Sous le titre ““Peut-on frapper un néonazi ?” : la violence à l’épreuve de l’éthique”, le journal Le Monde du 21 août analyse le débat surgi aux États-Unis, après le drame de Charlottesville : est-il légitime d’user de violence à l’égard de militants d’extrême droite ?

Rappelons que, le dimanche 13 août, Jason Kessler, un des leaders suprémacistes, a été frappé avant d’être chassé de sa propre conférence de presse. Dans la foulée, les réseaux sociaux américains et Twitter ont été envahis de messages, avec le mot-clé #PunchANazi (« Frappe un nazi »).

D’un côté, les partisans de la méthode forte, qui trouvent “jouissif”, “symbolique” et “nécessaire” (ce sont les termes du Monde) de frapper un néonazi pour lutter contre la résurgence des idées fascistes. De l’autre, ceux pour qui imiter le comportement des antidémocrates n’est pas le moyen le plus efficace de les combattre.

Le débat n’est pas nouveau. Les partisans de la méthode forte pourraient sans doute reprendre à leur compte la formule célèbre de Saint-Just : “Pas de liberté pour les ennemis de la liberté” – qui a justifié la Terreur et les massacres vendéens, que certains historiens qualifient de génocide.

En France comme aux États-Unis, on a souvent tendance à établir une hiérarchie dans la violence. Venue de la gauche extrême contre l’extrême droite, elle est toujours plus excusable que dans le cas contraire. Comme si l’une était justifiée par une bonne intention, et l’autre condamnable par nature.

Pourtant, la violence reste toujours violence : frapper ou lyncher quelqu’un sous prétexte qu’il professe des idées jugées dangereuses est un acte de violence, quelle que soit la couleur politique de ses auteurs. En la matière, la violence exercée par des groupuscules d’extrême gauche n’est pas moins répréhensible que celle des néonazis.

Ceux qui pensent détenir le bien et la vérité font, avec les meilleures intentions du monde, autant de dégâts sur Terre que leurs adversaires. Leur cause doit être défendue à tout prix puisqu’elle est juste ! Ne dit-on pas « Qui veut la fin veut les moyens » ? Mais les moyens, quand ils sont mauvais, pervertissent les plus belles fins. Il faut relire ce qu’écrit Jacques Ellul à ce propos dans Exégèse des nouveaux lieux communs (1966).

C’est au nom de sa conception de la liberté que Staline a commis des massacres – notons que beaucoup d’intellectuels français, qui condamneraient aujourd’hui l’ambiguïté de Donald Trump, ont tardé à les reconnaître. C’est au nom de sa conception de l’homme qu’Hitler a perpétré les plus grands crimes de l’Histoire. C’est au nom de leur conception d’Allah que les islamistes égorgent et assassinent.

Il ne s’agit pas non plus de prôner la non-violence systématique. Il est des circonstances où les États sont contraints de choisir la guerre. Mais ce choix doit être un ultime recours : il ne faut jamais présenter l’adversaire comme l’axe du mal et se donner le rôle de l’ange, trop souvent exterminateur, comme George W. Bush qui déclencha la guerre d’Irak sous de faux prétextes. Nous en subissons encore les conséquences.

Aux États-Unis, beaucoup de démocrates et quelques républicains reprochent à Donald Trump de mettre sur le même plan toutes les violences. Quel scandale ! Sans doute ne faut-il pas exclure dans cette réaction des raisons électorales mais, en dépit de son opportunisme et de ses sautes d’humeur, peut-être Trump a-t-il l’intuition que la violence, d’où qu’elle vienne, est corruptrice.

Le plus piquant, dans cette affaire, serait que la voie de la sagesse soit indiquée par celui que la plupart des médias considèrent comme un abruti et un irresponsable. Sans compter que – les exemples abondent en France – qui joue au punching-ball avec la tête d’un nazi n’est jamais loin de traiter de nazis ceux dont la tête ne lui revient pas !

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