On disait de Macron qu’il avait renversé l’échiquier politique, enterré les vieux partis… Il n’en aura changé que les étiquettes.

La gauche, exsangue, hagarde, déboussolée, ne savait à quelle idée consensuelle se raccrocher. La lutte des classes sentait sa ringardise à plein nez, surtout dans un pays où « l’ouvrier » devenait une denrée rare, sinon exceptionnelle. Et si la conversion à l’Europe, la mondialisation heureuse, le bien commun, le vivre ensemble restaient tendance, c’était là des thèmes trop largement partagés ; les appareils politiques et leur clientèle se gargarisaient des mêmes mots, se disputaient un os rongé jusqu’à la moelle. Les idées que la gauche inoculait depuis un siècle, avec notamment le primat de l’économique sur le politique, ces idées avaient fait leur œuvre et imprégnaient toute la société ; on avait donc jeté l’inoculateur, comme on le fait d’une seringue usagée.

Alors Jadot est arrivé ! Avec sa foi, ses croyances et sa religion (un peu de panthéisme, un tiers d’utopie et beaucoup d’ignorance). Un succès logique aux élections européennes le place en tête de tous les partis de gauche. Ces derniers voient aussitôt le moyen de se refaire une santé sous les oripeaux des écologistes. Le succès des écolos aux municipales de dimanche n’a pas grand-chose à voir avec Dame Nature et s’explique aisément si on observe qu’en aucune grande ville ils n’ont recueilli, seuls, la majorité des suffrages. Là où ils l’emportent, c’est une stratégie d’union des gauches qui gagne. Les écologistes deviennent et le rassembleur et le moteur de cette union. Cette stratégie gagnante pour le PC ou le PS laisse sur la touche la « France insoumise » qui va forcément avoir des difficultés à sortir de l’impasse où elle s’est, par manque d’analyse, engouffrée ! Mais partout, avec un taux d’abstention record qui devrait interroger sur notre mode de représentation, la gauche conquiert de grandes villes, avec moins d’électeurs qu’aux européennes.

Ce que la gauche semble avoir réussi, la droite (qu’elle soit légitimiste, orléaniste ou bonapartiste, pour reprendre la classification toujours valable de René Rémond) s’entête à le refuser ! Pourtant, entre l’urgence environnementale, inventée à gauche, et l’urgence identitaire, dénoncée à droite, il n’y a rien. Là est le vrai clivage, là sont les deux blocs, les deux conceptions de l’homme dans son milieu.

Si l’environnement porte à la globalisation, l’homme porte à l’individualisation ! L’affrontement, du moins la confrontation, est inévitable. Et, à droite, pour l’emporter, il faudra bien plus que ces sempiternelles concessions à l’écologie politique, mais un discours consensuel, rassembleur, qui jetterait un regard lucide, voire tragique, sur notre condition humaine… Frères, qui après nous vivrez, sachez que Français vous resterez.

À lire aussi

Le télétravail : une bombe à retardement !

Le télétravail, tel le cheval de Troie, porte en lui une refonte inéluctable des relations…