Editoriaux - Société - 25 juin 2019

La méthode Buzyn : renverser la vapeur

Madame Buzyn a donné, dimanche, au JDD, un entretien qui a le mérite de faire la vérité sur la PMA pour toutes. « La filiation pour tous » est un modèle, version soft, du discours idéologique, rodé, du gouvernement dont on connaissait la version cash avec Schiappa.

Le destinataire : les réacs fermés que représentent les opposants au mariage pour tous. Le mot « lesbophobie » n’est pas dit pour ne pas « hystériser ». Car Mme Buzyn est respectueuse de tous. Surtout, cette loi ne peut cliver, pense-t-elle, tant elle s’appuie sur un constat : une « vision ouverte et plurielle de la famille qui ne trahit aucune valeur éthique fondamentale ».

L’argumentaire est… inédit ! Cette loi ouvre un nouveau droit sans rien « enlever à personne ». C’est un texte « élaboré après une vaste consultation » (sic). Des études « scientifiques » ont montré que des enfants élevés chez les homos sont aussi heureux que les autres. Ce qui compte, c’est l’amour. « La société est prête. »

L’argument clé ? L’égalité des femmes. Un couple hétéro peut, en effet, avoir recours à une AMP avec tiers donneur anonyme, l’enfant jouissant de la présomption de paternité. Et comme les parents ne doivent avoir aucun lien avec le donneur, l’enfant peut tomber de haut s’il apprend le « secret de sa naissance » détenu par les CECOS. Là est bien la pierre d’achoppement : quand le père social n’est pas le géniteur. Alors qu’un enfant né d’un couple lesbien, lui, saurait qu’il a un tiers donneur. Donc, en étendant à tous, dit en substance Mme Buzyn, la levée de l’anonymat, au nom de la transparence, le compte y serait pour tous. C’est ce qui s’appelle renverser la vapeur.

Mme Buzyn aurait raison, sauf que le principe d’égalité s’applique pour des cas semblables. Le pourcentage de femmes mariées hétérosexuelles avec donneur est très faible. Alors que les lesbiennes et les femmes seules seront des candidates nombreuses. De plus, les parents ne sont pas obligés de dire « le secret » de sa naissance à l’enfant. Que cette pratique soit un mensonge est évident. Du moins cette « vraisemblance biologique de la paternité » n’engage-t-elle que la liberté du couple face à l’enfant et ne remet-elle pas en cause le principe de la procréation sexuée. Pourquoi ne pas laisser les choses en l’état sans inventer une « nouvelle filiation pour tous », véritable boîte de Pandore ? Ne plus rembourser, par exemple, la PMA hétérosexuelle au lieu d’étendre cette pratique aux femmes lesbiennes ? La transparence est la voie ouverte à toutes les dérives.

Certes, le droit peut tout inventer. Mais le réel est têtu. Imaginons un donneur déclaré qui se trouve une fibre paternelle à partager, au sein d’une famille hétéro, avec un de ses enfants. Quid de l’héritage ? À tout bientôt les problèmes de « paternité ».

Et le nerf de la guerre, dans tout ça, Mme Buzyn, à part la bonté d’âme ? Le pognon ? Il réglera tout. L’électoralisme, les lobbys ? Il faut lire le projet de loi avec ses méandres pour se demander : qu’est-ce qui pousse un gouvernement à pareille déraison ?

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