Médecins libéraux et assurance maladie : le torchon brûle !

médecin

Les médecins ayant refusé de signer la convention quinquennale qui leur était proposée, le torchon brûle entre les médecins libéraux et la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM). On se souvient que les syndicats exigeaient un passage de 25 à 50 euros par consultation, ce qui les aurait certes mis au niveau européen mais qui, surtout en l’état actuel de notre climat social, était purement du domaine du rêve.

Il faut avoir à l’esprit que quand on est payé à l’acte, et que la valeur de l’acte ne bouge pas pendant dix ans, la seule façon de payer ses charges et de conserver son pouvoir d’achat est d’augmenter son nombre d’actes. D’où, pour le médecin, des semaines moyennes de 55 heures (58 pour les internes) et, pour le patient, la sensation pas toujours injustifiée d’être expédié.

Notons aussi qu’entre un praticien qui consulte dans la ferme aménagée qu'il a héritée de ses parents en province et un autre qui doit louer 50 m2 dans le XVIe arrondissement de Paris, les frais professionnels ne sont pas vraiment les mêmes. Or, égalité et jacobinisme obligeant, 25 euros, c’est un prix unique sur toute la France. D’où une désertification qui touche également les grandes villes.

Dans sa grande bonté, la CNAM propose aujourd’hui aux médecins un nouveau tarif de base à 26,50 euros. Et, s’ils veulent plus, d’augmenter leur activité en adhérant à des « engagements territoriaux » (prendre davantage de patients, travailler le samedi matin, participer aux gardes, exercer dans un désert médical), et ce, pour atteindre le Graal de 30 euros.

Techniquement, certains le pourraient. Et surtout certaines, parce que la profession s’est largement féminisée. Mais il n’y a pas que les femmes qui souhaitent s’occuper des enfants le mercredi, être à la maison à 19 heures et pas au travail, les soirs de réveillon. Logique, c’est une génération née sous Mitterrand, dont les amis ne font que les 35 heures de Mme Aubry, et qui ont choisi une profession dite libérale.

Quant à ceux qui travaillent « à l’ancienne » qui ont atteint leurs 35 heures le mercredi soir et font leur comptabilité et l’administratif le dimanche, se faire dire qu’ils n’ont qu’à travailler plus pour gagner plus, c’est assez urticant ! Les propositions actuelles de la CNAM, ce sont tous les inconvénients et subordinations du statut de fonctionnaire, mais sans aucun de ses avantages...

À défaut d’accord, l’ancienne convention est généralement prolongée par un règlement dit « arbitral » (gouvernemental) jusqu’à ce qu’un syndicat cède aux chants de certaines sirènes, mais... c’est un autre dossier !

Richard Hanlet
Richard Hanlet
Médecin en retraite, expert honoraire près la Cour d'appel de Versailles

Vos commentaires

32 commentaires

  1. 30 € la consultation ne serait pas aberrant dans le contexte de plus de 10% d’inflation qui s’annonce. Il est vrai qu’avec 3000 milliards de dettes et les taux d’intérêt qui remontent, on va bientôt aller dans le mur, mais c’est le résultat de la politique aberrante du gouvernement en matière d’énergie et d’immigration. La Sécu est en faillite, l’industrie est en faillite, la SNCF est en faillite, l’Education Nationale est en faillite, la production agricole est en faillite. L’eau va être rationnée, notre armée est en difficulté. Quel beau résultat de 6 ans des « Mozarts de l’économie » !

  2. Ici dans mon petit village de 2000 habitants , notre maire a construit une belle maison médicale , et celà fait bien 3 ans qu’il recherche un ou 2 mèdecins . Je suppose que ça n’intéresse pas ces messieurs et dames de venir s’installer dans nos campagnes !

    • Votre maire, comme beaucoup, a pris le problème à l’envers, en bon rouage administratif. Ce n’est pas en construisant à grands frais un superbe nid à médecins qu’ils vont venir se poser. Ce genre de démarche ne peut aboutir que sous l’impulsion des médecins eux-mêmes, car ils sont les seuls à connaître leurs besoins et les nécessités de leur profession. Mais votre maire, comme beaucoup, pourra se plaindre : regardez combien j’ai dépensé (de votre fric) pour votre bonheur, et ces salauds de médecins nantis se refusent à jouer le jeu.

      • Et oui ! Pour s’installer dans ce village, les candidats potentiels aimeraient peut-être une école où scolariser leurs enfants, un collège à proximité, des commerces… et même, pour les plus exigeants, des lieux de loisir !

      • Nestorine, Bernard, nous avons tout cela y compris une maison de santé et malgré nos 2100 âmes aucun médecin à l’horizon. Ajouter quoi ? Un cirque, un zoo, un théâtre, un ciné une piste de ski artificiel (nous sommes dans le Centre) une faculté? Non, je pense tout simplement que la campagne n’intéresse que les campagnards, les vrais, pas ceux d’opérette qui y viennent pour les vacances, la retraite et râlent à cause des cloches et le pet des vaches! Alors on se résigne, pour le tout venant, aux médecines soit disant anciennes ou alternatives. Car, au vue des résultats, on se pose la question : cela vaut il le coup de patienter 2 heures en salle d’attente pour 10 minutes de bla bla ou de faire 60 km en ambulance pour atterrir sur un brancard pendant 24 heures et peut être y mourir, alors que notre campagne est si belle. Alors, comme dit le dicton, faute de grives on mange des merles. ET on découvre qu’ils n’ont pas si mauvais goût. Que les vaccins ne sont pas si utiles que ce que disait Pasteur (relire l’histoire d’Antoine Béchamp) et la médecine des villes. A elle de nous faire changer d’avis, car la rumeur de la vocation de « sorcier » se répand et peut être qu’un jour…

    • Vous devriez vous renseigner sur la formation et les conditions d’exercice d’un médecin. Cela vous éviterait sans doute ce genre de réflexion navrante.

  3. Les médecins sont les fonctionnaires de la CPAM, leur statut a changé, fini le sacerdoce, il y a 50 ans, le docteur de famille était respecté. Il était sollicité pas pour un rhume, quand on l’appelait où allait dans son cabinet, c’était pour du sérieux. Maintenant c’est un régulateur, il prescrit des analyses, puis envoie chez son confrère le spécialiste. Le spécialiste prescrit des médicaments, le généraliste s’exécute. C’est le tandem. Pour quelqu’un qui a quelques notions de médecine telle qu’une infirmière pourrait remplacer le régulateur. N’oublions qu’en passant dix minutes chez votre médecin, il peut passer à côté du diagnostic. Ça arrive parfois. La profession est devenue féminine, et les enjeux sont différents.

    • Certes c’était « bénin », le mien est passé, à deux reprises, à côté et je ne suis, apparemment, pas la seul, mais curieusement pas le « sorcier »…De quoi finir par se poser quelques questions, entre autres : suis-je le seul dans ce cas ?

      • Oh non ! 5 mois pour un diagnostic correct, par le collègue de la femme de l’ostéopathe; avec un généraliste qui tourne autour du pot, prescrit des examens visiblement totalement hors sujet, malgré une description précise (pas en patois champenois ! ) des symptômes; Mais attention : il est interdit au néophyte – a priori demeuré parce qu’il n’a pas choisi les bonnes études – de chercher sur internet..

  4. Il me semble assez paradoxal de payer plus cher ma coupe de cheveux que la consultation de mon chirurgien qui a fait lui au moins 12 ans d’études et pas des plus faciles.

    • Le chirurgien a des responsabilités sans commune mesure et bosse sous l’angoisse permanente de la mise en examen au moindre pépin.

    • Pounet, ma coupe me coûte 17 euros et à domicile : difficile de comparer avec un chirurgien qui LUI est responsable de ses actes (vos cheveux repoussent et vous pouvez changer de coiffeur!) et n’a pratiquement aucunes échappatoires en cas de litiges. Avez vous essayez de mettre en cause le diagnostique ou traitement d’un docteur? La chirurgie est l’une des branches en laquelle il est , à mon avis, encore possible d’avoir confiance et ce malgré quelques affaires d’interventions « fantaisistes » en générale rapidement sanctionnées.

  5. Les médecins libéraux n’ont cas reprendre leur liberté en se  » deconventionnant » , cela leur permettrait d’appliquer des dépassements sur le tarif Sécu, et peut-être de se défaire des sirènes de Bigpharma pour arrondir leur fin de moi.
    De la VRAIE médecine quitte à payer une partie de la consultation de sa poche, cela ne me gênerait pas !

    • Vous, peut-être… mais la plupart des patients, si le tarif de remboursement Sécu des médecins non-conventionnés reste aux alentours de 4€, alors que les consultations passent à50€, qui pourra se payer ça ?

    • Moi si!
      Ou tout du moins gagnant le SMIC au plus en faisant 50h par semaine.
      Pourquoi? * parce que s’il fait du domicile = qu’il reste 10mn chez le malade ou 30 à 45mn, parce qu’il accompagne aussi son malade en plus de l’examen clinique et de la prescription qui va avec, c’est le même prix ** parce que ce qu’il touche est un honoraire de profession libérale (et non un salaire) du quel il faut enlever le loyer de son cabinet, les frais de transport (car n’est pas ce qu’il compte au malade à domicile qui permet de payer ses frais), le téléphone, le comptable certifié, les fournitures (petits pansements, compresses, désinfectants, petits scalpels, rouleaux de papiers mis sur le fauteuil lit de consultation, ordonnances, et j’en oublie…), les taxes, cotisations, assurances…. Il en reste à peine la moitié!

  6. S’ils travaillent 35 heures par semaine ils vont sortir un petit 4000€ par semaine ce qui est bien suffisant pour bien vivre.
    Certes pour le Porsche Cayenne ou l’appart à la montagne ce sera un peu juste.

    • À condition de ne mettre que du temps médical dans ces heures. Le temps administratif, c’est cadeau. Et comme bien des Français, je crois que vous confondez bénéfice et chiffre d’affaires. Mais c’est tellement banal…

      • Très juste. Ceux qui ne savent pas faire la différence entre chiffre d’affaire et bénéfice devraient se taire. Le médecin n’est devenu qu’un collecteur d’impôts avec en prime, responsabilités, risque de procès, des heures passées le soir et le dimanche à faire de la « paperasse » et à se plier à toutes sortes de contraintes en perpétuelle augmentation etc…(je parle en connaissance de cause!) Ceci pour sa défense. Par contre, il est vrai que le généraliste n’est devenu, malheureusement, qu’une gare de triage expéditive.

      • Hélas, je crois que vous avez raison. La plupart oublie les frais généraux, les taxes, les cotisations….

    • Bravo pour les poncifs ! Que croyez-vous qu’il leur reste après le passage de l’Urssaf et autres joyeusetés ?!? Si c’était du « net » vous pensez bien qu’il y aurait plus de monde au balcon, or …. C’est comme pour la baguette de pain, le Boulanger n’en « mange » que le quignon ….

    • Combien gagne un cadre supérieur ou un gros artisan boulanger par exemple autant qu’un médecin et travail tout autant voir plus 70/75 heures

  7. Héritage de 40 ou 50 ans de socialisme: des déserts médicaux à la pelle. Avant d’envisager un déménagement, le senior doit tout d’abord gérer la potentialité de trouver sur sa nouvelle commune d’habitation un médecin digne de ce nom acceptant de nouveaux patients. Faire 120 kms AR pour voir son médecin est devenu chose courante. Vive la France !

    • Quel est le jeune médecin, père ou futur père de famille, qui irait s’installer dans un village sans école et loin de tout?

  8. Les collègues anglais regardent la rémunération des « consultants » (plus haute hiérarchie hospitalière non universitaire, équivalent du PH français) comme ridicule ou grostesque. Les gouvernements successifs ont raboté tous les services publics sans exception, pour faire croire aux Français qu’ils étaient encore un pays riche. Le masque tombe, et le retard salarial est considérable. Offrir aux généraliste 1,60€ sur les 25 n’est rien qu’une insulte, un crachat à la figure. Les Assises du Déconventionnement devraient attirer tous les médecins. PS: vous parlez du « climat » social actuel; mais qu’y peuvent les médecins si les politiciens et une population amorphe s’apprêtent à voter et accepter une réforme des retraites qui fera d’eux des pauvres? Il serait temps de jeter la gourme du communisme Front Popu dans ce pays.

    • « Les Assises du Déconventionnement devraient attirer tous les médecins. » Effectivement, mais ils n’oseront jamais, surtout la génération de maintenant. Quant Raymond Barre a créé le secteur à honoraires libres, ils furent moins d’un sur deux à le choisir. (Il faut dire qu’alors, la concurrence était rude !)

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