Accueil Audio Philippe Bilger : « Dès que le procès Fillon a commencé, il y avait déjà une présomption de culpabilité »
Audio - Editoriaux - Entretiens - Justice - 29 juin 2020

Philippe Bilger : « Dès que le procès Fillon a commencé, il y avait déjà une présomption de culpabilité »

a été reconnu coupable en première instance et condamné à cinq ans de prison, dont deux ferme. Son épouse, elle, a été condamnée à trois ans de prison avec sursis et 375.000 euros d’amende. François et Penelope Fillon ont fait appel. Philippe Bilger analyse ce verdict.

François Fillon jugé coupable, condamné à cinq ans de prison, dont deux ferme, et dix ans d’inéligibilité. Que pensez-vous de ce verdict ?

La condamnation est sévère, mais pas injuste. Les infractions étaient graves. Dès lors qu’on les estime établies, le tribunal était normalement chargé d’appliquer la loi. Je ne me donne pas une lucidité rétrospective, mais avant même le procès, et à partir de ce que je connaissais de la défense et de l’argumentation du couple Fillon, j’étais très inquiet pour son sort judiciaire. Je considérais que sa cause, telle qu’il la prévoyait, était indéfendable et qu’il risquait d’être condamné avec son épouse.
Il avait choisi une défense tout à fait estimable, mais très classique. Sera-t-il peut-être temps de faire appel ? À mon avis, cela ne changera guère puisqu’il y aura une petite atténuation de la peine. En appel, il aura tout intérêt à casser la « baraque ». La défense pourra ainsi intégrer ce que l’on a appris avec le scandale judiciaire de l’ouverture de l’information. Cela ne pouvait pas être plaidé dans le premier procès. Il y a une séparation radicale à faire qui n’a pas été bien comprise par sa défense. Il y a le procès lui-même et les infractions qui lui sont reprochées telles qu’elles ont été retenues. C’est un tout autre registre.
Il plaide évidemment la relaxe, mais on peut considérer qu’il y a des éléments sérieux contre lesquels on n’a pas produit de preuves contraires irréfutables. On peut discuter la motivation du tribunal et certaines notations plus morales que juridiques. Pour l’instant, il n’y a pas de scandale judiciaire.
Maître Antonin Lévy a fait une déclaration en disant qu’il allait y avoir un appel et que l’on pourrait dénoncer le scandale. Je ne crois pas qu’une métamorphose radicale ait lieu, même en cassant la « baraque ». Dès que le procès avait commencé, il y avait déjà une présomption de culpabilité politico-médiatique. En tant que citoyen qui a beaucoup lu sur les débats, elle a été confirmée par le procès.

Que la Justice ait condamné François Fillon prouve qu’il y a bien une affaire Fillon. Néanmoins, cela fera-t-il oublier les pressions dénoncées par le parquet ?

Je n’en sais rien. En appel, la défense pourra plaider ce scandale-là et sera prise en compte. C’est une évidence.

À lire aussi

En marche pour le mercato politique : mes pronostics pour le nouveau gouvernement

Pour le président de la République, je n'ose pas m'avancer. Il y a de la droite en lui, ma…