Émoi dans les chaumières cossues de la bien-pensance médiatique : les Français gavés depuis des décennies de bons sentiments sirupeux, de pathos, de tartines d’excuses sociales pour tout et n’importe quoi seraient pour la peine de mort, d’après un sondage Ipsos-Sopra/Steria pour Le Monde, la fondation Jean-Jaurès et l’Institut Montaigne. 55 % voudraient son rétablissement, soit 11 % de plus que l’an dernier. Une vague brune ! Quelle mouche a piqué ces Français ? Est-ce seulement conjoncturel, lié à une séquence de drames qu’un pouvoir inconséquent voit comme des incivilités ?

Pas question de gloser, ici, à l’infini sur l’insécurité, son évolution, ses causes et surtout la façon dont elle serait ressentie par les Français. Le sujet n’est pas, non plus, le laxisme judiciaire ou l’absence de moyens qui interdit à la justice d’être efficace depuis plus de deux siècles.

Les arguments laïcs hostiles à la peine de mort sont nombreux. Elle n’est pas dissuasive, sinon la criminalité se serait éteinte lorsqu’elle était possible et effective. Elle ne permet pas de réparer les erreurs judiciaires éventuelles, une fois appliquée. Elle ne cessera jamais de trop ressembler à une vengeance, et la vengeance n’est pas la justice. Mais pour les chrétiens, il y a aussi que la société ne peut pas demander à un bourreau d’enfreindre le « Tu ne tueras point ». Et, surtout, qu’une fois exécutée, il n’est plus possible au condamné de se tourner vers Dieu, à supposer qu’il en ait besoin. Combien de Jacques Fesch n’ont pas eu le temps de se convertir avant de voir le bourreau mettre fin à leur vie ? Le pape François a eu (je pense) raison d’inscrire au catéchisme de l’Église catholique que la peine de mort est inadmissible.

Mais halte à l’hypocrisie, Messieurs et Mesdames les indignés de pacotille !

L’euthanasie et le suicide assisté sont vendus par les syndicats de la mort en blouse blanche comme une panacée au mal mourir. Au lieu d’exiger que soit effectif le « mourir bien » promis à tous par la loi Leonetti de 2005 sur le déploiement de la médecine palliative, ils veulent à tout prix un « mourir vite », avec les dérives que l’on constate en Belgique. Vos réquisitoires contre ces inconséquences n’encombrent pas l’espace médiatique.

Au prix de la vie d’un homme, les mandarins de l’hôpital de Reims n’ont pas perdu la face. La peine de mort prononcée par le Conseil d’État à l’encontre de l’innocent de tout crime Vincent Lambert, en urgence et alors qu’un recours international n’était pas échu, ne vous a guère mobilisés : vous aviez piscine ?

La mise à mort in utero de 96 % des fœtus diagnostiqués d’une trisomie 21 ne fait pas, non plus, la une de vos éditos qui dénonceraient à juste titre un eugénisme des plus délétères. Ceux qui voudront voir ici un point Godwin sont libres de leur opinion, je l’assume.

L’avortement est passé, en 45 ans, de crime dépénalisé à droit fondamental de tuer le plus faible. Il est remboursé intégralement et n’est pas, pour les jeunes filles mineures, de la responsabilité de ses parents. Inciter à avorter était, jadis, un délit ; c’est, dorénavant, dissuader d’avorter qui en est devenu un. Il y a même, dans les tuyaux législatifs, la possibilité de légaliser un avortement qui serait commis jusqu’à la naissance en invoquant une très vague détresse psycho-sociale. Mais où lire votre révolte contre cette atteinte au droit de vivre ?

Les exceptions au droit à la vie se multiplient, et ce droit est par conséquent de moins en moins fondamental. « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit » figure pourtant à l’article premier de la Déclaration des droits de l’homme. Avant, la société guillotinait des coupables ou ceux qu’elle tenait pour tels. Maintenant, ce sont des innocents, mais dans l’asepsie. Ce doit être ça, la civilisation !

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