« Pas de trêve de Noël pour les djihadistes » pourrait être le titre d’un 201e roman de politique-fiction de feu Gérard de Villiers, comme suite à son Putsch à Ouagadougou écrit en 1984, comme toujours bien informé. Ces romans, dont la fiction a souvent précédé la réalité, restent une leçon mémorielle et pédagogique d’histoire. Qu’on en juge par quelques exemples.

Au Burundi, le visionnaire SAS broie du noir, paru en 1967, met en scène la haine entre Hutus et Tutsis annonciatrice du génocide rwandais de 1994, qu’il traitera en 2000 dans Enquête sur un génocide ; Guêpier en Angola se déroule à l’époque de Jonas Savimbi, en 1975, sur fond de révolution portugaise des œillets qui a mis fin à la dictature lazariste ; Panique au Zaïre, en 1978, alors qu’Européens et Américains rivalisent d’actions de déstabilisation autour de la destitution programmée de Mobutu ; en 1981, Le Complot du Caire évoque l’assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate par des extrémistes islamistes ; La Piste de Brazzaville, en 1991, à une époque où les tensions politiques tribales préparaient déjà la guerre civile de 1997 ; Coup d’État à Tripoli, en 1992, où se joue une tentative de coup d’État manqué contre le colonel Kadhafi ; Zaïre adieu, en 1997, tentative prémonitoire de renversement de Laurent-Désiré Kabila par d’ex-mobutistes revanchards ; Féroce Guinée, en 2010, sur le financement d’AQMI par les narcotrafiquants colombiens, par le trafic de drogue vers le Maghreb via la Guinée-Bissau ; Les Fous de Benghazi, en 2012, controversé pour avoir divulgué des secrets sur la CIA en Libye qui auraient contribué à la mort, six mois plus tard, de l’ambassadeur américain Stevens et pour avoir suggéré que le Qatar financerait l’islamisme radical – thèse dénoncée alors par Hubert Védrine mais dont on découvre la réalité, notamment en France, par le financement actif des Frères musulmans.

Revenons à Putsch à Ouagadougou, d’une actualité brûlante. Il s’agissait alors, pour l’agent (fictif) de la CIA Malko Linge, de renverser le capitaine putschiste Thomas Sankara (réel), révolutionnaire socialiste, pour le remplacer par un responsable réfugié en Côte d’Ivoire. Assassiné en 1987 alors qu’il présidait le pays depuis quatre ans, la mémoire du « Che Guevara africain » reste vénérée, de nos jours, au Burkina Faso et bien au-delà sur ce continent. Aujourd’hui, la présence, en Côte d’Ivoire, de l’ancien président Blaise Compaoré, qui lui a succédé, chassé par son peuple en octobre 2014, illustre combien l’Histoire semble parfois bégayer.

Or, le Burkina Faso, comme le Mali et le Niger, est depuis plus de cinq ans le théâtre de fréquents attentats terroristes dont les médias font le lancinant bilan meurtrier macabre, et les gouvernements celui de leur impuissance (71 militaires tués, le 10 décembre dernier, au Niger, 42 tués au Burkina, la veille de Noël). Alors que les populations civiles sont massacrées et les futurs enfants soldats kidnappés dans des villages isolés, les militaires sont attaqués dans leurs camps retranchés. La proie est devenue le chasseur.

On a déjà décrit, ici, « les raisons inavouées de l’échec du Sahel » : son constat accablant et son diagnostic inquiétant qui appellent un traitement global et une meilleure gouvernance car la criminalité économique, financière et en col blanc alimente le terrorisme.

L’échec relève bien davantage de la défaillance des États et des mécanismes de coopération avec la communauté internationale que de l’efficacité supposée de bandes de sauvages qui s’abattent comme des nuées de criquets sur leurs cibles lors de raids furtifs à moto.

Il est temps de cesser l’hypocrisie et de « clarifier la situation », comme l’annonce le Président Macron en vue du sommet du G5 Sahel qui se tiendra à Pau, le mois prochain. Des paroles politiques aux actes, il n’y a qu’un pas… de géant.

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