On ne doit pas vivre dans le même monde. C’est ce qu’on se dit lorsque, par hasard, inadvertance ou masochisme, on se prend à écouter quelques minutes France Inter. Ce 30 septembre, un certain Geoffroy de Lagasnerie, sociologue et philosophe, crie sa révolte devant Léa Salamé. L’homme est de gauche, et même de gauche radicale, contrairement à ce que des préjugés sociaux idiots pourraient laisser croire.

Depuis qu’il est tout petit, il souffre : « J’ai été jeté dans un monde où il y a des gens qui votent plus à droite que moi. Je ne vois pas pourquoi je devrais subir leurs lois. » C’est atroce. Les gens de sa génération vivent un enfer : « Nous vivons sous la droite depuis quarante ans et qu’on n’en peut plus. Ç’a été Sarkozy, ç’a été Balladur, ç’a été Villepin, ç’a été Cazeneuve, ç’a été Valls, ç’a été Castex, ç’a été Macron, etc. »

Plusieurs remarques. Dans l’énumération, notre victime oublie Chirac qui, contrairement aux apparences et bien qu’il voussoyait sa femme, née Chodron de Courcel, comme chacun sait, était de gauche, comme chacun ne sait pas forcément. Ensuite, si Cazeneuve, Valls et Macron sont de droite, Balladur doit être d’extrême droite. Ce qui siérait mal à son image de grand bourgeois amidonné. Et puis, on se demande si le jeune Lagasnerie, né le 12 avril 1981, au bout du bout du règne de Giscard d’Estaing, n’a pas raté quelques épisodes : les deux septennats de Mitterrand avec Mauroy, Fabius, Rocard, Cresson, Bérégovoy et quelques ministres communistes. Et puis les cinq ans de Jospin, avec quelques ministres communistes, sans parler du quinquennat de Hollande. On pourrait évoquer toutes les lois sociétales qui égrainèrent toutes ces années : abolition de la peine de mort, PACS, mariage pour tous, PMA, etc. Mais aussi le laxisme sur la question migratoire, le regroupement familial toujours plus généreux. Effectivement, la France vient de vivre quarante longues années de plomb sous la férule de la droite la plus dure qui soit. On la savait bête, mais dure ! C’est bien simple : Pinochet, à côté, c’est de la roupie de sansonnet.

Vous me direz, tout est question de définition. Qu’est-ce être de droite ? Quand on voit que la « droite », durant ces longues années, a souvent couru derrière la gauche, s’excusant souvent d’être de droite. Le symbole de cette course à l’échalote ayant été la nomination de Kouchner aux Affaires étrangères par Sarkozy.

Alors, que faire pour contrebalancer cette omnipotence, cette omniprésence de la droite – on le voit tous les jours, notamment à France Inter, justement ? Lagasnerie a sa petite idée : « Il faut reproduire un certain nombre de censures, en vérité, dans l’espace public pour rétablir un espace où les opinions justes prennent le pouvoir sur les opinions injustes. » Carrément. « Qu’est-ce que la vérité ? » disait Pilate. Qu’est-ce qu’une opinion juste ? Même Léa Salamé et Nicolas Demorand semblent surpris : « Ça veut dire quoi, rétablir une forme de censure dans l’espace public ? » Réponse : « Moi, je suis plutôt favorable à une forme de mépris que la gauche dit avoir pour les opinions de droite… Les [ceux qui expriment des opinions de droite] renvoyer à leur insignifiance. » Nous y voilà. On arrête là, on a compris. Denis Tillinac, mort samedi dernier, disait que la droite, c’est Tintin, d’Artagnan, de Gaulle. Si on va au bout du raisonnement de M. Geoffroy Daniel de Lagasnerie, on comprend que la gauche, c’est Robespierre, Saint-Just, Marat. Et on sait où ça mène. Mais il est vrai que nous ne devons pas vivre dans le même monde.

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