Editoriaux - Polémiques - Politique - 22 avril 2019

Notre-Dame : après les délires de com’ et la course aux millions, enfin la question des responsabilités ?

Une semaine après l’incendie de Notre-Dame, le malaise monte. Malaise devant la séquence politico-médiatique qui a embrayé au moment même du drame. Émotion, émotion, émotion. Union nationale. Millions, millions, millions. Du public et du privé. Milliard. Et déjà des concours d’architectes, un général nommé pour piloter le projet, des idées de partout, souvent foireuses. Grandes rétrospectives. Numéros spéciaux à la tonne. Emphase des propos officiels – de Castaner à Macron – confinant parfois à la bêtise. Comme pour être en phase avec une opinion sincèrement bouleversée ? Récupération. Et dans le JDD, le député LR Éric Ciotti met les pieds dans le plat et parle d’une « récupération politique indécente » » de la part du Président, en décernant une mention particulière à Brigitte Macron. Mais, au fait, pourquoi « indécente » ?

Com’, com’, com’… Comme pour étouffer une petite lueur, une lueur d’intelligence, de raison, qui aimerait savoir, comprendre des choses toutes simples ? Comme pour se défausser de ses responsabilités ?

Qui est le propriétaire de Notre-Dame, ce monument constitutif de notre identité, comme s’en rendent soudainement compte nos dirigeants et nos médias depuis une semaine ? Qui était chargé de son entretien, de sa restauration, de sa sécurité, de trouver les financements idoines ?

J’ai, enfin, lu ce matin l’édito que j’attendais en vain depuis une semaine, sous la plume de Guillaume Perrault, dans Le Figaro : « Catastrophe de Notre-Dame : l’irresponsabilité française. »

« Le Président et le gouvernement se conduisent comme s’ils n’étaient en rien comptables de la catastrophe qui a meurtri Notre-Dame. Pourtant, un chantier délicat dans un monument historique exposé, fragile et précieux n’a-t-il pas été laissé sans surveillance spécifique ? N’est-ce pas là une négligence aux conséquences dramatiques? Et puisque la préservation de ce joyau du patrimoine national incombe à l’État, n’a-t-il pas commis une faute très grave ?

Aucun parti ne réclame la démission du ministre de la Culture. Nul doute pourtant que si, en Grande-Bretagne, l’abbaye de Westminster était ravagée par les flammes, son homologue responsable de l’intégrité du monument quitterait aussitôt ses fonctions. De surcroît, ni l’Assemblée ni le Sénat n’ont constitué de commission d’enquête parlementaire sur l’affaiblissement du ministère de la Culture et ses manquements […] alors que ces carences étaient connues de longue date. »

Il fallait le dire. Et il serait bon que nos parlementaires réagissent et sortent d’une union nationale qui ne fera qu’accroître la suspicion qui se répand déjà. Et si la droite est si consensuelle, ne serait-ce pas parce qu’elle aussi, quand elle était aux affaires, n’a pas fait ce qu’elle aurait dû faire pour Notre-Dame ?

Mais Guillaume Perrault rappelle aussi la longue tradition française d’irresponsabilité de nos dirigeants. Il cite, à juste titre, Marc Bloch et L’Étrange défaite. Lucien Paillet, sur Boulevard Voltaire, avait, lui, fait un rapprochement encore plus pertinent car plus récent et impliquant le même personnel politique et les mêmes techniques de communication : la com’ « Je suis Charlie » lancée pour faire oublier les responsabilités de nos dirigeants qui ont laissé prospérer l’islamisme en France.

Emmanuel Macron vient d’écrire une nouvelle page de cette tradition de l’irresponsabilité française. Et nous n’en sommes pas fiers.

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