Dans son allocution prononcée à Mulhouse, le président de la République a fustigé « les facteurs de division, les doutes, toutes celles et ceux qui voudraient fracturer notre pays alors que nous ne devons avoir qu’une obsession : être unis pour combattre le virus ». Si l’appel à l’unité de la nation est légitime, en temps de guerre, si même la censure ou l’autocensure ont pu, dans le passé, se justifier, il serait inconcevable, dans la crise sanitaire actuelle, d’en tirer la conclusion que le chef de l’État et le gouvernement sont intouchables et doivent rester à l’abri des critiques, quand elles sont méritées.

On peut admettre que, pendant la Première Guerre mondiale, la guerre des tranchées se soit accompagnée d’une guerre médiatique. Les autorités n’ont pas tout dit sur la réalité des combats pour ne pas porter atteinte au moral ni renseigner l’ennemi sur la stratégie française. On peut admettre, dans ces conditions, qu’elles aient rappelé la presse à ses devoirs en contrôlant l’information et en pratiquant la censure. Au demeurant, les lettres des poilus, des ouvrages comme Les Croix de bois, de Roland Dorgelès, de nombreux documents ont permis ensuite aux historiens de rétablir la vérité.

Plus proche de nous, le contrôle de l’information mis en place par le général de Gaulle, au début des années 1960, et institutionnalisé par un ministère spécifique est moins justifiable. Il ne s’expliquait pas seulement par la guerre d’Algérie ou le putsch des généraux, il s’agissait de bâillonner le plus possible les opposants à la politique gouvernementale et, le cas échéant, de les censurer. La culture n’échappa pas à cette mainmise, qui dura même après 1969. On se souvient comment, en 1971, Maurice Clavel, découvrant que son film, qui venait d’être diffusé, avait été coupé, quitta le plateau de télévision, en prononçant cette phrase devenue célèbre : « Messieurs les censeurs, bonsoir ! »

Quoi qu’il en soit, Emmanuel Macron n’est ni Clemenceau ni de Gaulle, même s’il a tendance à se prendre pour eux. Se présenter comme un chef de guerre ou un homme providentiel est une imposture qui semble n’avoir d’autre objectif que de dissimuler ses propres défaillances. Quel point commun entre la Grande Guerre et la crise du coronavirus ? En quoi serait-il inconvenant de critiquer les décisions du gouvernement ou leur lenteur, son impréparation face à une grande épidémie, la pénurie de masques, le manque de tests de dépistage ? Comme l’a fait remarquer un chroniqueur de CNews, ces critiques ne feront pas que le coronavirus sera plus ou moins méchant !

Bien au contraire, quand elles sont fondées et correspondent à la réalité, elles contraignent nos gouvernants à se remuer, à avancer, voire à changer leur fusil d’épaule. Tout se passe comme si notre Président cherchait à tirer profit de la situation pour faire oublier, dans cette affaire, la faillite de l’État et rehausser sa propre gloire. On ne s’improvise pas chef de guerre. Des discours ne remplacent pas des actes. Le plus indécent, c’est sa façon de rejeter sur les autres sa propre responsabilité. On ne peut donner des leçons de civisme, on ne peut appeler à l’unité nationale quand on a soi-même contribué, par sa politique et son comportement, à susciter la défiance des Français.

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