Cinéma - Culture - Editoriaux - 25 juin 2019

OSS 117, c’est la France !

Belle interview que livre Jean Dujardin au Point du 19 juin. On y découvre, sans vraie surprise, un acteur populaire au meilleur sens du terme : simple, humble, seulement guidé par le plaisir (le sien et celui qu’il donne à son public), sans grandes idées éculées sur le « salutaire » ou « nécessaire » devoir des saltimbanques de s’engager pour des causes « sociétales ». Réflexions intelligentes sur la complexité de l’esprit humain, phrases bien senties sur la dictature de la transparence et l’horreur sans visage des réseaux sociaux : du bon sens et de la lucidité. On en redemande.

La critique dit parfois de lui que c’est le nouveau Belmondo : impossible en 2019. Le second degré et la dérision perpétuelle d’un côté, le règne des films chiants de l’autre, ont fermé cette voie. Et d’ailleurs, à quoi bon être à nouveau quelqu’un d’autre ? En revanche, Jean Dujardin est bien un acteur à l’ancienne ; il en a le panache et la désinvolture, il en a la tessiture, qui va de la noblesse à la bouffonnerie.

Le public l’a acclamé dans le rôle d’OSS 117, célèbre héros de Jean Bruce, distordu par la caméra de Michel Hazanavicius. Dujardin évoque, à ce propos, le troisième volet de la série, dont le tournage a été confirmé. OSS 117 est, pour lui, un héros très politiquement correct parce que l’on rit de tout ce qu’il est et représente, comme Brice de Nice. Mais en est-on sûr ?

Je me demande si, à rebours de ce que voulaient les créateurs de la série (faire rire de la France d’avant, pour faire court), OSS 117 n’est pas plutôt le cliché nostalgique de ce que nous avons aimé être. Ce type plein de préjugés et de clichés, naïf et puéril, mais aussi idéaliste à la façon de la France d’après-guerre (« Le général de Gaulle n’a-t-il pas dit que toute la France avait été résistante ? ») ; ce brave type méprisé par les Américains, dépassé par un monde qui change, cet agent secret tapageur et maladroit, diriez-vous que c’est un personnage qui « corrige les mœurs par le rire », comme dit l’autre ? Je ne crois pas.

Pour parodier une célèbre réplique d’OSS lui-même, Hubert Bonisseur de la Bath, c’est la France. Et pas n’importe laquelle. Celle qui s’aimait – bêtement, aveuglément, un peu trop – mais qui s’aimait. On rigolait, en banlieue, de la scène du début de Rio ne répond plus, où tous les personnages portent des noms bien de chez nous, des noms de « babtous ». On en souriait avec amertume ailleurs. On se gaussait, à Paris, de la misogynie décomplexée et de la galanterie théâtrale du personnage ; on regrettait sans doute ailleurs d’avoir remplacé la blanquette par le tofu, les princesses nymphomanes par des emmerdeuses et le mambo par Tinder.

Pour grand acteur qu’il soit, Jean Dujardin a tort, me semble-t-il, de réduire son plus fameux personnage à un pharmakon caricatural. OSS 117 est une part de notre siècle dernier. En ces temps de canicule, ça mérite bien une Suze.

À lire aussi

Livre : Derrière le barreau, de Patrice Cirier

On ne peut que conseiller Derrière le barreau aux gens de justice, comme disait Daumier, a…