclin. Je l’approuve absolument, même si chacun a sa conception du déclin. Cela montre tout de même que la France se regarde d’une manière infiniment pessimiste, sombre et sombrement lucide. Le désir d’une peine de mort qui revient de manière majoritaire est paradoxalement aussi la conséquence d’une sorte d’assombrissement du pays dans le regard qu’il porte sur lui.

Un pays qui va bien n’a finalement pas besoin de la peine de mort… Cette dernière est une réponse facile à un problème beaucoup plus profond.

On ne peut pas persuader le citoyen de l’inutilité de la peine de mort par des arguments moraux, mais uniquement par des arguments techniques. À partir du moment où tout le monde s’accorde sur le point de savoir que, même si je défends l’institution judiciaire, ce n’est pas une justice absolue, on peut comprendre qu’on ne peut pas appliquer à une justice qui n’est pas absolue une sanction qui l’est.
La pulsion de peine de mort, aujourd’hui, c’est la rançon d’un pays qui n’est pas bien et qui n’a pas une justice pénale qui fonctionne correctement, notamment sur l’exécution des peines et la fermeté du langage régalien.

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